II.2. PROBLEMATIQUE
II.2.1. Zone saharienne
Les lambeaux des steppes arborées à proximité des palmeraies les
protègent contre les effets des vents (stabilisation des dunes).
Cependant, le surpâturage et la collecte de bois d'oeuvre marque une
tendance favorable au recul de ces formations. La recherche de bois de feu
porte les préférences sur les steppes arborées. Les rachis des palmes
ne peuvent freiner de façon significative les pressions sur les ligneux
naturels. Ainsi, les steppes arborées sont en voie de disparition.
Pour les ressources herbacées, les fourrages disponibles sont
judicieusement utilisés par l'élevage, surtout les camelins. Cependant,
les études antérieures (inventaires des ressources Agro-pastorales du
BET) précisent que seulement ¼ de la matière sèche produite et
disponible est consommée et transformée pour les animaux, ce qui
correspond à la charge réelle traditionnelle. Les trois autres quarts ne
seraient pas consommés mais transformés pour les raisons suivantes :
- système de conduite des troupeaux ;
- mode d'utilisation de l'espace pastoral ;
- ensablement
- état physiologique de la végétation
- gaspillage, piétinement, souillure....
Au vu de ce constat, une orientation du système agro-pastoral vers une
connaissance du potentiel, un meilleur tracé des parcours, une
introduction des fourragers xérophytes performants rééquilibrera
l'ensemble.
II.2.2. Zone Sahélienne et Soudanienne
La problématique dans ces zones se caractérise par des effets directs
et indirects. Ce sont les feux de brousse, le déboisement, la surcharge
des pâturages et l'exploitation extensive et le raccourcissement des jachères
qui sont les plus importants
Les feux de brousse : Cette pratique ancestrale affaiblit la végétation,
ce qui ne lui permet pas de bien résister à la période de sécheresse.
Les feux de brousse pratiqués aux mêmes dates, aboutissent assez vite à
la disparition de toutes les espèces pérennes. Par ailleurs, elles réduisent
fortement le couvert ligneux et herbacé favorisant la dégradation des
sols par déflation éolienne. Ils réduisent aussi, par la chaleur développée,
l'activité microbienne du sol, ralentissant la restauration naturelle de
la fertilité du sol mis en jachère.
La charge des parcours : en saison sèche, les pasteurs recherchent les
puits peu profonds et entourés de bons pâturages. Autour de tels puits,
il y a une influence considérable du bétail et la surcharge est telle
que le piétinement peut provoquer des phénomènes de dégradation des
sols aux alentours. Lorsque ce piétinement amène un ameublissement
important de la couche superficielle du sol, il favorise la déflation éolienne
et le décapage des sols par ruissellement. Sur les sols sableux la dégradation
est induite par l'appauvrissement en particules fines de la couche
superficielle. Sur les sols battants, le piétinement excessif conduit au
décapage et au glaçage du sol. Ces phénomènes de dégradation affecte
surtout la zone sahélienne mais, ils sont aussi perceptibles en zone sahélo-soudanienne.
Le déboisement : La coupe abusive pour l'approvisionnement des
populations en bois de chauffe est la cause la plus importante de la désertification
s'élargissant autour des grandes agglomérations.
Exploitation extensive et raccourcissement des jachères : la non
restitution au sol des éléments nutritifs contenus dans la biomasse que
le bétail prélève a amené une baisse de la fertilité des sols. Ce phénomène
insidieux sur lequel il n'y a d'études que dans la zone cotonnière
affecte surtout :
- la zone pastorale nord où la diminution des précipitations a entraîné
de graves phénomènes d'érosion.
- les secteurs agricoles dont la densité de la population s'est
accrue, les différentes parcelles agricoles constituées
essentiellement des champs de case ne reçoivent que quelques fumures
organiques, seule la culture de coton reçoit des amendements minéraux.
En plus, la durée de jachère s'est réduite sous l'effet de
l'augmentation de la population et la démotivation des agriculteurs.
