MONOGRAPHIE NATIONALE LA DIVERSITÉ BIOLOGIQUE


XI DOMAINE D'UTILISATION DE LA BIODIVERSITE.

La biodiversité est à la base de toutes nos ressources alimentaires et de nombreuses applications sont également connues dans le domaine de la santé, de l'industrie, de l'énergie, de l'artisanat, des biotechnologies etc....

11 - 1 - L'AGRICULTURE: 

Source : MARA

 

11 - 1 - 1 - IMPORTANCE ET VALEUR SOCIO - ECONOMIQUE DES PLANTES CULTIVEES

En Guinée les plantes cultivées sont à peu près les mêmes dans toutes les quatre régions naturelles. L'importance et la valeur socio - économique de telle culture par rapport à telle autre dépend des habitudes alimentaires, des conditions agroclimatiques particulières. A cela s'ajoute la valeur commerciale sur les marchés d'échange.
Parmi ces plantes cultivée nous retiendrons les plus importantes.

11 - 1 - 2 - LES CÉRÉALES:

a - LE RIZ : il est le produit vivrier le plus consommé en Guinée et occupe une place importante dans la sécurité alimentaire. A part son emploi dans l'alimentation, les balles de riz servent de combustible et leurs cendres comme engrais dans le maraîchage. Malgré la grande incertitude entachant les données quantitatives, la production brute du riz en Guinée se situerait entre 550.000 et 650.000 tonnes essentiellement autoconsommées .
Malgré l'importance de cette production, elle est cependant loin de couvrir les besoins des populations. C'est pourquoi on enregistre annuellement une importation de l'ordre de 300.000t de riz net.
Il y a lieu de mentionner que le riz occupe une place importante dans nos traditions (pain blanc et divers types de plats obtenu à partir du grain de riz sont utilisés dans nos différentes cérémonies et rites religieux).

b - LE MAÏS: il est après le riz la céréale la plus cultivée en Guinée. Les grains et les épis servent à l'alimentation de nos populations et dans une moindre mesure à l'alimentation des animaux (volailles, bovins, porcs). La farine de maïs sert à la préparation d'aliments pour les enfants et de bouillies très convoitées durant le mois de carême ou pendant les cérémonies. Les feuilles de maïs sont aussi utilisées comme fourrage vert pour les bovins, les grains servent à préparer des concentrés pour la volaille et pour les petits ruminants. Le couscous de maïs est un repas très sollicité pendant les cérémonies aussi bien traditionnelles qu'officielles en Guinée et particulièrement au Fouta Djallon.

c - LE FONIO: est principalement produit au Fouta et en Haute Guinée. Dans une moindre mesure il est cultivé dans les autres régions de la Guinée. Le fonio est d'abord une plante cultivée pour prévenir la soudure. Sa période de récolte débute en Août et s'étend jusqu'en Octobre. Arrivant au second rang des céréales consommées (après le riz) en Moyenne Guinée et en Haute Guinée, le fonio entre dans la préparation des bouillies pour les déjeuners du mois de carême et dans celle des repas des cérémonies. L'évolution saisonnière des prix est liée au calendrier de production. De toutes les céréales il est la culture qui tolère le plus les sols pauvres. Selon les enquêtes de la F.A.O, de nos jours les terres soumises à cette culture sont estimées à 80.000 hectares ...

d- LE SORGHO ET LE MIL: ils sont surtout cultivés pour leurs grains. Ils occupent une place importante dans l'alimentation des populations, du bétail et de la volaille en Haute - Guinée. Leur culture est répandue en Haute Guinée. Les grains servent à préparer des repas comparables au riz. Les semoules et la farine de sorgho ou de mil servent à préparer une bouillie qui, mélangée à du lait constitue un met délicieux.

11 - 1 - 3 - LES PLANTES À TUBERCULES

Dans l'ensemble, les plantes à tubercules s'adaptent aux différents systèmes de cultures de nos zones écologiques. Elles occupent une place importante dans l'alimentation de la population et constituent une source de revenus pour les producteurs. Aussi, elles sont des cultures de rente par excellence.

a - LE MANIOC: il est cultivé pour ses racines tubérisées qui entrent pour une grande part dans l'alimentation de la population. C'est une plante très riche en amidon. Il est consommé soit directement sous forme de "manioc frais", soit sous forme de farine. A partir du manioc frais broyé on extrait un liquide blanc utilisé pour la fabrication de l'amidon. Les feuilles de manioc sont aussi consommées sous forme de sauce et constituent d'ailleurs une source de revenus très importante pour les femmes qui drainent leur récolte vers les grands centres notamment la capitale Conakry.

