2. BILAN-DIAGNOSTIC DE LA SITUATION DU NIGER EN MATIÈRE
D'ENVIRONNEMENT ET DE DÉVELOPPEMENT DURABLE
2.2.3. Énergie et environnement
La biomasse fournit, à partir de quelque 8,5 millions d'hectares de
formations naturelles, 90% de la consommation totale d'énergie du
Niger. Environ 80% de cette consommation sont constitués par les
besoins des ménages.
La consommation annuelle de bois a été estimée en 1997 à plus de
2 millions de tonnes, dont 150 000 tonnes pour les seuls besoins de la
ville de Niamey. Compte tenu du croît démographique, cette
consommation est appelée à doubler dans un quart de siècle, d'où le
risque de voir s'accentuer la dégradation du couvert végétal dont la
production est déjà très faible (50 pieds à l'hectare).
Le bilan énergétique bois-énergie des régions, objet du tableau 9
montre que tous les départements, à l'exception de Dosso, sont
déficitaires. L'approvisionnement en bois se pose de manière
particulièrement aiguë dans les départements de Tahoua, Maradi,
Tillabéri et Zinder.
Tableau 9: Bilan de la productivité forestière et de la
consommation bois-énergie
| Départements |
Production (T) |
Consommation (T) |
Bilan (T) |
| Agadez |
1 800 |
91 980 |
- 90 180 |
| Diffa |
21 517 |
55 003 |
- 33 486 |
| Dosso |
409 770 |
306 600 |
103 170 |
| Maradi |
90 000 |
398 815 |
- 308 815 |
| Tahoua |
27 672 |
485 000 |
- 457 328 |
| Tillabéry |
300 000 |
600 000 |
- 300 000 |
| Zinder |
60 000 |
200 000 |
- 140 000 |
| CU Niamey |
0 |
156 000 |
- 156 000 |
| Total |
910 759 |
2 293 398 |
- 1 382 639 |
Source : Bilan-diagnostic des stratégies, programmes
et projets passés, en cours et en attente dans le domaine des énergies
nouvelles et renouvelables au Niger. Cabinet du Premier Ministre (CNEDD)
et le Ministère de l'Agriculture et de l'Élevage (CGRN), décembre
1997.
L'importance sans cesse croissante des besoins en bois-énergie a
conduit le Gouvernement à rechercher à ce problème des solutions
alternatives, notamment dans le domaine des énergies nouvelles et
renouvelables. Plusieurs programmes ont été élaborés dans ce cadre.
Il s'agit en particulier :
- du projet Énergie domestique dont l'objectif est de parvenir à
une réduction de la consommation de bois-énergie par la promotion
du pétrole lampant et une meilleure utilisation des formations
naturelles, grâce à la mise en place de schémas directeurs
départementaux d'aménagement des formations naturelles et à la
création de marchés ruraux de bois;
- du projet Gaz urbain, dont l'objectif est de mettre à la
disposition des populations de petits équipements à leur portée;
- du projet Charbon qui se propose de valoriser le charbon minéral
en vue de son utilisation dans les ménages grâce à un équipement
adapté.
En général, ces programmes rencontrèrent d'énormes difficultés
dans leur exécution. Cependant, les marchés ruraux de bois dont le
principe est basé sur la responsabilisation des villageois dans la
gestion de leurs terroirs, obtiennent des résultats positifs
unanimement appréciés.
2.2.4. Industrie, tourisme et environnement
Industrie
En créant une base industrielle susceptible d'entretenir la
croissance, le Niger a mis en œuvre deux stratégie :
- l'industrialisation par la valorisation des ressources locales et
- l'industrialisation par la substitution aux importations.
Le tissu industriel nigérien comptait 72 unités en 1995 dont 29 en
état de marche, à l'exclusion des boulangeries (source PRE).
