Analyse de l'état de conservation des espèces animales et végétales domestiques au Tchad


4. Rôle et importance en agrosylvopastoralisme :

Analyser l’importance relative des espèces animales et végétales pour la durabilité et la productivité en agrosylvopastoralisme amène à examiner les capacités d’adaptation de ces espèces et les déterminants des pratiques agricoles, pastorales et sylvicoles.

Dans le contexte démographique actuel, la recherche en vue de l’amélioration de la productivité par l’utilisation des variétés étrangères aux terroirs de leur implantation, conduisent à une évolution négative de la fertilité des terres entraînant des phénomènes de dégradation. Seules les stratégies paysannes basées sur les jachères et l’usage d’engrais verts permettent de concilier les objectifs de production à court terme et des objectifs de gestion durable dans la préservation des écosystèmes.

En l’absence des possibilités de longues jachères naturelles, la durabilité des systèmes de culture passe par l’intégration de tous les systèmes de production et cela dans le souci de protéger l’environnement.

Le moyen le plus efficace de conserver la durabilité et la productivité de la biodiversité est de prévenir la destruction ou la dégradation des milieux. Les espèces animales et végétales locales, adaptées pour chaque région, constituent des éléments sûrs pour la préservation des milieux. Elle ont par conséquent un rôle majeur à jouer pour l’équilibre des écosystèmes.

L’agrosylvopastoralisme est un concept intégrateur de l’ensemble des systèmes biotiques de production. Il convient par conséquent de montrer que cette approche intégrée est le pilier fondamental de la conservation de la biodiversité.

4.1 Rôles des espèces animales et végétales dans la durabilité des systèmes

Pour ce qui est des espèces animales domestiques : 
D’un point de vue éthique, elles se repartissent selon une loi bioclimatique. Cette répartition est conditionnée par les facteurs du milieu et donc principalement par la latitude de celui - ci. Il y a néanmoins pénétration des aires biologiques occasionnant des croisements divers qui rendent plus complexes l’identification des races, que les éleveurs ne faisant qu’exceptionnellement l’effort de conserver pures.

Dans l’ensemble, il existe au Tchad, peu de races pures de bovins, ovins, caprins ou porcins.... La sélection, comme nous l’avons dit plus haut, aussi bien naturelle que dirigée par l’homme, repose sur la tolérance à la chaleur, la résistance à la maladie et la capacité à se reproduire et à croître dans des conditions naturelles médiocres ( d’où, les faibles taux métaboliques que l’on rencontre dans le bétail amélioré), le taux de croissance plus lent et la capacité à digérer les aliments plus fibreux. En raison de ces caractéristiques, il est judicieux, si le milieu n’a pas été sensiblement amélioré , de ne pas s’éloigner des races locales.
L’apport des espèces animales pour la durabilité en agrosylvopastoralisme peut être résumé à travers :

  •  la dissémination du fumier comme matière organique pour l’agriculture avec la fertilisation.
  • la rationalisation chez certains éleveurs dans la conservation des biosystèmes.

Ces espèces animales domestiques sont en général rustiques (caprins et camelins en particulier) et où la variabilité génétique n’est pas importante. Les différentes améliorations des races ont conduit à plusieurs métissages et introductions de variétés étrangères ayant des forts potentiels.
Pour ce qui est de la durabilité, en dehors du boeuf kouri qui est typique à une zone précise (biotope), toutes les autres espèces s’adaptent parfaitement aux zones phytogéographiques du pays malgré les changements notables des écosystèmes.

Les effets négatifs émanent des pratiques paysannes à travers le prestige d’élevage de reproduction faisant fi de l’équilibre des milieux, ne favorisant pas la durabilité du système de production animale. La notion de capacité de charge permettant d’éviter le surpâturage n’est pas comprise.

Pour les espèces végétales domestiques :
Nous analyserons de façon globale l’importance des espèces clés occupant des superficies importantes à savoir le coton et les céréales. Les cultures fruitières et maraîchères ont des superficies très réduites comparées à ces dernières.
Pour ce qui est du coton, quelques questions méritent d’être posées d’emblée :

  • le développement durable et l’intensification de la production du coton sontils conciliables ?. Il faut reconnaître que la culture cotonnière à travers les apports importants voire abusifs de produits chimiques et d’eau pour l’irrigation est particulièrement polluante.
  • Qu’en est - il réellement de l’impact de la culture de coton telle qu’elle est pratiquée sur l’environnement dans les savanes du Tchad ? Doit - on à cet égard remettre en cause les techniques d’intensification qui sont préconisées et appliquées puisque ce sont - elles qui sont pour l’essentiel à l’origine de cette expansion mais qui sont aussi la cible des critiques en terme d’environnement ?

