3. ÉLÉMENTS DE LA POLITIQUE ET STRATÉGIE EN MATIÈRE
D'ENVIRONNEMENT ET DE DÉVELOPPEMENT DURABLE
S'appuyant sur le bilan - diagnostic validé par les partenaires lors
des différents forums régionaux, cette troisième partie propose les
lignes directrices de la politique environnementale nationale à venir.
Elle suggère également la stratégie de mise en œuvre de cette
politique. Mais au préalable, elle propose une vue d'ensemble de la
problématique de l'environnement et du développement durable au Niger
à partir de laquelle on élaborera la stratégie.
3.1. Problématique de l'environnement et du
développement durable au Niger
Il est difficile de distinguer entre les causes et les effets de la
situation décrite dans le chapitre précédent. Les événements
s'influencent mutuellement et les effets sur les composantes
environnementales et sociales se combinent, de sorte qu'il est même
hasardeux de tenter de les distinguer. Pourtant, il est essentiel que
les partenaires s'entendent sur une certaine conception de la réalité
qui permette d'isoler les facteurs les plus significatifs, d'identifier
les éléments prioritaires et de reconnaître les agents de changement
autour desquels se concentreront les actions à mettre en œuvre pour
tenter de modifier la situation actuelle.
La figure 4 résume les traits dominants de la problématique de
l'environnement et du développement durable au Niger. Elle propose une
certaine hiérarchisation des faits de manière à mieux comprendre la
situation que l'on souhaite changer.
Le schéma se lit de la gauche vers la droite. Au départ, on
constate que la problématique du développement et de l'environnement
tient évidemment aux grandes caractéristiques du milieu naturel, d'une
part, et à celles de la population et des activités humaines, d'autre
part. En effet, la relation plus ou moins harmonieuse entre la
population et le milieu (les ressources) dépend d'abord de grands
facteurs historiques et traditionnels, mais aussi de facteurs plus
récents ou plus conjoncturels (facteurs déterminants). Or, comme le
schéma l'indique, cette relation est plutôt difficile dans le cas du
Niger; on parle même de dysfonctionnement.
- Les facteurs déterminants (partie gauche de la figure 4)
Au nombre des facteurs qui déterminent le comportement des
populations et la nature des activités humaines, on trouvera d'abord la
culture et la tradition. Celles-ci influencent et règlent au premier
chef le comportement des gens et les rapports qu'ils entretiennent avec
le milieu. Les organisations familiales et les communautés humaines -
souvent sans instruction - sont en grande partie influencées, voire
régies par la tradition. Certaines questions fondamentales, comme celle
de la démographie ou du régime foncier par exemple, seront ainsi
fortement orientées (conduites) par cette dimension primordiale du
développement durable. Dès lors, les changements que l'on voudra
apporter sur ce plan demanderont beaucoup d'efforts et de temps. La
stratégie devra en tenir compte, notamment lors de l'établissement des
priorités.
Par ailleurs, l'attitude des intervenants (individus ou institutions)
et la nature des activités humaines sont aussi réglées par un
ensemble de conditions qui dépendent, entre autres, du cadre juridique
(besoin d'harmonisation entre certains textes, régime foncier qui
limite les actions correctrices possibles), des rapports institutionnels
entre les intervenants (tensions au sein de l'administration quant à la
responsabilité du dossier environnement), de l'économie (baisse du
capital-ressources, diminution de la production et de la productivité,
performance générale médiocre) et des grandes politiques qui
orientent les décisions de tous les partenaires. Or, en termes
stratégiques, certains efforts devront obligatoirement être faits dans
chacun de ces différents domaines pour que se mette en place un
contexte plus favorable aux changements escomptés. Ces efforts, souvent
préalables à toute action en environnement, seront pris en compte dans
l'établissement des programmes d'action.
Au plan des ressources naturelles, le climat, notamment l'aridité et
son impact direct sur la disponibilité en eau, constitue le principal
facteur déterminant. Comme on l'a vu précédemment, les grandes zones
éco-climatiques évoluent dans le temps et dans l'espace selon l'indice
de pluviosité. Il en résulte que l'histoire du Niger est indissociable
de celle des grandes sécheresses sahéliennes. Les modes d'occupation
des terres et d'utilisation du sol sont profondément marqués par cette
donne. Celle-ci conditionne fortement la nature de la relation entre la
population et le milieu.
Or, le dysfonctionnement qui caractérise précisément cette
relation au Niger donne d'abord lieu à tout un cortège de problèmes
de développement qui s'influencent mutuellement, contribuant ainsi à
l'accentuation du déséquilibre entre la population et le milieu. Le
schéma de la figure 4 en présente quelques-uns parmi les plus
importants.
