2. BILAN-DIAGNOSTIC DE LA SITUATION DU NIGER EN MATIÈRE
D'ENVIRONNEMENT ET DE DÉVELOPPEMENT DURABLE
2.2. Contexte socio-économique
2.2.1. Structures administratives et population
La loi n° 96-05 du 6 février 1996, réorganise le territoire
nigérien en créant des régions divisées en départements, eux-mêmes
subdivisés en arrondissements et communes. Les régions, les
départements et les communes sont érigées en collectivités
territoriales. La loi 96-06 du 6 février 1996, détermine quant à elle
les principes fondamentaux de la libre administration des collectivités
territoriales.
En attendant les textes d'application des lois ci-dessus mentionnées
dans le cadre de la politique de décentralisation, le territoire
nigérien se trouve toujours structuré selon les dispositions de la
réforme administrative intervenue en juillet 1964 et qui l'organise en
départements (ou préfectures), arrondissements (ou sous-préfectures),
communes urbaines et rurales. Au terme de cette réforme, seuls les
arrondissements (qui peuvent comporter des postes administratifs) et les
communes (qui peuvent être érigées en villes à la condition d'avoir
au moins 25.000 habitants), sont considérés comme des collectivités
territoriales, c'est-à-dire des entités administratives disposant d'un
budget propre, réparti en un budget de fonctionnement et un budget
d'investissement.
Il existe actuellement, en 1998, sept départements considérés
comme des régions, une communauté urbaine (Niamey) (de statut
équivalent aux départements et créée en 1988), 36 arrondissements et
21 communes (18 urbaines et 3 rurales).
Au recensement général de la population de 1988, le Niger comptait
7,2 millions d'habitants. Le taux annuel d'accroissement qui était
évalué à 2,77 % lors du recensement de 1977, serait passé dans
l'intervalle à 3,32 %, ce qui permet d'estimer la population à 9,2
millions d'habitants en 1997, soit plus de trois fois son niveau de 1960
(2.876.000 habitants). Il s'agit donc d'une population qui croît
rapidement. Les projections de la Direction de la population la situent
à près de 10 millions en l'an 2000, 11,4 millions en 2005, 13 millions
en 2010 et 16,3 millions en 2020.
Cette croissance exceptionnellement élevée, l'une des plus fortes
d'Afrique où le taux moyen est de 2,9% l'an, est d'abord due à
l'amélioration des conditions sanitaires qui ont entraîné une baisse
significative du taux de mortalité au cours des trente dernières
années (25°/oo au début des années 60, contre 20°/oo actuellement).
Mais elle est surtout le résultat d'une forte natalité (52°/oo ) et
d'un taux synthétique de fécondité élevé (7,1). De ce fait le temps
de doublement de la population est de plus en plus réduit. Il est
passé de 25 ans dans les années 60, à 22 ans dans les années 70-80,
et à 19 ans actuellement. Néanmoins, les taux de mortalité infantile
et juvéno-infantile demeurent toujours élevés (respectivement 123 et
318°/oo), et l'espérance de vie à la naissance est relativement
faible (48 ans contre 51 en moyenne pour l'Afrique et 63 ans pour
l'ensemble du monde).
Composée en majorité de personnes de sexe féminin (50,2%) et de
jeunes (50% environ de la population a moins de 15 ans), la population
nigérienne est répartie entre huit groupes socio-linguistiques, dont
deux, les Haoussa et les Songhaï-Zarma forment près de 80% des
effectifs. Ces groupes socio-linguistiques islamisés dans une
proportion de plus de 95% partagent des valeurs communes dans leurs
rapports avec les questions d'environnement, de même qu'en matière de
gestion de l'espace en général et d'accès aux ressources naturelles
en particulier. La plupart les considèrent comme gratuites et en usent
sans se soucier apparemment des conséquences néfastes de leur
comportement sur l'épuisement accéléré de ces ressources.
Agriculteurs et/ou éleveurs pour la plupart, les Nigériens se
répartissent en sédentaires et nomades. Toutefois, la proportion de
ces derniers qui était de 15% dans les années 60 est en baisse
continue (moins de 10% actuellement), à la suite notamment des
sécheresses récurrentes qui ont profondément bouleversé les
habitudes de vie et qui ont amené de nombreux nomades à se
sédentariser, soit en milieu rural, soit dans les centres urbains.