b- LA PATATE DOUCE: elle est cultivée pour ses tubercules qui servent d'aliment pour l'homme et qui sont préparés sous différentes formes: bouilli, ragoût, purée, frites.... Les feuilles sont consommées sous forme de condiment subissant la même spéculation que les feuilles de manioc sur les marchés urbains et péri - urbains.

c- L'IGNAME: l'igname joue un rôle essentiel dans l'alimentation d'une partie importante de la population guinéenne. Elle est particulièrement cultivée en Haute Guinée. Ses tubercules, riches en amidon et constituent un aliment par excellence qui peut être préparée sous plusieurs formes. Dans la région de la savane et les préfectures frontalières, l'igname constitue une source de revenus. L'igname aussi bien que les autres tubercules est un aliment de prédilection pendant les périodes de soudures en Guinée.

d - LA POMME DE TERRE: La pomme de terre est une culture récemment introduite ,notamment en Moyenne Guinée où elle a tendance à se hisser au niveau des cultures traditionnelles. Son commerce florissant constitue une source très importante de revenus, à tel point que des groupements paysans se consacrent de plus en plus à cette nouvelle culture.
On cultive la pomme de terre pour ses tubercules qui sont consommés sous diverses formes.

e- LE TARO: est beaucoup plus cultivée en Moyenne Guinée que dans les autres régions du pays. Il est consommé cuit, en ragoût ou associé avec les autres tubercules; c'est un aliment très utile pendant les périodes de soudure. Il peut être séché pour la conservation comme la patate douce et le manioc.

11 - 1 - 4 - LES PLANTES FRUITIÈRES

La Guinée était dans les années 50 l'un des principaux pays exportateurs de fruits en Afrique Occidentale. Cependant au cours de ces dernières années les cultures industrielles (banane, ananas, café) ont connu un grand recul.
Parmi ces fruitiers les principaux sont:

a - LE MANGUIER: c'est la plante fruitière la plus cultivée actuellement en Guinée. Le fruit est consommé à l'état frais, cuit associé parfois avec certains tubercules comme la patate douce, le taro etc...il peut être séché et conservé pour les périodes de soudure. C'est un fruit, utilisé dans l'industrie alimentaire pour l'extraction du jus de mangue, pour la préparation de la confiture, du compote et autres. Les fruits exportés ou commercialisés sur le marché local sont des sources de revenus pour les producteurs.

b - L'ANANAS: Jadis culture d'exportation par excellence, cette plante est beaucoup cultivée en Basse Guinée à cause de son fruit qui est très riche en vitamine A et B ayant une action digestive. l'ananas est consommé au naturel ou utilisé pour la préparation de conserves sous forme de tranches, de jus, ou de sirop. Il est aussi une source de revenus pour les producteurs.

c - LE BANANIER: Constitue avec l'ananas l'une des cultures d'exportation qui ont fait la prospérité de la Guinée coloniale. Il est surtout cultivé dans les régions de Basse Guinée et de la Guinée Forestière, et dans une moindre mesure dans les bas-fonds de la Moyenne Guinée. Il est cultivé à cause de son fruit consommable, mûr , frit ou cuit. La banane est aussi consommée sous forme de ragoût simple ou associée avec les tubercules. La culture de cette plante est une source de revenus pour les producteurs. Des efforts sont en cours pour la relance de sa production, tout comme celle de l'ananas.

d - L'ORANGER: Cet agrume est cultivé un peu partout en Guinée; mais dans une large mesure dans les régions de la Moyenne Guinée et de la Haute Guinée. L'orange est consommée à l'état naturel, ou en jus. C'est un excellent dessert sucré et acidulé; riche en vitamine C et P .L'orange peut être cuite avec du sucre pour produire une marmelade ou une confiture. L'essence d'orange extraite du fruit est utilisée dans la parfumerie et en pharmacie.

e - LE MANDARINIER: cette plante est moins cultivée que l'oranger. Son fruit est un excellent dessert riche en vitamine B C.

f - LE CITRONNIER: donne des fruits riches en vitamine C, qui ont de nombreux usages culinaires pour relever le goût de certains plats ( poisson, poulet, salade etc...) et des boissons ( thé, Coca-Cola, les liqueurs etc...). Le jus de citron constitue aussi un excellent rafraîchissant assez tonifiant.

