2. BILAN-DIAGNOSTIC DE LA SITUATION DU NIGER EN MATIÈRE
D'ENVIRONNEMENT ET DE DÉVELOPPEMENT DURABLE
Faire "l'état des lieux" en matière d'environnement et de
développement durable est un préalable indispensable dans le processus
de l'élaboration du PNEDD. L'objectif du bilan diagnostic
environnemental consiste à exposer de façon concise mais précise, le
contexte général dans lequel s'inscrit l'élaboration du PNEDD - au
plan géographique et au plan des politiques économiques et
socio-culturelles - de manière à dégager les enjeux.
2.1. Contexte bio-physique et activités associées
2.1.1. Physiographie générale
La figure 2 permet de constater que quatre grandes unités
physiographiques principales se partagent la superficie de 1 267 000 km2
que couvre le territoire nigérien. Dans toutes ces unités, les
modelés et les reliefs, à quelques exceptions près, sont très peu
élevés. En effet, les altitudes qui s'élèvent progressivement du
sud-ouest au nord-est, sont généralement comprises entre 200 et 500 m,
faisant du Niger un pays contrasté.
Figure 2. Carte générale du Niger
Les quatre unités physiographiques sont: les hauts plateaux du
nord-est, le massif de l'Aïr, les bas plateaux de l'ouest, du centre et
du sud, et, enfin, les plaines.
- Les hauts plateaux du nord-est
L'altitude des hauts plateaux du nord-est (Djado, Afafi, Tchigaï,
Manguéni) varie entre 800 et 1.000 m. Il s'agit de modelés plats,
parfois très escarpés (jusqu'à 300m de dénivellation) et parsemés,
dans ce cas, de gorges rendant l'accès souvent difficile.
Le massif de l'Aïr, dans le centre nord du pays, est une montagne
dyssimétrique qui couvre environ 61 500 km2.Il se subdivise en deux
compartiments bien distincts dans ses parties septentrionales et
méridionales. La partie méridionale est la plus vaste.
L'Aïr est un massif cristallin constitué par un ensemble de roches
métamorphiques structurées en pénéplaines, jonchées de gros blocs
pierreux, de boules de granit, de regs caillouteux, de roches
détritiques et de coulées basaltiques, ou hérissées de pics de
roches intrusives.
L'Aïr dont l'altitude moyenne se situe entre 500 et 900 m, porte en
outre une quinzaine de sommets, tantôt tabulaires ou annulaires,
tantôt escarpés, et pouvant s'élever jusqu'à 2 000 m d'altitude
comme dans les monts Bagzan. Le massif, dont le relief est très
contrasté, est entaillé, surtout dans sa partie méridionale, par de
splendides vallées sèches parfois encaissées et à fonds plat,
tapissées de sables grossiers. Ces vallées qui peuvent être
relativement humides comme celles des piémonts des massifs, peuvent
permettre une agriculture oasienne riche. Les vallées servent de
collecteurs aux eaux de ruissellement qui viennent se déverser dans les
plaines façonnées en amphithéâtre du Talak à l'ouest, de l'Irhazer
au sud.
C'est la beauté des paysages très variés du massif de l'Aïr et
son exceptionnelle richesse faunique et floristique qui ont valu à
certaines parties de son territoire d'être classées comme site de
patrimoine mondial de l'Humanité.
Les bas plateaux de l'ouest, du centre et du sud qui concernent la
majeure partie de la superficie entre l'Aïr et les frontières
méridionales du pays, abritent aussi la plus grande partie de la
population.
Les bas plateaux peuvent être entaillés par des vallées fossiles,
vestiges de systèmes hydrologiques anciens. Le fond de ces vallées
reliques est parfois tapissé de dunes. Il s'agit de l'Azawak et des
Dallols à l'ouest, de la Maggia, de la vallée de Badéguichiri, de la
Tarka, des Goulbis et des Koramas au centre.
Dans les reliefs de bas plateaux dont l'altitude varie le plus
souvent entre 200 et 500 m, le socle peut affleurer par endroits sous la
forme de boules granitiques comme dans le Liptako-Gourma (rive droite du
fleuve Niger), le sud Maradi et le Damagaram-Mounio. Ailleurs, le relief
peut se présenter sous la forme de collines de petites dimensions et de
très faible altitude comme dans l'Ader-Doutchi, et même de petits
massifs avec les mêmes caractéristiques que les collines, comme celui
de Termit.