La population nigérienne est très inégalement répartie sur le
territoire. Les trois quarts de la population restent concentrés dans
les zones méridionales au sud du 16ème parallèle sur le quart environ
de la superficie totale du pays. La densité moyenne est de 6 hab/km2.
Toutefois, comme le tableau 4 l'indique, les densités varient de moins
de 1 hab/km2 dans le département d'Agadez où vivent 3% des habitants,
à 34,7 hab/km2 dans celui de Maradi (19% de la population en 1988) où
certains secteurs surpeuplés peuvent atteindre jusqu'à 80 hab/km2.
La population se répartit inégalement aussi entre les villes, (17,7
% de la population en 1993 contre 13 % en 1977 et à peine 5 % en 1960)
et les campagnes (82,3 % en 1993). Si la tendance actuelle se maintient,
on estime que 25 à 30 % des Nigériens seront des citadins à l'horizon
de l'an 2000.
En tout cas, les effectifs de la population et les modifications
sensibles qui affectent sa répartition spatiale, posent un sérieux
problème d'adéquation avec les niveaux de la production agricole qui
sont non seulement en baisse continue, mais enregistrent également des
déficits céréaliers structurels de plus en plus importants (voir
section sur l'agriculture).
Tableau 5: Population, Superficie et Densité par Département
| Département |
Population |
Superficie (km2) |
Densité (
hab/km2) |
| Agadez |
205 232 |
627 080 |
0,33 |
| Diffa |
187 230 |
147 017 |
1,27 |
| Dosso |
1 018 058 |
31 740 |
32,07 |
| Maradi |
1 363 228 |
39 219 |
34,76 |
| Tahoua |
1 306 048 |
106 397 |
12,28 |
| Tillabéry |
1 322 949 |
91 521 |
14,46 |
| Zinder |
1 409 417 |
146 170 |
9,64 |
| C.U Niamey |
391 569 |
402 |
974,00 |
| Niger |
7 204 631 |
1 189 546 |
6,06 |
Source: Données du Recensement général de la
population, 1988.
Ces chiffres sont approximatifs. Ils n'ont aucune valeur
juridique. Néanmoins, les densités moyennes qu'ils expriment sont
très près de la réalité.
La population nigérienne est très mobile. Cette mobilité qui
s'effectue au plan interne et externe, a des conséquences importantes
sur la répartition géographique et, de ce fait, au niveau de la
pression exercée sur les ressources naturelles.
Les migrations internes se font généralement des campagnes vers les
centres urbains et plus particulièrement vers Niamey, la capitale,
ainsi que vers les centres secondaires miniers du nord, tels que Arlit,
Akokan et Tchirozérine. La croissance des effectifs de ces villes est
largement influencée par un important courant migratoire en provenance
des régions méridionales. On observe aussi ces dernières années, que
les mouvements migratoires sont également plus vigoureux en direction,
d'une part, des autres centres secondaires du pays, et d'autre part, des
zones rurales à fortes potentialités. Cela laisse apparaître ainsi,
dans le cas des migrations urbaines, une inversion de la tendance
jusqu'alors observée et selon laquelle le mouvement se faisait presque
exclusivement au profit des grands centres comme Niamey. De plus, il a
été observé d'intenses mouvements migratoires préférentiels entre
Niamey et les villes d'Agadez, Dosso, Diffa, Tillabéry et Tahoua.
Les migrations externes, contrairement aux migrations internes,
concernent davantage les hommes que les femmes. Celles-ci sont plutôt
impliquées dans les migrations internes. Les migrations internationales
concernent surtout des jeunes. Les plus nombreux proviennent
essentiellement des milieux à très faibles potentialités et à
tradition migratoire comme le département de Tahoua. Les migrations
internationales qui sont surtout dirigées vers les pays côtiers de la
sous-région, se font de plus en plus vers la Libye, et l'Arabie
Saoudite. Par ailleurs, ces déplacements d'ordre historique et liés
surtout à des contraintes socio-économiques - mais qui peuvent être
conjoncturels - génèrent des revenus importants qui n'ont
malheureusement pas induit une transformation notable des systèmes de
production.