11 - 1 - 5 - LES PLANTES LÉGUMIÈRES

a - LA LAITUE: elle est cultivée un peu partout en Guinée pour ses feuilles, consommées sous forme de salade avec les autres légumes comme la tomate, le concombre, l'oignon etc...et pour la préparation de la sauce. Cette plante occupe une place assez importante parmi les cultures maraîchères et génère des revenus notamment pour de nombreuses femmes qui pratiquent sa culture.

b - LA TOMATE: Très commune dans toutes les régions de la Guinée, elle est utilisée dans la préparation des sauces et salades diverses. Cette plante comme toute les cultures légumières fait l'objet d'un grand commerce.

d - L'OIGNON: cultivé dans les régions de la Moyenne Guinée et de la Haute Guinée pour ses bulbes et pour ses feuilles. En Basse Guinée l'oignon est cultivé pour ses feuilles. C'est une plante qui est très consommée parce quelle sert à relever le goût de nombreux et divers plats. La culture de l'oignon génère des revenus importants notamment pour les femmes qui pratiquent la culture maraîchère.

c - LE GOMBO: est cultivé un peu partout en Guinée. Il est souvent rencontré dans les tapades en association avec certaines cultures comme: le maïs, le manioc et autres. Le fruit récolté jeune, entre dans la préparation des potages et des sauces; séché il peut être conservé très longtemps.

11 - 1 - 6 - LES PLANTES INDUSTRIELLES ET D'EXPORTATIONS

a - LE COTONNIER: C'est actuellement l'une des principales cultures d'exportation de la Guinée. Il couvre des superficies considérables dans les régions de la Haute Guinée et de la partie Nord de la Moyenne Guinée. cette plante est cultivée pour sa fibre et ses grains, respectivement utilisés dans l'industrie textile et alimentaire. Aussi les tourteaux très riches en protéines, sont employés dans l'alimentation du bétail. Le cotonnier a existé depuis longtemps dans les tapades au Fouta et en Haute Guinée, et a toujours servi à la confection des boubous traditionnels.

b - LE CAFÉIER: est la culture la plus importante de la région forestière après les cultures vivrières. Plante industrielle par excellence elle fait l'objet de grandes plantations. C'est un stimulant, il sert aussi à aromatiser les pâtisseries et les glaces .

c - LE CACAOYER: il est cultivé en Guinée Forestière sur des superficies relativement moindres par rapport au caféier. La fève de cacao constitue une matière première importante dans l'industrie alimentaire. Il sert à préparer des pâtes de cacao utilisées en chocolaterie, biscuiterie, pâtisserie etc.....La culture du cacao est une source importante de revenus comme le caféier.

d - LE THÉIER: est également cultivé dans la région forestière à cause de ses feuilles; comme plante stimulante. Les feuilles jeunes subissent une préparation donnant le thé contenant de la théine. Les grains de thé sont utilisés dans la savonnerie. De nos jours cette culture est moins pratiquée par rapport aux autres plantes stimulantes.

11 - 1 - 7 - LES PLANTES OLÉIFÈRES

b - LE COCOTIER: est cultivé en Basse Guinée pour ses fruits dont l'amande est consommée à l'état frais. .A partir de cette amande on extrait de l'huile et on produit des gâteaux.

- SYSTEME AGRAIRE:
Plus de 70% de la population en Guinée pratiquent les activités agricoles et vivent pour la plupart sur des petites exploitations individuelles dont la taille moyenne serait d'environ 2,5 ha par famille de 6 à 8 personnes. Cette moyenne varie sensiblement d'une région à l'autre. Elle serait plus faible au Foutah - Djallon où la majeure partie des exploitations varierait entre 0,5 et 1 ha, tandisque dans les autres régions cette moyenne varierait entre 1 et 5 ha.

Les systèmes de cultures associent souvent un système traditionnel à jachère naturelle de plus ou moins longue durée, à un système stabilisé sur certains sites. Un exemple typique de système traditionnel à jachère naturelle est celui du fonio en culture extensive au Foutah - Djallon. Quant au système stabilisé, il est pratiqué dans les mangroves, les bas - fonds, les plaines inondables, les plantations d'agrumes et d'arbres fruitiers rencontrés un peu partout en Guinée. La proportion de terre soumise à la culture stabilisée est estimée à 350 000 ha, ce qui représenterait plus de 20% de l'ensemble des terres cultivées.