Les plaines occupent de vastes étendues du territoire nigérien. Les
plus importantes sont situées aux pieds des versants nord-est et est du
massif de l'Aïr où s'étend l'immense désert du Ténéré avec 300
000 km2 soit 23,68 % du pays. On les retrouve également dans l'Est
autour du bassin du lac Tchad où se développe par ailleurs un
important système de dunes et de cuvettes.
D'une manière générale et exception faite des reliefs élevés et
des grandes vallées, le caractère plat des paysages influence peu les
écosystèmes naturels et humains qui tiennent plutôt leur
spécificité d'autres facteurs comme le climat.
La pluviosité constitue l'élément déterminant du climat. Les
pluies, généralement orageuses et par conséquent de forte
érosivité, sont synchronisées avec les mouvements apparents du
soleil. Les valeurs mensuelles moyennes de l'évapotranspiration
potentielle et de la température sont assez élevées, notamment
pendant la saison chaude (Mars à Juin). Elles sont respectivement de 18
à 27 mm et de 24 à 35 ° C.
Les vents chauds et secs d'Est et du Nord-Est (harmattan) de vitesse
relativement élevée sont dominants pendant la saison sèche (Octobre
à Mai), tandis que pendant la saison des pluies (Juin à Septembre) les
vents humides du Sud et du Sud-Ouest (mousson) de vitesse modérée sont
dominants.
Trois faits essentiels caractérisent le régime des pluies.
En premier lieu la pluviosité est faible en général et varie selon
un gradient négatif du sud (800 mm au maximum dans le sahel) vers le
Nord, où les pluies peuvent être exceptionnelles (entre 10 et 90 jours
selon les régions).
Deuxièmement, la pluviométrie est très irrégulière dans l'espace
et dans le temps avec une grande variation du nombre de jours annuels de
pluie. À titre de comparaison, il faut rappeler que le cycle
végétatif de la plupart des cultures pluviales varie entre 70 et 120
jours. L'occurrence de périodes de sécheresse récurrentes avec une
tendance à la diminution de la pluviosité constitue certes le trait le
plus marquant de ce climat. Enfin, rappelons que le décalage des
isohyètes vers le sud sur une distance de 75 à 100 km selon les
régions dû en partie au déficit pluviométrique observé depuis 1968,
a favorisé l'extension des zones désertiques dont la proportion est
passée de 66 à 77% environ du territoire national.
Troisièmement, les premières pluies tombent de plus en plus
tardivement, alors même que la fin de la saison des pluies ne varie que
très peu. Cela se traduit par un raccourcissement de la durée de la
saison humide qui est passée d'un maximum de 4 mois qu'elle était au
cours de la période 1930-1960 à un minimum d'un mois depuis. Cette
tendance à l'aridification a une grande influence sur les ressources
naturelles, support des activités humaines.
Les conditions climatiques permettent de distinguer deux saisons; une
longue saison sèche (8 à 10 mois) et une courte saison des pluies (2
à 4 mois). Toutefois, la combinaison des différents facteurs du
climat, notamment la pluie, les températures et les vents, permettent
aux populations nigériennes de partager l'année en quatre saisons: une
saison des pluies (juin à septembre), une saison des récoltes
(septembre à octobre), une saison sèche et fraîche (novembre à
février) et une saison sèche et chaude (mars à juin).
- Les Zones agro-climatiques
Les conditions climatiques, associées à la position en latitude et
plus rarement à l'altitude, permettent par ailleurs de distinguer
quatre grandes zones agro-climatiques qui se superposent du sud au nord;
il s'agit dans l'ordre de la zone subhumide, de la zone sahélienne, de
la zone semi-désertique et de la zone désertique (voir figure 3).
Figure 3. Cartes des zones agro-climatiques
- La zone soudanienne subhumide
La zone soudanienne subhumide couvre la partie sud-ouest du pays.
C'est la zone la plus arrosée (600-800 mm), mais aussi la moins
étendue (moins de 3 % de la superficie). Elle concerne le sud du
Département de Dosso, une petite portion de celui de Tillabéry (sud de
l'arrondissement de Say), le sud Maradi et le sud Zinder.