Ces causes directes et indirectes sont :
1. Causes directes
- le surpâturage des animaux domestiques ;
- les amondages excessifs ;
- la mauvaise gestion du parcours ;
- l'exploitation excessive des poissons par l'utilisation des engins
de pêche ne répondant pas aux normes ;
- le déboisement des berges et des bassins versants ;
- l'extension des monocultures de rente sans maintien ou création
d'une couverture végétale adjacente de protection ;
- le regroupement de plusieurs milliers de têtes de bétail ;
- le fourrage aboré ;
- la pharmacopée traditionnelle ;
- les charges d'animaux importantes de longue durée en un même
endroit ;
- l'absence de plan de gestion des ressources ;
- l'exportation croissante de poissons vers d'autres pays.
2. Les causes indirectes
Elles sont dues à :
- l'absence d'une politique et d'une stratégie en matière d'aménagement
du territoire ;
- l'absence du code rural clarifiant l'utilisation foncière par des
ruraux ;
- la réduction du temps de jachère ;
- changement climatique;
- l'absence de textes réglementant l'utilisation abusive des moyens
d'exhaure important à l'étiage ;
- non respect des textes réglementant la pêche.
II.2.3. cadre institutionnel :
II.2.3.1. Faiblesse institutionnelle
Le travail de conservation des ressources naturelles, face à l'étendue
du pays est énorme et les activités de protection de la flore, de la
faune et de leur habitat est un véritable défi. Il est par exemple
difficile que 574 employés sans moyens de transport et sans équipements,
quelle que soit leur motivation, puissent assurer la protection et la
gestion des ressources naturelles sur 1.284.000 KM2. Chaque
agent est ainsi responsable de 2.225 KM2, soit un carré de 47
Km de côté. Le recrutement d'autres agents s'avère donc nécessaire.
Considérant que le Gouvernement tchadien n'a pas assez de ressources
financières pour pourvoir à tous les postes et surtout équiper son
personnel, il faudra penser à d'autres méthodes de gestion. Dans le
cadre de la décentralisation et des politiques de privatisation, il est nécessaire
d'étendre le système de gestion des terroirs aux communautés
villageoises et urbaines et de confier la mise en valeur de certaines forêts
et parcs à des groupes privés.
Nous pouvons relever comme faiblesse :
- l'ancienneté de certains textes ;
- l'insuffisance de la coordination entre les différents Ministères
concernés par l'environnement ;
- l'insuffisance de la prise en compte de la Diversité Biologique
dans les différentes directions du Ministère de l'Environnement et
de l'Eau ;
- l'absence d'incitation pour encourager les comportements favorables
à la conservation de la Biodiversité ;
- la négligence dans le versement des contributions financières ;
- l'insuffisance de la recherche scientifique ;
- l'insuffisance du niveau de recrutement dans les institutions
d'enseignement ;
- la négligence dans les formalités liées à la ratification des
textes et le suivi ;
- la rédaction irrégulière des rapports d'activités des Ministères
;
- la négligence du rôle des services d'archives et de documentations
(difficultés de trouver des exemplaires de conventions
internationales ratifiées auprès des ministères des Affaires Etrangères)
- le manque de nationaux qualifiés pour la mise en oeuvre des
conventions à caractère hautement scientifique (Convention de
Vienne, Protocole de Montréal).
II.2.3.2. Inadéquation des outils réglementaires
Tous les acteurs en matière d'environnement entretiennent des
relations passionnelles et tumultueuses avec le milieu naturel dont ils
tirent leur principale source de subsistance.
a / Au niveau du système foncier
Le Tchad a connu et connaît encore l'existence de plusieurs systèmes
fonciers. Ces différents systèmes ne se sont pas succédés de manière
chronologique ; ils se sont superposés, parfois opposés. Dans certains
cas ils sont devenus complémentaires donnant ainsi une forme
d'application hybride du droit et semant dans une certaine mesure la
confusion. Le flou juridique rend par conséquent la situation très
complexe.
