3.2. Eléments de la politique en matière
d'environnement et de développement durable
Les prochains paragraphes présentent quelques éléments
déterminants qui orienteront les options stratégiques retenues. Il
s'agit plus précisément de prémisses et de positions, voire de
postulats qui supportent la réflexion stratégique.
3.2.1. Fondements de la politique
La politique nigérienne en matière d'environnement et de
développement durable reconnaît la nécessité d'ouvrir le débat sur
le développement du pays, de manière à tenir compte de l'ensemble des
préoccupations culturelles, sociales, économiques, écologiques et
politiques qui caractérisent le vécu quotidien de la population du
Niger.
La politique nigérienne en matière d'environnement et de
développement durable reflète le compromis que les différents acteurs
et partenaires nigériens ont convenu au terme d'une longue consultation
nationale.
La politique nigérienne en matière d'environnement et de
développement durable se veut mobilisatrice. Elle engage tous les
intervenants des domaines public et privé de même que l'ensemble de la
société civile à traduire ses principes, ses orientations et ses
prescriptions en actions concrètes qui permettront d'atteindre
collectivement les objectifs visés.
La politique nigérienne en matière d'environnement et de
développement durable se situe à la rencontre des multiples
engagements de l'État au regard de la population, de la lutte contre la
pauvreté, de la bonne gouvernance, de la lutte contre la
désertification, de la gestion des ressources naturelles, du
développement rural, du maintien de la biodiversité et de nombreux
autres engagements encore pris depuis une vingtaine d'années.
La politique nigérienne en matière d'environnement et de
développement durable reconnaît l'interdépendance des problèmes de
développement et d'environnement, et la complémentarité des acteurs.
Elle concède à l'État un rôle fondamental de coordination et de
régulation en matière d'environnement et de développement durable ;
elle fait de tous les acteurs de la société civile, du secteur privé
et du secteur public les agents de sa mise en œuvre.
La finalité de la politique nigérienne en matière d'environnement
et de développement durable est d'élargir les options de
développement du Niger et de pérenniser ces options pour les
générations futures. Cela suppose que les actions à planifier ne
doivent pas se limiter à la seule réduction des effets négatifs sur
le milieu. Elles doivent également proposer, à plus long terme, des
alternatives valables aux voies actuelles de développement pour que les
changements souhaités puissent s'opérer.
Dans cette optique, l'élargissement des options signifie
concrètement de lever les différentes contraintes - institutionnelles
par exemple - qui entravent le développement, de se donner de nouvelles
perspectives pour apprécier certains problèmes de développement, de
combiner les efforts plutôt que d'intervenir sans se soucier
suffisamment des autres intervenants, de modifier les approches de
gestion, de revoir les indicateurs de performance, etc.
Le but de cette politique fondamentale est de mettre en place les
conditions favorables à l'amélioration à long terme de la sécurité
alimentaire, à la solution de la crise de l'énergie domestique, à
l'amélioration des conditions sanitaires et au développement
économique des populations et du pays. En somme, la politique
nigérienne en matière d'environnement et de développement durable
veut compléter et renforcer les différents efforts entrepris dans le
cadre d'autres programmes importants, en particulier le programme cadre
national de lutte contre la pauvreté.
En termes opérationnels, il s'agit de systématiser la prise en
compte des préoccupations environnementales dans toutes les décisions
qui concernent le développement du pays. Comme il a été mentionné
plus tôt, plusieurs intervenants tiennent déjà compte de
l'environnement dans la planification et l'exécution de leur mandat.
Mais il manque de lignes directrices, de guides qui permettent
d'évaluer si les diverses politiques, ainsi que les multiples
programmes et projets mis en œuvre à travers tout le pays sont
conformes à l'intérêt public. La politique nigérienne en matière
d'environnement et de développement durable entend apporter une
solution à ce problème.
Certains principes fondamentaux, certaines valeurs orienteront la
stratégie de mise en œuvre de la politique nationale. Les plus
importants sont discutés ci-après.
- La nécessité d'une approche globale
Le schéma de la problématique de l'environnement et du
développement durable au Niger a mis en évidence la complexité des
relations entre les différents éléments qui sous-tendent les
réalités de l'insécurité alimentaire, de la pauvreté et de la crise
de l'énergie. Or, il est évident que la simple multiplication des
actions isolées et des interventions sectorielles, comme on a
d'ailleurs pu l'expérimenter dans le passé, ne suffit pas à renverser
les différents processus de dégradation des conditions du milieu
naturel et du milieu social.