En général les systèmes traditionnels de production modifient considérablement l'écosystème à travers les opérations culturales telles que le défrichement, le déboisement, la culture sur brûlis etc..., en le faisant passer d'un état climacique diversifié à un état plus simplifié et instable.
Les feux de brousse, les divers défrichements estimés à environ 115 000 ha par an dont 15 000 ha en forêt dense (FAO, 1991), le surpâturage, l'exploitation incontrôlée du bois de chauffe et de service, entraînent un processus de dégradation des ressources. La pratique des cultures sur brûlis sur défrichements forestiers pour une récolte de l'ordre de 200 à 300 Kg de riz à l'hectare constitue un exemple de pratique désastreuse.

Le processus de dégradation des ressources naturelles est plus ou moins marquée suivant la densité de la population et les régions naturelles. En effet la dégradation résulte des systèmes de production qui n'ont pas su répondre à la croissance de besoins, sinon que par une destruction rapide et incontrôlée de l'espace et des espèces biologiques.
La faible productivité de l'agriculture traditionnelle et la dégradation progressive du milieu naturel sont perçues depuis longtemps par les techniciens du développement rural. Des solutions de trois ordres ont été préconisées et mises en oeuvre sur le terrain, en général dans le cadre d'opérations expérimentales (Projets pilotes), parfois hâtivement généralisées (Projets Régionaux et nationaux ). Il s'agit de :

a) - L'utilisation de nouvelles techniques visant à augmenter la production agricole ou pastorale par unité de surface.
Ces techniques nouvelles sont d'une part, l'amélioration des pratiques culturales locales , et d'autre part, l'introduction de techniques modernes tout à fait étrangères aux méthodes traditionnelles (tracteurs, pesticides et intrants divers)

b) - La conservation et la restauration du milieu naturel, par l'emploi de certaines techniques de conservation des eaux et des sols.

c) - La substitution des agents de l'Etat aux autorités coutumières et locales pour la gestion d'une portion de l'espace villageois et de ses ressources naturelles (intervention des services techniques de l'Etat par des projets de développement intégrés entièrement gérés par les services de l'Etat).

La mise en oeuvre de ces solutions dont les résultats demeurent encore assez modestes, s'est vue renforcée au cours de ces toutes dernières années par les engagements de certaines ONG en faveur du paysannat (Aménagement de périmètres irrigués, fourniture de semences sélectionnées, création de mutuelles agricoles etc....). En outre, suite à l'échec manifeste de l'étatisation à outrance de la gestion de l'espace villageois, un nouvel environnement et une nouvelle mentalité se mettent progressivement en place pour favoriser la promotion du monde rural grâce au désengagement de l'Etat du secteur économique au profit du privé et la décentralisation des pouvoirs de décision au niveau local.

Tableau 28 :Quelques données statistiques sur les principales cultures vivrières et industrielles

CULTURES 1992 1993 1994 1994
  Don. Exist. Don. Exist. Est. Initiale Don. Finales
Superf. en Ha        
Product. enTonnes        
Riz 850000 998250 1088075 812500
  757100 832867 916153 65000
Maïs 90000 86104 950000 82000
  93800 103325 113667 123000
Mil 4604 5989 6588 7500
  9888 436 4791 525
Sorgho 14285 5324 5856 6000
  13134 3388 3726 4500
Patate douce 22000 21653 23324 23300
  107400 129954 142949 142900
Manioc 90000 122727 134999 60000
  781000 859127 945017 140000
Taro 6000 6000 4000 6200
  37800 38900 39800 55800
Igname 7500 4500 4500  
  73000 73100 75300  
Canne à sucre 16000 20000 19000  
  185000 220000 220000  
Fonio       80000
Arachide non décor. 110727 112000 112000 118800
décortiqué 101700 10545 108400 23160
Palmiste 40000 40000 40000 53000
Huile de palme 40000 40000 40000 50000
Coton grain 9874 16000 16000 14500
  14267 19350 19400 17170
Grain coton 7000 10900 10900 4950
prod. semence 960 960 960  
Fibre coton 5188 8400 8400  
Café vert 54440 55000 55000 54500
  28804 28800 28800 30000
Fève de cacao 5000 5000 5000  
  1980 3968 4000  
Banane 33275 36602 40262 36000
  124699 137168 150884 130000
Agrumes 45000 45000 46000 50000
  230000 23900 251700  
Mangues 45000 40000 40000 51000
  92900 77450 80000 104500
Ananas 19500 18000 18500 19500
  90700 86600 93600 95500
LEGENDE Est = Estimation Don = Donnée Exist = Existant  

Source: Service National de Statistique Agricole enquête FAO 1994 

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