Pour le cas de la ville de Niamey où se trouve la plus forte
concentration d'unités industrielles, localisées en zone industrielle
sur les bords du fleuve , à l'aval de la ville, quatre stations
d'épuration sont installées.
Leurs activités sont régulièrement suivies par le Service des
Etablissements Dangereux, Incommodes et Insalubres (EDII).
Il n'existe aucune étude scientifique ayant évalué l'impact de la
zone industrielle sur la faune aquatique du fleuve, la pollution
atmosphérique, etc…
Tourisme
La faune sauvage comprend les espèces des domaines désertique,
saharien, sahélien et soudanien.
Le Niger recèle d'importantes potentialités, notamment des espèces
rares ou menacées de disparition telles que la girafe, l'addax, l'oryx
ou l'autruche à cou rouge. Cette caractéristique de la diversité
biologique est favorable au développement d'un écotourisme et d'un
tourisme de vision.
L'activité touristique est principalement concentrée dans deux
pôles : la partie Nord du pays et la région du fleuve et du parc du W.
Sur le plan financier, l'ensemble des activités liées au secteur du
tourisme ont généré un chiffre d'affaires de 9,6 milliards de francs
CFA en 1994 (source PRE). Le secteur a souffert de la situation
d'insécurité qui a prévalu à partir de 1990, plus particulièrement
dans la partie septentrionale du pays.
2.2.5. Communication et environnement
Par les effets qu'elle produit, la communication (les médias et les
voies de communication) joue un rôle important dans la problématique
environnementale.
Par rapport à l'évolution des supports médiatiques, le Niger a
connu un essor significatif depuis bientôt une décennie, grâce au
développement de la presse privée et étatique, en particulier avec
l'installation de radios régionales qui représentent un potentiel
d'éducation et de sensibilisation des populations en environnement. Les
médias ont également permis de nombreuses actions en faveur de
l'environnement et le développement des activités culturelles tel le
théâtre. Le développement des médias est d'autant plus important
qu'il facilite la capacité d'assimilation de certaines notions
environnementales, en dépit du fort taux d'analphabétisme du pays.
Par rapport aux voies de communication, en jetant un regard sur
l'évolution du réseau routier nigérien, on observe un accroissement
significatif de 9.949 km en 1986, à 13.808 km en 1990. Pour ces cinq
dernières années, seules quelques réalisations ont pu être faites.
Malgré tout, l'évolution du réseau a eu un impact certain sur
l'environnement à plusieurs égards. En désenclavant certaines
régions, les routes facilitent l'accès à de nombreuses ressources tel
que le bois ou certains espaces cultivables. Parallèlement, les voies
de communication, en facilitant les échanges véhiculent des
informations. Mais bien souvent, faute d'une politique soutenue, les
constructions des routes ne prennent que peu en compte la préservation
de l'environnement. Il faut souligner que depuis 1997, la loi fait
obligation de procéder à une évaluation de l'impact environnemental
avant le début d'exécution des travaux et d'intégrer au corps des
travaux toutes les mesures visant à atténuer les effets négatifs sur
l'environnement.
2.2.6. Economie et Environnement
Le Niger était le pays le plus pauvre de la planète selon l'indice
de développement humain de 1996. Il a connu un taux de croissance
démographique moyen de 3,3 % par an pour la période de 1975 à 1994
contre un taux de croissance du PIB réel de 1,7 % en moyenne pour la
même période. Cette faiblesse du taux de croissance du PIB par rapport
à celui de la population persiste et s'amplifie depuis plus de quinze
ans.
L'appauvrissement continu de la population est en outre illustré à
travers la tendance à la baisse du PNB/tête : durant la période de
1985 à 1994, le Produit National Brut (PNB) par tête a baissé de 2,2
% en moyenne et le PNB annuel par habitant est passé de 230 $ US en
1994 à 220 $ US en 1995 (source Banque Mondiale au Niger). Il était
estimé à 310 $ US en 1990.