- Les problèmes de développement (partie centrale de la figure
4)
La fragilité des systèmes de production agricole et la précarité
des conditions de culture et d'élevage figurent parmi les principaux
problèmes de développement au Niger. Elles tiennent à l'accroissement
continue de la pression sur les ressources comme réponse à de nombreux
phénomènes, tels que l'accroissement démographique, le morcellement
des terres, la diminution de la fertilité des sols, la situation
technico-économique précaire des agriculteurs et des éleveurs, les
pratiques culturales et d'élevage inadéquates, la sécheresse, etc. Il
s'ensuit une diminution notable de la production et de la productivité
agricole qui accroît encore davantage la pauvreté des populations et
ne fait qu'accentuer la fragilité et la précarité de la situation.
Cette baisse de la production et de la productivité conduit par
ailleurs les agriculteurs à compenser les pertes enregistrées par une
augmentation des superficies utiles. Cela les pousse vers des régions
marginales où les potentiels du milieu sont nettement limités. À la
perte économique et écologique s'ajoutent alors encore les conflits
relatifs à l'utilisation des terres qui opposent les agriculteurs, les
éleveurs et les pasteurs. En fait, la diminution des revenus vient ici
exacerber une situation conflictuelle ancienne qui privilégie la
sédentarisation (l'agriculture) au détriment du nomadisme
(l'élevage). Les «commissions foncières» que le nouveau code rural
propose de généraliser devraient contribuer à atténuer ces tensions.
En marge de tous ces problèmes, le pays connaît également des
difficultés importantes au chapitre de l'énergie, notamment en
matière d'énergie domestique. Avec l'agriculture, celle-ci est en
effet responsable du recul important des zones forestières. La
situation tient ici de la combinaison de plusieurs facteurs de nature
économique (les coûts à la consommation ne tiennent pas compte des
coûts de renouvellement de la ressource – notion d'externalités),
juridique (le régime foncier ne valorise pas les arbres ; seule
l'agriculture donne accès aux titres de propriété), et
institutionnelle (les intervenants sont nombreux : 2 ministères (MHE et
MME), quatre services ou directions (SSRT, SPN/GT, direction de
l'environnement et direction de l'énergie) et l'ensemble des
intervenants privés et des acteurs de la société civile).
(Figure 4) : Problématique environnement et développement
durable
Au chapitre des ressources en eau, le problème se présente
davantage sous l'angle de la maîtrise. Le Niger dispose en effet de
ressources intéressantes encore inexploitées. Cette situation a pour
effet de limiter les nouveaux établissements humains, contribuant ainsi
à l'accroissement de la pression sur les milieux qui bénéficient de
ressources en eau plus facilement mobilisables. Dès lors, ces milieux
se fragilisent encore davantage et finissent par ne plus avoir beaucoup
à offrir aux populations dont le niveau de vie continue de se
dégrader.
Tous ces problèmes liés à la gestion des ressources naturelles et
de l'espace ajoutent à l'attrait des villes et provoquent le
déplacement des populations rurales des zones les plus affectées vers
les grands centres du Niger ou des pays voisins (phénomène d'exode
rural). Mal équipées pour faire face à cet afflux important
d'individus essentiellement pauvres et démunis, les villes du Niger, à
commencer par la capitale, n'arrivent pas à canaliser et à maîtriser
cet accroissement rapide de la population urbaine. Les problèmes
prennent ici différentes formes : 1) planification déficiente, 2)
installation souvent anarchique des nouveaux arrivés dans des quartiers
périphériques sans services, 3) collecte, transport et élimination
des déchets mal planifiés, 4) insuffisance des systèmes de collecte
et de traitement des eaux domestiques, 5) diminution de la qualité de
l'air, liée notamment à la présence d'un parc automobile en mauvais
état, 6) sous-emploi et chômage chronique, etc.
Enfin, le dysfonctionnement de la relation population - milieu - ou
le déséquilibre constaté entre les besoins de la population et
l'offre - tient aussi à l'inégale distribution des ressources, dont
l'accès à certaines d'entre elles n'est pas universel. Cette inégale
distribution des ressources, et conséquemment de la richesse, alimente
d'ailleurs directement les conflits entre les agriculteurs, les
éleveurs et les pasteurs dont il a été question plus haut
(accaparement de certaines ressources marginales par l'un ou l'autre
groupe, généralement les agriculteurs). Voilà certainement un
élément fondamental dont la stratégie devra tenir compte pour éviter
que cette situation ne se détériore encore davantage et ne conduise à
un épuisement définitif de certaines ressources.
Comme la figure 4 l'indique, les relations entre tous ces facteurs
sont multiples et biunivoques. D'une part, les problèmes de
développement sont à la fois résultats et causes du dysfonctionnement
de la relation entre la population et le milieu. D'autre part, ils
procèdent et contribuent aux trois grandes crises qui marquent
profondément le développement du Niger : l'insécurité alimentaire,
la pauvreté et la crise de l'énergie domestique. Ce sont ces grandes
crises qui sont au cœur de la problématique de la désertification au
Niger et qui expliquent une large part des problèmes économiques et
financiers de l'État.