2. BILAN-DIAGNOSTIC DE LA SITUATION DU NIGER EN MATIÈRE
D'ENVIRONNEMENT ET DE DÉVELOPPEMENT DURABLE
2.6. Principaux enjeux en matière d'environnement
et de développement durable
La notion d'enjeu est cruciale dans l'analyse environnementale. Elle
permet de synthétiser une situation complexe et d'identifier les points
fondamentaux qui guideront la suite de l'analyse. Par définition même,
les enjeux ne sont pas nombreux. Ils correspondent à ce que l'on risque
finalement de perdre ou de gagner si une intervention, un événement se
produit. Dans certains cas, comme ici au Niger, l'enjeu sera plutôt
associé à la non intervention, au fait de ne rien changer dans l'ordre
des choses, de laisser la situation continuer d'évoluer selon les
tendances actuelles.
Il importe de rappeler par ailleurs la distinction qu'il faut faire
entre la notion d'impact et celle d'enjeu. L'impact vient après
l'action. C'est un résultat, un effet. Un impact, si important soit-il,
pourra être corrigé, atténué, parfois complètement, parfois
partiellement par un certain nombre de mesures plus ou moins coûteuses
et efficaces.
De son côté, l'enjeu précède l'action. C'est la mise bien
concrète que l'on est prêt à faire, même à perdre dans l'espoir
d'arriver au résultat escompté, d'obtenir l'impact recherché. Il y a
dans la notion d'enjeu, l'idée du «tout ou rien». Une fois l'action
terminée, l'intervention réalisée, on récolte les dividendes
attendus ou on fournit sa contribution.
En matière d'environnement, l'analyse à mener doit justement
permettre d'évaluer si les retombées attendues (les effets) d'une
politique, d'un programme, d'un projet ou d'une simple action sur le
milieu valent le risque que l'on est prêt à prendre à l'égard de
certaines composantes de ce milieu. Dans la perspective du
développement durable, non seulement cherchera-t-on à minimiser le
risque à court terme, mais on voudra également s'assurer que les
actions envisagées dans l'immédiat n'hypothéqueront pas l'avenir non
plus.
Or, dans le cas du Niger, c'est la pérennité du capital-ressources
qui est en jeu. Les analyses réalisées dans le cadre de plusieurs
programmes et projets indiquent en effet que le Niger arrive de plus en
plus difficilement à faire fructifier ce capital. Le retour sur
l'investissement (en ressources et en efforts) est insuffisant, ce qui,
à la longue, expose le capital même à des risques importants. Les
stratégies de gestion doivent être revues.
De plus, l'état de dégradation avancée dans lequel se retrouvent
certaines ressources, combiné à l'assèchement du climat que confirme
le glissement des isohyètes vers le sud du pays, entraînent à leur
tour la réduction de l'espace vital. Dans le contexte où la population
ne dispose que de moyens limités pour modifier ses stratégies
individuelles et collectives de survie, la pression devient forcément
excessive sur les ressources résiduelles encore exploitables.
S'enclenche alors un cercle vicieux qui, réduit à sa plus simple
expression met en cause la population, les ressources naturelles et la
pauvreté, chacun entretenant envers l'autre une relation biunivoque de
cause à effet.
Dans ces circonstances particulières où l'État devrait jouer un
rôle régulateur important en facilitant les changements d'attitude et
de comportement susceptibles d'entraîner des modifications de la
structure même de la société, comment celui-ci pourrait-il rétablir
la communication avec les nigériens dans un contexte de crise
économique et financière qui limite son action? Il s'ensuit une
absence totale de discipline sociale et une inefficacité de la gestion
publique qui sont difficilement compatibles avec le principe même du
développement durable.
Cette situation particulière soulève au Niger des préoccupations
singulièrement importantes notamment en matière de croît
démographique, de sécurité alimentaire, d'approvisionnement
énergétique, d'aménagement du territoire et de croissance urbaine
pour ne citer que les grandes questions les plus fondamentales. Elles
remettent en cause l'efficacité de l'État et posent le problème de la
pertinence des institutions, des lois et des politiques telles qu'elles
existent au Niger.
En reconnaissant la pérennité du capital–ressources comme enjeu
principal, la discussion s'oriente donc maintenant sur les actions à
mettre en place pour permettre de transformer en profondeur les
stratégies de gestion de ce capital, pour revoir concrètement la
relation entre l'homme et son milieu de vie.
