STRATÉGIE NATIONALE ET PLAN D'ACTION POUR LA CONSERVATION DE LA
BIODIVERSITE AU RWANDA
Chapitre 2. PRÉSENTATION DU RWANDA ET SA BIODIVERSITE
2.1. Contexte géographique
2.1.1. Caractéristiques physiques
2.1.1.1. Le Relief
Le Rwanda est un petit pays au cœur de l'Afrique Centrale. Il couvre
26.338 km2. Il est entièrement compris entre 1° 04' et 2o 51 de
latitude sud et entre 28° 53' et 30o 53' de longitude Est. Le Rwanda
est un pays enclavé : il est entouré par l'Uganda au Nord, la Tanzanie
à l'Est, le Burundi au sud et la République Démocratique du Congo (ex
Zaïre) à l'Ouest. La plus courte distance par rapport à l'Océan est
de 1.200 km (Fig.1).
L'altitude du Rwanda est comprise entre 1.000 m au Sud-Ouest (Bugarama)
et 4.500 m au Nord-Ouest (Chaîne des Volcans). La disposition du relief
s'organise en trois compartiments distincts étagés d'Ouest en Est. A
l'Ouest du pays se dressent la Crête Congo-Nil qui surplombe le lac
Kivu à l'Ouest, puis la Chaîne des Volcans et le plateau central,
enfin viennent les basses terres orientales.
La Crête Congo-Nil est dominée au Nord-Est par une chaîne
volcanique orientée WSW-ENE constituée de cinq massifs volcaniques. D'Ouest
en Est, il s'agit du Karisimbi (4.507 m), Bushokoro (3.711 m), Sabyinyo
(3.634 m), Gahinga (3.474 m) et Muhabura (4.127 m). Au pied de ces
volcans aux flancs raides, s'étend une vaste pénéplaine (Fig. 2).
L'axe central du pays, d'altitude comprise entre 2.000 et 1500m,
caractérisé par un relief des collines allongées aux sommets plus ou
moins arrondis et séparées par des vallées larges, couvre presque la
moitié du pays. C'est ce type de relief qui vaut au pays l'appellation
de " Pays aux Mille Collines ".
A l'Est, de Kigali à la frontière avec la Tanzanie, entre 1.500 et
1.000m, le relief de collines s'estompe pour céder place à une vaste
surface monotone découpée en grandes lanières cuirassées et
jonchées d'une multitude de lacs et de marécages.
2.1.1.2. Le Climat
Le Rwanda connaît une température annuelle plus ou moins constante
de 16 à 17° C pour la région des hautes altitudes, 18 - 21°C pour le
Plateau Central et 20 - 24° C pour les basses terres de l'Est et de
l'Ouest .
Le climat est de type équatorial tempéré ( AW3) selon la
classification de KOPPEN. Les précipitations annuelles varient entre
700 et 1400mm dans les basses terres de l'Est et de l'Ouest , entre 1200
et 1400mm dans la région du Plateau Central et de 1400 à 2000mm dans
la région des hautes altitudes.
Le régime pluviométrique influence fortement le régime hydrologique.
Les crues sont enregistrées pendant la grande saison des pluies (Mars
à Mai) et les décrues pendant la grande saison sèche (Juin -
Septembre). Les étiages sont très prononcés. Actuellement, l'on
assiste à des perturbations tant au niveau de la répartition et des
quantités de précipitations qu'au niveau des températures. Le Rwanda
fait face à la sécheresse prolongée qui tend à être cyclique et
persistante. Cette situation pourrait être mise en relation avec les
changements climatiques enregistrés à l'échelle mondiale dus
notamment au réchauffement global de la planète.
2.1.1.3. L'Hydrographie
Le Rwanda possède un réseau hydrographique dense partagé en deux
bassins versants inégaux et situés de part et d'autre de la Crête
Congo-Nil : le bassin du Congo et celui du Nil. Le bassin du Congo ne
comprend que des cours d'eau de faible longueur et importance qui se
jettent dans le lac Kivu. La rivière Rusizi au Sud constitue son
émissaire vers le Lac Tanganyika. Le bassin du Nil couvre l'essentiel
du territoire. La plupart des rivières ont leur source sur les flancs
de la Crête. Les deux principales rivières, à savoir la Nyabarongo et
l'Akanyaru ainsi que leurs nombreux affluents forment, en aval du lac
Rweru, la rivière Akagera qui draine l'essentiel des eaux rwandaises
vers le Nil formant la frontière avec le Burundi au Sud et avec la
Tanzanie à l'Est.
La Nyabarongo et l'Akagera sont intimement liées avec de vastes
marais et avec de nombreux lacs peu profonds qui allongent ces
rivières. L'écologie de ces écosystèmes est très dynamique et
complexe ; la végétation des marais et l'étendue des lacs changent
continuellement avec la pluviométrie et le débit des rivières.
2.1.1.4. Les Sols
Les sols du Rwanda proviennent de l'altération physico-chimique de
roches schisteuses, quartzites, gneissiques, granitiques et volcaniques
qui composent la géologie superficielle du pays. L'on distingue six
groupes de sols.
