3.3. Stratégie nigérienne en matière
d'environnement et de développement durable
Pour bien comprendre la stratégie, il importe de rappeler d'abord
quelques principes propres à la planification stratégique en
environnement, de même que quelques constats qui découlent de
l'analyse qui précède.
3.3.1. Planification stratégique en environnement
La planification stratégique en environnement vise concrètement à
identifier diverses actions susceptibles de favoriser la prise en compte
de l'environnement au sein des organisations. Elle regroupe
habituellement ces actions selon trois grandes catégories :
- l'intégration de la préoccupation environnementale dans le
processus de décision devant mener à l'action;la définition
d'actions en environnement;
- le développement des capacités en environnement.
- L'intégration de la préoccupation environnementale dans le
processus de décision
De tous les types d'intervention possibles, l'intégration est
généralement reconnue comme la plus efficace. Elle consiste à prendre
les préoccupations environnementales en considération dès l'étape de
planification et de définition de l'intervention. Elle s'appuie pour se
faire sur un certain nombre d'outils pratiques parmi lesquels
l'évaluation environnementale (EE) et l'étude d'impact sur
l'environnement (EIE) sont certainement les mieux connus et les plus
répandus. Elle exige généralement de revoir le cycle de planification
de projet et le partage des rôles et des responsabilités au sein de
l'organisation.
Les principaux avantages de l'intégration tiennent du fait que
lorsqu'elle intervient très tôt dans le processus décisionnel, elle
permet de réaliser des économies considérables de temps et d'argent
qu'exigent habituellement la recherche et la mise au point de mesures
pour corriger les impacts négatifs sur l'environnement.
La définition d'actions ou de projets en environnement
Cette façon d'intervenir considère plutôt l'environnement comme un
secteur. Les projets dont il est ici question peuvent généralement
être regroupés en deux grandes catégories : d'une part, les projets
qui s'intéressent à la gestion des ressources naturelles (ressources
minérales sol, air, eau, flore, faune, etc.) et, d'autre part, les
projets qui portent sur la pollution et les nuisances (gestion des
déchets, assainissement du milieu, contaminations diverses, etc.). Ces
projets veulent le plus souvent corriger une situation préjudiciable à
l'environnement ou protéger certaines ressources reconnues rares et
menacées.
Il importe de signaler ici les risques de recoupement entre ce type
de projet et les projets classiques d'agriculture, de foresterie,
d'aménagement urbain, etc. Il faut faire attention en effet pour que
tous les projets qui s'intéressent à la gestion des ressources
naturelles ou à la mise en place des infrastructures urbaines, par
exemple, ne deviennent pas des projets en environnement. Une telle
situation risquerait d'ouvrir la porte à des conflits de juridiction
entre les différentes unités administratives responsables.
Le développement des capacités en environnement
Tel que l'Organisation de coopération et de développement
économique (OCDE) le conçoit, les capacités dans le domaine de
l'environnement réfèrent «aux possibilités qu'ont, dans un contexte
donné, les individus, les groupes, les organisations et les
institutions, de s'attaquer aux problèmes d'environnement dans le cadre
des efforts déployés pour parvenir à un développement durable.
L'expression développement des capacités dans le domaine de
l'environnement (DCE) désigne le processus qui permet de renforcer les
capacités dans le domaine de l'environnement et les structures
institutionnelles appropriées». Le DCE est donc susceptible
d'intéresser toutes les institutions et les organisations des secteurs
privé et public préoccupées par la question de l'environnement.
On notera que ces trois différents types d'intervention sont souvent
combinés pour de meilleurs résultats. La formulation des objectifs du
PNEDD laisse déjà entendre qu'on devra avoir recours à ces trois
catégories d'actions.
3.3.2. Principaux constats relatifs à la
situation au Niger
Le Niger est aux prises avec trois perturbations majeures qui
affectent à la fois son capital - ressources et son capital humain.
L'insécurité alimentaire, la crise de l'énergie et la pauvreté se
conjuguent pour créer des problèmes d'environnement considérables,
problèmes qui ne font d'ailleurs qu'accentuer le déséquilibre entre
l'offre et la demande.
Les problèmes de dégradation des ressources naturelles apparaissent
comme les plus importants problèmes d'environnement à l'échelle du
pays.
L'organisation traditionnelle de l'espace national ne répond plus
aux exigences d'une population de plus en plus nombreuse et démunie.
Certains affirment que la capacité de support du milieu est atteinte et
même dépassée dans certaines régions du pays.
L'état de dégradation de certains milieux ou de certaines
composantes (notamment les sols et la forêt) exige une intervention
immédiate pour assurer la sauvegarde de ces ressources en danger.
Le partage des rôles et responsabilités entre les différents
intervenants n'est pas clair. Les conflits institutionnels ont souvent
retardé les décisions et empêché les interventions.
Le cadre juridique soutient mal l'action. Outre les textes qui sont
parfois désuets ou incomplets, le problème vient surtout du fait que
les lois ne sont pas mises en application faute de réglementation et de
moyens de contrôle adéquats. Cela tient également à la coexistence
de deux systèmes juridiques, l'un traditionnel, l'autre moderne qui
sont souvent en contradiction l'un envers l'autre.