Au regard de ce qui précède, la réflexion foncière au Tchad doit être
désormais inscrite au coeur de toute politique de développement. Le
statut de l'espace foncier doit faire l'objet de recherche et de
discussions plus spécifiques, et les droits et les obligations des
usagers doivent être précisés. Pour permettre aux populations d'avoir
accès aux ressources naturelles et d'être intimement impliquées dans
leur gestion il y a lieu de réserver les textes législatifs pour les
rendre plus souples aux intérêts des populations concernées.
b / Au niveau des aires protégées
D'une manière générale, autour de la plupart des parcs et réserves,
un climat de tension et d'hostilité se fait sentir de façon très nette.
A cause des textes législatifs trop répressifs, la population n'a pas
toujours été associée à la gestion et à l'aménagement des aires protégées.
Les droits d'usage accordés aux populations riveraines des réserves de
faune sont parfois exagérément utilisés et portent préjudice à l'aire
protégée (réserve de Mandélia). Quelquefois, des conflits opposent les
populations aux administrateurs, les premiers utilisant les aires protégées
pour les pratiques culturelles.
En revanche, certaines réserves n'existent que de nom. Leur statut
d'aires protégées n'est plus respecté soit à cause de la pression démographique
soit à cause de l'insuffisance de moyens pour assurer leur surveillance.
II.2.4. La politique de la Diversité biologique
L'observation des dynamiques d'utilisation actuelle des ressources de
la Biodiversité ne présage guère de leur durabilité. En effet, la célérité
avec laquelle l'environnement est altérée, l'importance des dégradations
et leurs conséquences pour la continuité de la répartition et de
l'abondance des espèces, des systèmes écologiques et de la variabilité
génétique constituent des menaces importantes pour un développement économique
viable.
Les causes directes de dégradation relatives aux effets de la sécheresse,
de la désertification, des conflits armés comportent des aspects dont la
prise en compte devrait aider à lever les contraintes. Ce sont entre
autres :
- les rapports difficiles entre les institutions étatiques chargées
de la gestion des ressources naturelles et les populations ;
- les conflits entre utilisateurs des ressources (agriculteurs et éleveurs,
migrants...) ;
- l'absence d'une base conceptuelle souple favorisant une émergence
d'organisations locales à grande échelle aptes à assurer
durablement la satisfaction des besoins de leurs membres par une
gestion rationnelle des ressources ;
- l'approche développement rural très sectorielle tenant peu ou pas
compte des retombées environnementales néfastes des mauvaises
pratiques.
II.2.4.1.Durabilité/Rationalité des actions
L'utilisation durable de la Biodiversité est une composante
essentielle d'un développement socio-économique viable. Les systèmes de
gestion de la Biodiversité devront s'ajuster aux mesures sociales et économiques
qui sont autant importantes que les considérations techniques. La gestion
de l'environnement doit être souple pour s'adapter aux changements des
milieux sociaux, biologiques et physiques tout en maintenant les fonctions
essentielles de l'écosystème.
L'instauration d'un équilibre approprié dépend des particularités
culturelles, juridiques, économiques, foncières et biologiques de chaque
localité. Cependant, il conviendra d'agencer aux mesures adéquates
retenues, des incitations judicieuses pour renforcer les décisions
politiques et administratives.
Les actions politiques sont d'origine très récente. Elles n'ont pas
encore atteint un niveau favorable à la promotion d'une politique de type
concentré et soutenu. La Biodiversité doit acquérir un statut
comparable à la notion des Eaux et Forêts puisqu'elle est l'essence même
de cette dernière et de bien d'autres composantes de l'environnement.
Elle doit devenir un automatisme.
La politique de la Biodiversité doit acquérir sa propre dynamique
pour dépasser le stade de conservation-protection afin d'englober la régénération
des espèces menacées et/ou en voie de disparition. La recherche doit
s'impliquer pour alimenter cette dynamique.