Les sols dérivés de formations schisteuses, grès et quartzites qui
se retrouvent dans la Crète Congo-Nil, une partie du Plateau Central et
sur les hautes terres de Byumba .
Les sols dérivés de granite et de gneiss présents autour de
Gitarama (Plateau Central) et dans la plaine du Mutara.
Les sols dérivés de roches basiques intrusives du Nord de Kigali et
l'Ouest de Byumba.
Les sols alluvionnaires et colluvionnaires des marais et des vallées
qui comprennent des sols minéraux qu 'on retrouve dans les vallées
orientales et les sols organiques des vallées de l 'Akagera, de la
Nyabarongo et de la Rugezi.
Les sols dérivés de matériaux volcaniques récents du piémont des
volcans.
Les sols dérivés de matériaux volcaniques anciens du plateau de
Cyangugu au Sud-Ouest du pays .
La carte d'aptitude des sols montre que plus de la moitié des sols
du Rwanda sont inaptes aux cultures exigeantes. Les sols sont dégradés
à cause des fortes précipitations, du relief accidenté favorable à
l'érosion et de la surexploitation agricole. Les terres très aptes
sont réduites. Elles se résument à quelques portions dans le Plateau
Central, la région volcanique, le Bugarama et une partie de la région
du Mutara.
La morphologie, l'étagement du relief, la variété des sols et les
différences climatiques régionales confèrent au Rwanda des
écosystèmes variés et riches en diversité biologique.
2.1.2. Les données socio-économiques
2.1.2.1. Démographie
La population rwandaise connaît une très forte croissance
puisqu'elle est passée de 1.595.500 habitants en 1934 à 7.155.391 en
1991. Au début de 1997, elle était estimée à 7.567.000 habitants. En
1999, la population rwandaise était estimée à environ 8.000.000
d'habitants.
Les projections prévoient que la population atteindra 9.446.559
habitants en 2005. Selon les statistiques disponibles, il y a eu deux
principales catastrophes qui ont provoqué une réduction drastique de
la population. Il s'agit d'abord de la grande famine Matemane -
Ruzagayura qui a sévi dans le pays et a provoqué une émigration
importante et une hausse considérable de la mortalité ; ensuite des
massacres et du génocide d' Avril - Juillet 1994 qui ont causé la mort
de plus d'un million de personnes et l'exil de plusieurs autres millions
vers les pays limitrophes.
La croissance de la population rwandaise est le résultat d'un fort
taux d'accroissement naturel qui n'a cessé d'augmenter depuis 1950.
Actuellement le taux d'accroissement naturel s'élève à 3,1% (ESD,
1996) . Ce taux d'accroissement est l'effet combiné du recul de la
mortalité; de la natalité et de la fécondité élevées.
La population rwandaise est jeune. Selon l'enquête
socio-démographique de 1996, les personnes âgées de moins de 15 ans
représentent 45,7%, celles dont l'âge est compris entre 15 et 64 ans
51,5% et celles âgées de plus de 65 ans 2,8%.
Tableau 1: Évolution de la population et des
densités de 1934 à 2013
|
Année |
Population |
Densité physique
(26.336 km²) |
Densité physiologique
(18.740 km²) |
|
1934
1940
1948
1950
1960
1970
1978
1991
1996
2000
2005
2013 |
1.595.400
1.913.322
1.806.371
1.954.870
2.694.990
3.756.607
4.831.522
7.155.391
6.167.000
8.109.754
9.446.559
12.059.889
c |
61
73
69
77
102
143
188
272
234
308
359
458
|
85
102
96
104
144
200
263
382
329
433
504
644
|
Source: 1. ONAPO, Le problème démographique du Rwanda et le
cadre de sa solution.
Volume 1 . Interrelation population-développement, Kigali, 1990,
p.15. 2. S.N.R, Recensement Général de la Population et de l'Habitat
au 15/8/1991. Analyse des principaux résultats. Echantillon au
1/10ème, Kigali, 1993. 3. Enquête Socio-Démographique (ESD, 1996).
L'augmentation continue de la population a pour corollaire la hausse
des densités et la diminution des terres arables par habitant. En
effet, la densité physiologique est passée de 85 hab/km2 en 1934 à
433 en l'an 2000; et elle est appelée à croître davantage.
Cette croissance vertigineuse de la population exigera (quelles que
soient les innovations en matière d'habitat et d'organisation de
l'espace) le doublement de la production agricole, la disponibilisation
du double de la quantité d'eau domestique, le double des sources
d'énergie, etc. Les ressources naturelles sont très sollicitées. Une
nouvelle politique démographique plus osée s'impose afin d'atténuer
les conséquences de l'explosion démographique qui risque de
compromettre gravement l'avenir.