Face aux défis majeurs que pose la satisfaction des besoins
fondamentaux de la population, le Gouvernement élabora en 1992, une
Politique nationale de population dont l'objectif est de parvenir à une
maîtrise de la croissance démographique et des flux migratoires, afin
de les ajuster aux conditions d'un développement économique visant une
amélioration qualitative substantielle des niveaux de vie notamment en
milieu rural. Les objectifs globaux de cette politique visent :
l'amélioration du cadre de vie des populations;
l'amélioration de la rentabilité du système éducatif;
l'amélioration de la situation des couches sociales les plus
défavorisées et les plus vulnérables, en particulier les femmes et
les jeunes.
Quant aux objectifs spécifiques, ils concernent:
l'adoption du planning familial comme moyen privilégié pour
réguler les naissances, dans le respect de l'identité culturelle des
populations;
la mise en œuvre d'actions visant l'amélioration de la santé
maternelle et infantile;
la prise en compte de la dimension sanitaire et éducative des questions
environnementales dans les actions de développement par l'amélioration
de la couverture sanitaire et la lutte contre certaines maladies à
prévalence élevée;
le relèvement du taux de scolarisation toujours bas (29%) avec un
accent particulier sur la scolarisation des jeunes filles;
le développement d'une politique de sensibilisation et de formation des
populations par l'intermédiaire des médias et l'alphabétisation des
adultes;
la poursuite de la stratégie de désenclavement des différentes
régions par le développement des voies de communication.
2.2.2. Agriculture, élevage et foresterie
Politiques nationales sectorielles
Les premiers éléments de la politique agricole d'ensemble du Niger,
sont contenus dans la circulaire no 25 du 30 juin 1922 de
l'administrateur des Colonies, Commissaire du Gouvernement Général,
adressée aux Commandants des Cercles. Il s'agissait déjà à l'époque
et en résumé:
- d'utiliser au maximum les ressources aquifères et fourragères du
pays;
- d'étudier et introduire un outillage à l'extension des cultures
et l'intensification des résultats en envisageant notamment
l'utilisation du bétail dans les travaux agricoles;
- de réagir contre la monoculture et de recommander les cultures
intercalaires;
- de réagir contre les feux de brousse et de pratiquer un
reboisement intensif d'espèces locales, de multiplier les dattiers
et de déterminer des zones de réserve et des zones de reboisement
autour des villages;
- de favoriser la création de marchés libres pour l'écoulement
des produits et de créer des greniers de réserve pour
l'alimentation et les semailles.
En 1925, le même administrateur convenait que la mise en valeur du
pays signifie obligatoirement le développement des ressources
naturelles et leur exploitation intensive.
Les stratégies de développement de l'agriculture ainsi définies,
seront celles qui prévaudront jusqu'à l'indépendance en 1960. Depuis,
les objectifs en la matière n'ont guère varié. Il s'agit d'accorder
la priorité au développement du secteur rural par des actions visant
l'amélioration des conditions de vie des populations à travers
notamment l'augmentation des productions afin d'atteindre
l'autosuffisance alimentaire.
Les méthodes d'intervention en matière de développement rural de
la période post indépendance peuvent être regroupées selon trois
grandes périodes: de 1960 à 1972, de 1972 à 1983 et de 1984 à nos
jours.
De l'indépendance à 1972, le souci majeur consistait, à travers
une planification centralisée et une stratégie de développement
sectorielle placée dans le cadre de perspectives décennales de
développement économique et social, à créer les conditions optimales
du développement du secteur rural. Ceci devait se réaliser non
seulement au moyen d'un encadrement de proximité des populations - par
le développement du mouvement coopératif et l'institution d'une
vigoureuse politique d'animation - mais également grâce à un
accroissement des productions, notamment le mil et la principale culture
d'exportation, l'arachide.
La très longue période de sécheresse débutée en 1965-66 et qui
atteindra son paroxysme en 1973, va bouleverser les stratégies de
développement du secteur agricole sans que le cadre conceptuel de
planification qui les sous-tend en soit modifié pour autant. Ainsi, de
1973-1974 à 1982, et grâce à un environnement financier favorable
induit essentiellement par l'accroissement des ventes d'uranium, d'une
part, et des avantages offerts par les marchés financiers
internationaux, d'autre part, la politique de développement rural sera
fondée sur une approche productiviste sectorielle conduite dans de
grands projets dont l'une des caractéristiques principales est le
recours à des "paquets technologiques."