De l’intensification : les ressources en terre ne sont pas illimitées. Les techniques ancestrales avec de longues jachères s’avèrent plus intéressantes pour assurer la durabilité des systèmes. Avec l’intensification, les sols n’ont plus le temps d’être régénérés par des jachères qui sont raccourcis inéluctablement, entraînant la disparition des terres arables par érosion incontrôlée ou par des processus d’évolution régressive des sols. Nous avons constaté avec beaucoup d’amertume la squéletisation des sols surtout ceux de la région de Benoye mais aussi, les autres zones cotonnières entraînant la migration des populations de ces localités vers d’autres terres plus aptes.

Pour assurer la durabilité et la productivité, il faut :

  • maîtriser l’évolution démographique grandissante ;
  • stabiliser le potentiel des sols par la fumure minérale qui constitue le moyen le plus sûr et plus pratique. Ils doivent être combinés avec des amendements et des compléments de fumure organique en utilisant des jachères et des précédents culturaux qui sont à même de fixer les sols.

Quel bilan pouvons - nous tirer de la culture cotonnière au Tchad en matière de durabilité ?
Le problème prépondérant réside au niveau de la pollution par les pesticides sur la faune auxiliaire par exemple et l’avenir des terres dans la dégradation et la fertilité des sols. Certes, c’est un problème général d’agriculture pluviale pratiquée sur des sols relativement pauvres mais ce qu’il faudrait également dire, c’est que cette culture est un très mauvais précédent cultural.
A titre de comparaison, la production cotonnière du Tchad qui était très importante dans les années soixante est en déclin par rapport aux pays de la sous - région. Comme le Mali, le Burkina et le Cameroun qui ont des productions en hausse.

Doit - on craindre pour un développement durable ?
L’expansion de la culture cotonnière se poursuit sans assurer un équilibre écologique. Sur le plan économique, le cultivateur de coton n’est pas bénéficiaire s’il faut considérer l’effort qu’il fournit. La politique des quotas peut être une solution surtout que les revenus des agriculteurs des céréales ou arachides sont plus ou moins les mêmes avec beaucoup plus de charges. Les constats sont là : la culture cotonnière est actuellement un fléau pour la durabilité des systèmes agro - pastoraux à travers la dégradation des sols et qu’il ne faudrait pas seulement voir cette culture sous un angle économique à court terme mais également écologique car l’impact des pratiques agrosylvopastorales sur l’environnement et la santé, mal connu, limite l’efficacité des actions réglementaires ou des opérations de développement. A travers l’intensification par l’utilisation des intrants, on perçoit très mal la prise en compte des impératifs de développement durable par cette politique. A titre d’exemples concrets, des zones de conditions pédoclimatiques et humaines quasiment identiques, les agriculteurs cotonniers des régions de gagal et baîbokoum contiguës à celles de touboro ne bénéficiant pas des mêmes conditions d’encadrement techniques et de disponibilités (quantité et coût) ont les mêmes rendements, ne dépassant pas 8 qx / ha en moyenne.
L’amélioration variétale du cotonnier reste un des facteurs déterminants dans l’augmentation de la productivité. Il existe des collections diversifiées qui permettent au sélectionneur de rechercher les gènes nécessaires au développement des opérations de création variétale. La gestion et l’évaluation du matériel sont importants pour le maintien d’une collection variétale conséquente.
Les céréales, base de l’alimentation humaine par excellence favorisent la fixation des sols mais ce sont les pratiques culturales traditionnelles qui donnent des difficultés dans la préservation des milieux. Il a été mis à la disposition du développement des variétés à fort potentiel mais qui sont souvent sensibles aux conditions trophiques, aux agressions phytopathologiques et parasitaires les rendant fragiles. Les variétés locales à travers la sélection naturelle ont un bon comportement génétique mais sont également soumises aux conditions des aléas parasitaires et climatiques. Ce qui conduit à de fortes variations dans l’offre alimentaire et ainsi, à des fluctuations des cours des denrées alimentaires.

4.2 Conclusion :

On sait que par le biais de la sélection naturelle qui remonte à plusieurs millénaires, les génotypes indigènes se sont adaptés aux différents insectes, parasites, microbes divers et conditions environnementales. Ils se distinguent des races exotiques qui supportent très mal les conditions difficiles qui prévalent et qui ne peuvent généralement se développer que dans le cadre des systèmes intensifs de gestion, basés sur l’utilisation d’intrants très coûteux.
Pour la mise en place d’un système agrosylvopastoral durable, la contribution de races indigènes est essentielle. Pour durabiliser, il faut des efforts prospectifs d’amélioration et de développement sur un fond de gènes locaux. La perte de cette variabilité contribuerait à limiter les options ouvertes aux générations futures. L’intérêt matériel et scientifique qui s’attache à la préservation de la variabilité génétique des espèces animales et végétales a été clairement démontré par beaucoup d’auteurs.

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