2.1.2.2. Economie
Le Rwanda est un pays à très faible revenu. Il est classé parmi
les 10 pays les moins avancés du monde. Selon le MINECOFIN (Principaux
indicateurs de l'économie nationale, Kigali, 1998); le produit national
brut par habitant et par an s'élevait à 251 dollars américains en
1998. Le secteur primaire, dominé par l'agriculture, employait 91,1% de
la population active en 1996 (ESD, 1996 p. 28). L'agriculture contribue
à concurrence de 45% du PIB et représente plus de 93% des recettes
d'exportation à travers le café et le thé respectivement 49% et 44%.
L'élevage est une activité importante dans la vie économique du
Rwanda. Il est généralisé dans tout le pays et se pratique dans le
cadre familial. Néanmoins, on assiste aujourd'hui à un essor du
ranching dans l'Est du pays et l'ancienne forêt de Gishwati. Les
espèces animales élevées sont les bovins, les ovins, les caprins, les
porcins, la volaille, les abeilles. Les produits d'élevage tels que la
viande, le lait, les peaux , le beurre, le fromage… sont
commercialisés à l'échelle nationale. La contribution de l'élevage
à l'économie nationale n'est pas négligeable. Les peaux ont assuré
4% des recettes d'exportation en 1998.
La pêche au Rwanda est pratiquée dans des lacs et souvent très peu
dans les cours d'eau. C'est une activité artisanale dont la
contribution au secteur économique reste faible et la productivité
limitée. Actuellement la part de la pêche dans l'alimentation et
l'économie rwandaise est devenue très négligeable. Elle représentait
moins de 1% du PIB en 1998.
Les forêts ont une grande valeur marchande découlant de
l'utilisation de différents produits forestiers. En effet, le bois est
la principale source d'énergie au Rwanda. 96,2% des ménages du Rwanda
utilisent le bois comme source d'énergie et 31,4% comme source
d'éclairage. Plus de 60 % de la population urbaine utilisent le charbon
de bois comme source d'énergie. Le bois est aussi très utilisé dans
les constructions .
La commercialisation des produits issus de la transformation du bois
procure des revenus non négligeables aux différents intervenants
impliqués. Les produits de la foresterie ont assuré 1,1% du PIB en
1998.
Le tourisme au Rwanda génère des revenus non négligeables. Chaque
année, des milliers de touristes visitent les parcs nationaux et les
réserves. En plus des droits d'entrée dans les lieux touristiques, les
frais de séjour perçus pour les différents services (transport,
logements, achats divers) contribuent à l'essor de l'économie
nationale. De façon approximative, les recettes issues du tourisme ont
passé d'environ 10 millions de dollars américains en 1988 à 110 mille
en 1999. Ce déclin s'explique par les événements catastrophiques
(guerre et génocide) qui ont eu lieu au Rwanda, en 1994.
Les secteurs secondaire et tertiaire sont très peu développés. Ils
emploient respectivement 1,7 et 6,5 % de la population active.
Par ailleurs, le tissu industriel a été en partie détruit pendant
la guerre et 40% des industries n'ont pu reprendre leur production qu'en
1995. Il s'agit principalement des industries agro-alimentaires.
Actuellement, l'industrie au Rwanda a pratiquement rattrapé son niveau
de production de 1990.
Les services comprennent notamment le commerce, la restauration et
l'hôtellerie, la communication ; la technologie de l'information,
l'assurance et représentent 31% du PIB. Ils sont actuellement en pleine
croissance du fait de l'essor pris par les télécommunications, le
tourisme et le commerce. Le secteur informel (artisanat, unité
familiale de transformation, les échanges…) contribue
significativement à l'économie nationale et à la création de
l'emploi ; même si les flux de ce secteur ne sont pas enregistrés dans
l'économie nationale.
Tableau 2: Produit Intérieur Brut par branche
d'activité (en millions de Frw) de 1994 à
1998
| Secteur
D'activité |
Années |
| 1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
| Cultures vivrières
Cultures d'exportation
Dont le café
Élevage
Pêche
Sylviculture |
72.486 |
123.806 |
161.960 |
213.673 |
239.894 |
| 549 |
8.456 |
6.895 |
5.392 |
5.531 |
| 291 |
8.214 |
6.108 |
4.498 |
4.108 |
| 5.668 |
11.040 |
23.235 |
25.799 |
23.017 |
| 651 |
838 |
1.383 |
1.366 |
1.505 |
| 3.129 |
4.815 |
6.846 |
5.762 |
6.873 |
| Agriculture |
82.783 |
148.956 |
200.319 |
251.990 |
276.819 |
| Industrie |
35.085 |
55.719 |
80.653 |
107.623 |
125.679 |
| Services |
47.162 |
135.195 |
148.092 |
197.721 |
221.701 |
| Produit Intérieur Brut |
165.792 |
337.200 |
431.140 |
562.481 |
631.680 |
Comme le montre le tableau ci-dessus, la part de l'agriculture dans
le Produit Intérieur Brut augmente depuis 1994. La prédominance du
secteur primaire dans la structure de l'économie nationale et le manque
d'alternatives occasionnent des fortes pressions sur les ressources
biologiques actuellement disponibles.