La nouvelle stratégie montra tôt ses limites d'autant plus qu'à
partir de 1983, le pays s'engage dans une longue et difficile phase de
récession économique qui perdure encore. Une nouvelle réflexion sur
les politiques de développement rural est alors conduite à travers des
séminaires, ateliers et débats nationaux. On retiendra ici le
séminaire sur les stratégies d'intervention en milieu rural
(Zinder,1982), le débat national sur la lutte contre la
désertification (Maradi,1984) - dont les résultats sont consignés
dans le document connu sous le nom de l'Engagement de Maradi - le débat
national sur l'élevage (Tahoua,1985) - qui a donné lieu à un plan
d'action pour l'élevage - et enfin, l'atelier sur les stratégies de
développement de l'élevage dans la zone pastorale (Niamey,1986).
Ces réflexions ont conduit globalement à une réorientation de
l'approche de la politique de développement rural, dont l'objectif
principal reste l'autosuffisance alimentaire, vers une approche plus
intégrée fondée sur:
- la participation des populations à la conception des actions de
développement,
- la restauration et la préservation de l'environnement,
- l'adoption de l'approche terroir dans les actions de
développement,
- la création d'un environnement économique et juridique plus
incitatif.
Cette nouvelle approche s'est traduite dans les faits par l'adoption,
en août 1992, d'un cadre institutionnel cohérent que sont les
Principes directeurs d'une politique de développement rural. Ses grands
axes concernent plus particulièrement:
- la gestion des ressources naturelles;
- l'organisation du monde rural par la participation des populations
et la modification du rôle de l'État;
- la sécurité alimentaire;
- l'intensification et la diversification des productions;
- le financement des activités rurales;
- l'élaboration et la mise en œuvre d'une politique démographique
et d'aménagement du territoire.
Les politiques contenues dans ce document seront confirmées et
complétées en 1997 par un programme de relance économique s'appuyant
prioritairement sur le secteur rural. Ses objectifs principaux visent la
satisfaction des besoins alimentaires des populations notamment par la
gestion durable des ressources naturelles et la mise en œuvre de réformes
touchant le monde rural, ainsi que par l'amélioration de leur niveau de
vie grâce à l'accroissement de leurs revenus.
Agriculture
La part de l'agriculture dans la formation de la richesse nationale
est en baisse constante du fait d'une évolution très défavorable des
conditions dans lesquelles elle se pratique : elle est ainsi passée de
35,3 % du PIB en 1961, à 22,5 % en 1980, et à seulement 18,6 % en
1991. Le potentiel des terres cultivables représentait en 1984 à peine
15% de la superficie du Niger. Ce potentiel est très inégalement
réparti entre les régions du pays comme l'illustre le tableau 6.
Tableau 6: Répartition des terres cultivables par département
| Département |
Superficie totale
(ST) (km2)* |
Superficie
cultivable
(ha) |
Rapport SC/ST
(%) |
| Agadez |
627.080 |
72.000 |
0,11 |
| Diffa |
147.017 |
299.500 |
2,03 |
| Dosso |
31.740 |
2.511.540 |
79,12 |
| Maradi |
39.219 |
2.670.990 |
68,10 |
| Tahoua |
106.397 |
2.292.492 |
21,54 |
| Tillabéry |
91.683 |
4.485.901 |
48,92 |
| Zinder |
146.170 |
5.538.800 |
37,89 |
| Niamey-ville |
240 |
1.000 |
4,16 |
| Total |
1.189.546 |
17.881.223 |
15,03 |
Source: Comme dans le tableau 5, les superficies sont
celles déterminées par le RGP de 1988 elles n'ont pas valeur
officielle.
Dans les faits, seulement un quart des terres sont en culture. Le
reste se répartit entre les jachères(60%) - dont le potentiel diminue
de façon inquiétante du fait de la pression démographique et du
caractère extensif de la production - et les réserves de terres(15%),
également en phase de réduction accélérée. Ainsi, la FAO a estimé
en 1993, qu'au cours de ces dernières années, quelque 70 000 à 80 000
ha de nouvelles terres ont été annuellement consacrées aux activités
agricoles au détriment des forêts et de l'élevage.
L'agriculture nigérienne est essentiellement une agriculture
pluviale à laquelle sont affectées chaque année près de 99% des
superficies cultivées. Sa contrainte majeure réside dans la
disponibilité insuffisante de l'eau au moment de certaines phases
critiques du cycle végétatif des plantes cultivées, les attaques
parasitaires et le manque d'intrants.