Cette baisse traduit concrètement le haut degré d'érosion des
conditions de vie des nigériens et l'analyse sur la pauvreté révèle
que plus de 60 % de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté.
Il faut rappeler que l'histoire économique récente du pays montre
que le PNB par habitant y a fluctué énormément, passant de phases
d'expansion à des phases de régression plus ou moins sévères.
En effet jusqu'au début des années 70, l'économie du Niger était
dominée par le secteur rural. La culture de l'arachide et le bétail
fournissaient l'essentiel des recettes d'exportation. En 1961,le secteur
rural participait alors à hauteur de 61,2 % dans la formation du PIB.
Mais la croissance était faible. De 1975 à 1982, le dynamisme du
marché de l'uranium a permis d'augmenter de façon substantielle les
revenus d'exportation. On observa alors une transformation notable de
l'économie nigérienne marquée durant cette période par d'importants
investissements. Ces investissements justifiaient par ailleurs des
emprunts, en particulier sur les marchés financiers internationaux, qui
finirent par alourdir le service de la dette, dont l'encours est passé
de 27 milliards de FCFA en 1975 à près de 300 milliards en 1982. La
croissance économique était redevenue forte. Elle était en moyenne de
7% l'an entre 1977 et 1981. Malheureusement, dès 1983, le pays
s'installe dans une longue récession qui fait chuter le taux de
croissance à moins 0,4 % dès 1984,à la suite de la dégradation du
marché de l'uranium et de la baisse des revenus d'exportation qui en
étaient tirés. Ces derniers chuteront de 24% entre 1985 et 1991.
La baisse des revenus tirés de l'uranium devait alors ramener le
pays à une situation beaucoup plus morose où l'économie devait de
nouveau s'appuyer sur le secteur rural. Or celui-ci se trouvait dans une
phase de régression marquée par une diminution considérable des
ressources disponibles. Basées sur le bétail et le niébé plutôt que
sur l'arachide, comme c'était le cas durant les années 80, les
recettes d'exportation devaient en effet passer de 15 à 20 milliards
qu'elles étaient entre 1980 et 1988, à quelque 5 milliards seulement
en 1990. Cela devait entraîner des déficits graves de la balance
commerciale notamment vis-à-vis du premier partenaire commercial du
Niger qu'est le Nigéria. Soulignons de plus, que la fluctuation et les
dépréciations fréquentes et successives de la monnaie nigériane - le
Naira – au cours des dernières années ont aussi engendré des
conséquences fâcheuses sur l'économie nigérienne.
Pour sa part, la dévaluation du franc CFA, intervenue en janvier
1994, était sensée corriger les distorsions constatées dans les
économies des pays concernés, le Niger en particulier dont l'absence
de programme appuyé par les Institutions de Bretton Woods durant la
période 1990 - 1993 lui a imposé une gestion endogène de l'économie
et une certaine autarcie financière. Du fait de la compétitivité qui
en résulterait, et que devaient encore renforcer des mesures
d'accompagnement, elle était supposée permettre la mise en œuvre de
programmes financiers d'appui à la relance de la production grâce à
la valorisation des produits. Malheureusement, le Niger dont les
productions rurales se trouvaient à l'époque dans une phase de
déclin, n'a pas pu et n'a pas su tirer grand profit de l'opération.
Parallèlement aux difficultés des principaux secteurs de
l'économie, celle-ci s'est «informalisée». Ainsi le secteur informel
non agricole est passé de 11,3 % du PIB en 1965 (l'année de la
première estimation) à 33,7 % en 1990 et à 41,5 % en 1996.
Dans ce contexte de paupérisation de la population où le poids de
la dette constitue une contrainte majeure et où les performances de
l'économie reposent essentiellement sur un secteur rural en
difficulté, la gestion de l'environnement, que l'on associe à la
sauvegarde du capital-ressources, devient économiquement une priorité
majeure.