Les objectifs que poursuit la politique nigérienne en matière
d'environnement et de développement durable indiquent déjà des voies
à suivre que la stratégie doit prendre en compte.
3.3.3. Approche proposée
Considérant la gravité de la situation environnementale au Niger et
l'ampleur des problèmes de développement observés, la stratégie
retenue pour la mise en œuvre de la politique nigérienne en matière
d'environnement et de développement durable emprunte à l'approche de
gestion de situations de crise. En réduisant cette approche à sa plus
simple expression, on reconnaît trois étapes complémentaires qui
peuvent être entreprises de façon séquentielle ou simultanée.
La première étape consiste habituellement à pallier l'urgence. Il
s'agit d'intervenir d'abord là où la situation est critique et où les
conséquences de la non intervention pourraient être dangereuses pour
la sauvegarde de l'élément touché ou celle des individus qui en
dépendent. Il s'agit en quelque sorte d'une opération de sauvetage
d'individus, de groupes d'individus ou de ressources exposés à un
danger menaçant. Cette première étape est généralement limitée
dans le temps. L'information la plus utile ici provient habituellement
des individus directement touchés.
La seconde étape consiste à concentrer tous les efforts disponibles
pour protéger, voire renforcer les ressources menacées les plus
importantes pour la survie de la population du milieu. En somme, on
s'intéresse ici au capital productif des communautés, aux composantes
susceptibles de leur apporter un minimum de bien-être. La durée de
l'intervention dépendra alors de la nature des éléments affectés et
de la sévérité des perturbations en cause. Cette étape exige la
participation et la collaboration de tous les intervenants.
Enfin la troisième étape se situe plus loin dans le temps par
rapport à l'élément perturbateur. Elle vise le rétablissement et la
consolidation de la situation initiale. Il est ici question de
réhabilitation, de restauration et de reconstruction des stocks et des
infrastructures qui en permettent l'exploitation. C'est généralement
l'occasion de revoir les méthodes d'intervention, de repenser les
approches et de mieux cibler les actions.
De plus, il faut encore souligner que le succès d'une telle approche
dépend surtout de la qualité de la communication entre tous les
intervenants (population sinistrée, responsables locaux et autres).
Elle dépend également de la qualité de l'information qui guide les
décisions au fur et à mesure que la situation évolue. Cela suppose un
excellent système de suivi et de repérage (indicateurs) qui permette
de mesurer les progrès accomplis.
Inspirée par cette approche, la stratégie de mise en œuvre de la
politique nigérienne en matière d'environnement et de développement
durable, débouche sur diverses actions regroupées selon trois
catégories : actions urgentes (court terme), programmes prioritaires
(moyen et long terme) et actions d'accompagnement (moyen et long terme).
Par ailleurs, la stratégie s'articule autour de deux axes principaux :
les ressources naturelles et le développement des capacités en
environnement. Elle accorde une place prépondérante aux populations et
en particulier aux jeunes et aux femmes.
À cet égard, il importe de signaler que le PNEDD reconnaît aux
femmes un rôle essentiel et primordial dans la meilleure gestion des
ressources et de l'espace. Ce sont elles en effet qui réalisent
quotidiennement la plus grande partie des travaux agricoles et ménagers
et qui entretiennent de ce fait un rapport déterminant avec le milieu.
Ce sont elles également qui vivent chaque jour l'impact de la
dégradation du milieu, et qui voient leur tâche familiale s'alourdir
constamment, au fur et à mesure de l'appauvrissement des ressources, de
leur propre appauvrissement et de celui de leur famille.
La mise en application du code rural leur assurera une plus grande
sécurité foncière et un meilleur accès aux ressources. Il est donc
clair pour le PNEDD que toutes les actions qui seront proposées dans le
cadre de sa mise en œuvre devront accorder une place importante aux
femmes comme agent de changement. Qu'il s'agisse de pratiques culturales
ou d'élevage, de santé et d'hygiène, d'assainissement et de lutte
contre la pollution domestique, les femmes devront toujours être au
centre des réflexions et des actions à entreprendre. Elles devront
être associées à la définition des problèmes, à la recherche de
solutions et à la mise en œuvre de ces dernières. Le rôle que leur
réserve le PNEDD veut aller bien au-delà de la notion de groupe-cible.
Elles doivent être partie prenante des décisions et doivent
bénéficier au premier chef de tout l'appui nécessaire pour qu'elles
puissent devenir des interlocutrices de plein droit.
Dans ce contexte, la présente stratégie a préféré intégrer la
femme dans toutes les activités qu'elle propose plutôt que de lui
réserver des actions spécifiques et limitatives. Cela n'empêche pas
cependant que des interventions concrètes découlant de la mise en
œuvre de la stratégie puissent lui être spécifiquement destinées.
Une étude fine sur la situation de la femme nigérienne au regard de
l'environnement doit être menée prochainement pour mieux comprendre
toute cette problématique fondamentale et dégager des actions qui
cadrent bien avec l'approche que favorisent le Ministère du
Développement social, de la Population et de la Promotion de la Femme
et l'ensemble de ses partenaires en vue d'améliorer le rôle et le
statut de la femme dans la société nigérienne.