La perspective environnementale du problème commande de toujours
rappeler les liens entre toutes les composantes. Il faut par conséquent
privilégier une approche globale et systémique tant dans l'examen des
causes des problèmes à résoudre que dans la vision de l'espace à
aménager.
En somme, il importe de se rappeler que la gestion de l'environnement
n'est pas sectorielle. Elle a une dimension transnationale qui
nécessite la mise à contribution non seulement de toutes les
capacités nationales (acquis du savoir et du savoir faire populaire),
mais aussi les expériences des autres pays. En outre, les impératifs
d'une gestion rationnelle des ressources nécessitent la création d'une
véritable tradition de recherche scientifique.
- L'importance de centrer l'attention sur les composantes
humaines et sociales de l'environnement
L'environnement touche et comprend d'abord l'être humain. Dans le
contexte nigérien, il ne faut pas voir celui-ci comme l'ennemi de la
nature, mais comme celui qui s'efforce de vivre avec elle et par elle.
Comme le suggèrent de nombreuses approches maintenant, les populations
doivent être au centre des préoccupations et des solutions à
chercher. La gestion des rapports entre la population et le milieu a
d'abord une dimension humaine, culturelle et sociale, avant d'avoir une
portée bio-physique.
Comme l'indique la politique de la population, «la ressource humaine
est la ressource la plus précieuse et la plus sûre au Niger». Le pays
n'a pas d'autre choix que de mettre d'abord l'accent sur les aspects
humains des problèmes et de faire une grande place aux populations dans
la mise en œuvre de sa stratégie.
Bien au-delà de la sensibilisation, elles doivent participer à
l'identification des problèmes, à la recherche de solutions et à la
mise en œuvre de ces dernières.
- L'impératif de la vision à long terme et de l'approche
«pro-active»
Malgré l'urgence que commande la situation dans certaines régions
et la nécessité de réagir le plus rapidement possible à certains
déséquilibres importants, la perspective stratégique exige une vision
à moyen et à long terme. L'action doit viser les causes profondes des
situations actuelles. Les objectifs que poursuit la politique exigent
une attitude volontaire et «pro-active»; il faut aller au devant des
problèmes pour sortir de la crise.
La nécessité de l'implication et de la participation des
populations à travers des structures décentralisées efficaces
La saine gestion des ressources et de l'espace exige la pleine et
entière participation des populations à l'établissement du
diagnostic, à la recherche de solutions pratiques, ainsi qu'à leur
mise en œuvre. La prise en compte de l'environnement conduit à un
nouveau partage des pouvoirs et à une nouvelle définition des rôles
et des responsabilités entre tous les acteurs.
Dans ce sens, le double processus de démocratisation et de
décentralisation doit impérativement s'accélérer pour que les
institutions locales appelées à jouer un rôle fondamental dans la
gestion des ressources et de l'espace soient déjà en place et
pleinement opérationnelles avant que ne démarrent les interventions
concrètes sur le terrain.
- L'obligation d'établir des priorités pratiques
Le défi de la politique nigérienne en matière d'environnement et
de développement durable est de savoir concilier l'approche globale et
la vision à long terme avec les urgences que commande une population
démunie, déjà contrainte à modifier sa propre stratégie de
subsistance. La grande perspective globale risque en effet de faire
perdre de vue les obligations plus immédiates. Il importe donc
d'insister sur la nécessité d'accorder toute la priorité requise aux
situations qui sont de nature à induire dès maintenant des effets
irréversibles ou quasi-irréversibles sur les ressources et le
développement qui en dépend.
- Le besoin de s'appuyer sur les acquis
La réflexion sur les problèmes d'environnement et de développement
a été entreprise depuis longtemps déjà. La présente politique doit
donc s'inscrire dans le prolongement de cette réflexion. Il faut tirer
davantage profit en effet des nombreux efforts qui ont été entrepris
sur différentes bases, tantôt sectorielles, tantôt thématiques pour
améliorer la situation nigérienne. En fait, ce principe réaffirme la
volonté et la nécessité de bien ancrer le PNEDD dans la réalité du
Niger et d'éviter de réinventer ce qui existe déjà.
- L'obligation de cohérence et de cohésion
La contradiction entre certaines décisions et la confusion entre
divers intervenants (notamment des ministères et des bailleurs de
fonds) quant au choix d'une approche ou d'une méthode la mieux
appropriée pour corriger certaines problématiques particulières, se
sont avérées stériles et inopportunes.
L'efficacité de la politique nigérienne en matière d'environnement
et de développement durable passe par l'obligation de cohérence entre
les interventions et de cohésion entre les parties.