Les sols y sont de type ferrugineux tropicaux. Ils sont
sablo-limoneux, souvent lessivé dans les faciès sableux,
gravillonnaires à lithiques sur les plateaux cuirassés ou enfin
limoneux argileux et hydromorphes dans les bas-fonds et sur les versants
des vallées.
C'est la zone qui présente le plus grand intérêt du point de vue
biologique, du fait de la richesse et de la très grande variété des
espèces végétales qu'elle abrite (plus de 2750 espèces y ont été
répertoriées en 1991 par l'UICN).
La zone soudanienne subhumide est le domaine des savanes arborées,
arbustives dégradées ou herbeuses auxquelles se mêlent quelques
forêts claires et forêts-galeries. La végétation ligneuse fait
l'objet d'une exploitation intense et incontrôlée qui a largement
contribué à sa dégradation, comme c'est le cas des rôneraies de
Gaya.
La zone soudanienne subhumide, favorable à l'agriculture et à
l'élevage, est aussi celle qui abrite la réserve totale de faune de
Tamou (75.000 ha) et le Parc National du W (220.000 ha).
La zone sahélienne couvre environ 15 millions d'hectares, soit 30 %
du territoire du Niger. Elle s'étend de la limite nord de la zone
soudanienne subhumide aux latitudes concernées par le tracé convexe,
dans sa partie occidentale, de l'hysohyète 200 mm. Du fait des
sécheresses de ces dernières années, les isohyètes se sont
déplacées vers le Sud, entraînant ainsi une contraction de la zone
sahélienne.
La zone sahélienne se subdivise en réalité en deux ensembles: la
zone sud sahélienne, et la zone nord sahélienne.
La zone sud sahélienne reçoit entre 400 et 600 mm d'eau,
généralement répartis sur plus de 100 jours. Elle comprend le centre
et le nord des régions de Tillabéry et de Dosso, le sud Tahoua, le
centre des régions de Maradi et de Zinder et enfin le sud de la région
de Diffa.
Les sols de la zone sud sahélienne sont constitués de sols
tropicaux subarides et se distinguent en deux grands types dont la
fertilité varie selon la position topographique où on les trouve.
La végétation de la zone sud sahélienne est constituée
majoritairement de steppes arborées et arbustives, parfois contractées
en "brousse tigrée" sur les plateaux cuirassés. Zone
agro-pastorale de cultures sous pluies, la zone sud sahélienne est
soumise à une intense exploitation et à des défrichements
inconsidérés sous la pression démographique.
Dans la zone nord sahélienne la pluviosité varie de 150 à 300 mm.
Les sols de type subarides sableux peu évolués, ou de type subarides
limono-sableux ou argilo-limoneux du nord, ne conviennent pas à
l'agriculture. Par contre, la végétation de la zone nord sahélienne,
qui représente un potentiel forestier de 6 millions d'hectares
constitués de steppes herbacées et arbustives dominées par les
espèces graminéennes, lui confère une vocation essentiellement
pastorale.
C'est ce qui a conduit à l'époque à fixer légalement la limite
méridionale de la zone pastorale aux environs de l'hysohyète 350 mm,
correspondant à peu près au 15ième degré de latitude nord.
- Les zones désertiques et semi-désertiques
Du fait de la continentalité et de la position en latitude du Niger,
environ 67 % de la superficie du pays sont constitués de terres arides
et semi-arides de type saharien.
Les zones désertiques et semi-désertiques reçoivent en général
annuellement moins de 100 mm de pluie. Toutefois, l'Aïr en général,
et plus particulièrement son secteur sud-ouest, se distingue de
l'ensemble comme un îlot plus humide qui recueille annuellement entre
180 et 200 mm d'eau.
Les sols dans cette partie du Niger sont constitués principalement
de matériaux minéraux bruts issus des affleurements rocheux. Il s'agit
généralement de sols sableux peu évolués et de sols halomorphes qui
ne se prêtent pas à l'agriculture, sauf dans les vallées et les
dépressions humides.
La végétation dans les zones sahariennes se concentre dans les
vallées de l'Aïr et dans les oasis situées aux pieds des falaises du
Kawar. Elle apparaît sous la forme de forêts reliques ou de
végétation anthropique.
Dans les zones désertiques et semi-désertiques la nature des sols
limite les activités humaines à l'agriculture irriguée d'oasis et,
dans les parties méridionales, à l'élevage des camelins et des
caprins là où on retrouve certains habitats spécifiques comme dans le
massif de l'Aïr.