Les cultures vivrières, céréalières notamment (mil, sorgho, riz
et maïs), constituent les bases de la production. C'est à elles que
profite l'accroissement des superficies cultivées qui sont passées de
3 291 000 ha en 1979, à 3 500 000 ha en 1984 et à près de 7 000 000
ha en 1994, selon les rapports annuels du service de l'agriculture.
L'emprise des superficies cultivées reflète les transformations
structurelles lentes mais notables qui interviennent dans des systèmes
de production qui sont de plus en plus dominés par la pratique de
l'association des cultures. Les légumineuses (niébé et arachide
essentiellement) - dont la production est destinée surtout à
l'exportation - sont en effet associées aux principales cultures
vivrières. Le coton, les tubercules(manioc) et les cultures
maraîchères et fruitières complètent le tableau des productions
agricoles. Les très faibles performances enregistrées par
l'agriculture sont le résultat d'une situation générale marquée par
différents facteurs dont les suivants:
- la persistance du caractère extensif des systèmes agraires;
- la baisse des rendements;
- les coûts élevés de production et par conséquent la très
faible compétitivité des produits;
- le faible niveau des prix aux producteurs et l'absence de
structures efficaces de commercialisation et d'approvisionnement en
intrants;
- les faibles performances du système de recherche notamment en
matière de vulgarisation.
Les productions baissent en conséquence, exacerbant la question
persistante de la sécurité alimentaire que même la politique
constante d'autosuffisance alimentaire, à travers ses différentes
approches et actions, n'est pas parvenue à annihiler.
Tel que le tableau 7 l'indique, les bilans céréaliers accusent
depuis 1984 des déficits chroniques importants.
Élevage
Il se pratique au Niger deux types principaux d'élevage: l'élevage
sédentaire, en zone agricole; et l'élevage en zone pastorale. Ce
dernier est pratiqué par des populations rompues aux exigences de
différents systèmes pastoraux que sont le nomadisme et la
transhumance.
La disponibilité et l'accès à l'eau et les pâturages sont les
deux contraintes principales de l'élevage nigérien. Elles dépendent
toutes deux directement des pluies. Par ailleurs, la mauvaise
répartition des ouvrages d'hydraulique pastorale sur l'ensemble du
territoire entraîne la surexploitation de certains pâturages, tandis
que d'autres sont pratiquement inexploités.
Tableau 7: Évolution de la production et du bilan céréalier (en
millier de tonnes)
| Année |
Population (1.000) |
Production |
Production
Disponible |
Besoins |
Excédent
Ou déficit |
| 1982 |
5.954 |
1.699,7 |
1.444,7 |
1.429,0 |
+15,7 |
| 1983 |
6.151 |
1.705,2 |
1.449,4 |
1.476,2 |
-26,8 |
| 1984 |
6.355 |
1.063,1 |
903,6 |
1.525,2 |
-621,6 |
| 1985 |
6.565 |
1.839,2 |
1.563,3 |
1.575,6 |
+12,3 |
| 1986 |
6.783 |
1.825,2 |
1.551,4 |
1.627,9 |
-76,5 |
| 1987 |
7.008 |
1.431,9 |
1.217,1 |
1.681,9 |
-464,8 |
| 1988 |
7.240 |
2.384,3 |
2.026,7 |
1.737,6 |
+289,1 |
| 1989 |
7.480 |
1.493,1 |
1.269,1 |
1.795,2 |
-526,1 |
| 1990 |
7.728 |
1.398,2 |
1.188,5 |
1.854,7 |
-666,2 |
| 1991 |
7.924 |
2.321,0 |
1.972,9 |
1.990,8 |
-17,9 |
| 1992 |
8.280,9 |
2.173,8 |
1.847,7 |
2.080,5 |
-232,7 |
| 1993 |
8.583,6 |
2.079,4 |
1.767,5 |
2.162,6 |
-395,1 |
| 1994 |
8.891,9 |
2.566,7 |
2.181,7 |
2.216,1 |
-34,4 |
| 1995 |
9.485,0 |
2.093,3 |
1.769,1 |
2.295,4 |
-526,3 |
| 1996 |
9.288,6 |
2.261,0 |
1.906,5 |
2.229,8 |
-323,3 |
Source: Service des statistiques agricoles, Ministère de
l'Agriculture et de l'Élevage.
Le cheptel nigérien est principalement constitué de caprins,
d'ovins, de bovins et de camelins. Le tableau 8 donne l'évolution du
cheptel pour certaines années repères.
Tableau 8: Évolution des effectifs du cheptel national (en millier
de têtes)
| Année |
Bovins |
Ovins |
Caprins |
Camelins |
Asins+Équins |
| 1965 |
4 100 |
2 630 |
6 000 |
360 |
475 |
| 1970 |
4 000 |
2 700 |
6 000 |
345 |
570 |
| 1973 |
2 200 |
1 800 |
5 300 |
285 |
488 |
| 1975 |
2 508 |
2 129 |
5 395 |
253 |
544 |
| 1981 |
3 419 |
3 188 |
7 118 |
399 |
758 |
| 1983 |
3 524 |
3 448 |
7 478 |
322 |
745 |
| 1984 |
1 649 |
2 071 |
3 757 |
- |
355 |
| 1987 |
1 495 |
2 676 |
4 314 |
352 |
456 |
| 1990 |
1 711 |
3 097 |
4 970 |
349 |
514 |
| 1995 |
2 994 |
4 206 |
7 414 |
379 |
837 |
Source: Annuaires statistiques du service de l'élevage.
Jusqu'en 1973, les politiques étatiques en matière d'élevage ont
été axées sur l'amélioration de l'état sanitaire du cheptel par la
lutte contre les épizooties (vaccinations gratuites) et la conduite
d'une politique d'hydraulique pastorale dominée par la construction de
forages équipés de stations de pompage. Le résultat fut
l'accroissement des effectifs jusqu'au début des années 70 et,
conséquemment, l'augmentation de la charge pastorale souvent sans
rapport avec les capacités du milieu.
Avec la sécheresse de 1973, les politiques étatiques ont été
dominées par les efforts de reconstitution du troupeau. Avec le Plan
d'action de Tahoua, les stratégies en matière d'élevage finirent par
prendre en compte les aspects environnementaux et la capacité de charge
du milieu.
La part de l'élevage dans la formation du PIB, est en baisse
constante (20,7% du PIB en 1961, 17,1% en 1975, 16,5% en 1984, et
seulement 12,8% en 1991). Cela à cause naturellement des faibles
performances structurelles du sous-secteur, mais également à cause des
effets désastreux des sécheresses récurrentes qui déciment
régulièrement le troupeau national depuis une trentaine d'années.
Le sous-secteur de l'élevage s'est adapté à cette situation par
une modification notable de la composition des troupeaux. Les camelins
et les caprins qui résistent plutôt bien à la sécheresse sont en
effet de plus en plus nombreux. On observe également un transfert des
effectifs de la zone pastorale vers les régions méridionales agricoles
mieux pourvues, mais également plus peuplées.
Foresterie
Les politiques nationales en matière de foresterie ont évolué
depuis trois décennies d'une attitude conservationniste vers une
stratégie de lutte contre la désertification et la gestion intégrée
de l'ensemble des ressources naturelles. C'est dans ce cadre qu'a
d'abord été élaboré un Plan national de lutte contre la
désertification (PNLCD), puis un Projet de gestion des ressources
naturelles(PGRN).
Entre 1982 et 1989, il a été procédé à un inventaire des
ressources forestières du Niger, à l'exception du département
d'Agadez. Cela a permis d'estimer globalement les ressources
forestières à 16 millions d'hectares, soit 11 600 000 ha de terres
forestières marginales et 440 000 ha de terres forestières
aménageables.
Les forêts nigériennes sont soumises à une forte pression
anthropique et animale et subissent par ailleurs les conséquences des
sécheresses récurrentes. Leur production est très faible (0,1 à 1,5
stères/ha/an). Les populations tirent en effet 87% de leurs besoins
énergétiques du bois prélevé sur les formations forestières
surexploitées. Cela représente un volume pouvant varier entre 1,5 et 2
millions de tonnes par an. L'approvisionnement des populations urbaines
représente quelque 12 % de la demande globale du pays.
La gestion de cette situation préoccupante, caractérisée par
l'amenuisement des ressources (d'ores et déjà le capital productif est
entamé), a conduit à l'élaboration et à la mise en œuvre de mesures
visant à réduire les effets négatifs sur l'environnement.
