AVANT-PROPOS
Au Sommet de la Terre tenu à Rio de Janeiro, en juin 1992, la plupart de
pays participants à la Conférence des Nations-Unies sur l'Environnement et
le Développement se sont entendus sur une Convention Internationale portant
sur les Ressources Naturelles, appelée "Convention sur la Diversité
Biologique".
Ainsi, le 14 juin 1992, plus de 155 Chefs d'Etats et de Gouvernements
signaient cette Convention. Ils se sont engagés à préserver la diversité
des organismes végétaux, animaux et microbiens dans leurs pays respectifs,
à utiliser les ressources biologiques de façon durable et à partager équitablement
les avantages liés à la biodiversité. Les pays riches ont accepté de
fournir des ressources technologiques et financières aux pays pauvres pour
les aider à renforcer leurs capacités et à sauvegarder, gérer et utiliser
leur richesse biotique de manière écologiquement durable.
Cette Convention sur la Diversité Biologique constitue une réponse
tangible des pays à la question planétaire soulevée par la Commission
Brundtland (1987). Il s'agit là d'une priorité, à la fois globale et
vitale, que se sont fixé les Etats, notamment pour atteindre le développement
durable.
La République Démocratique du Congo a pris une part active à cette Conférence.
Le 11 juin 1992, le Chef de la Délégation signait pour l'adhésion à la
Convention sur la Diversité Biologique. Le 3 décembre 1994, le Gouvernement
Congolais a ratifié l'Acte de la Convention.
La République Démocratique du Congo avait décidé également d'élaborer
pour son territoire une Monographie Nationale faisant état de la diversité
biologique du pays. Cette Monographie sera suivie d'une stratégie de mise en
oeuvre de la Convention ainsi que des plans et des programmes nationaux visant
à traduire en actions la Décision prise à Rio.
Dans le présent Rapport National sur l'état de la diversité biologique,
la République Démocratique du Congo donne une réponse à la préoccupation
aiguë et un engagement responsable pour le devenir des générations futures
afin d'atteindre les buts fondamentaux suivants :
- la conservation et l'utilisation durable des éléments constitutifs de
la diversité biologique ;
- le partage juste et équitable des avantages découlant de l'utilisation
des ressources génétiques.
Il sera aussi question de présenter l'état des organismes vivants et des
ressources biotiques nationales, les utilisations qu?on en fait, ainsi que les
efforts du pays dans la conservation de ces ressources.
Les lacunes et les recommandations seront présentées à la fin du
rapport. Elles constituent de ce fait l'introduction à la stratégie et aux
plans nationaux de la biodiversité.
La liste des experts ayant participé à l'élaboration de cette
Monographie est présentée à l'Annexe 1 du présent rapport.
INTRODUCTION
A. CADRE GÉOGRAPHIQUE
Situé au centre du continent africain, la République Démocratique du
Congo couvre un vaste territoire de 2.345.000 Km2, s'étalant entre
le 5ème parallèle Nord et le 13ème Parallèle Sud et du 12ème au 31ème
degrés longitude Est. Les pays qui partagent les frontières avec le Congo
sont:
- au Nord, la République Centrafricaine et le Soudan;
- au Sud, la Zambie et l'Angola;
- à l'Est, l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie et la Zambie;
- à l'Ouest, le Congo/Brazzaville, le Cabinda et l'étroite bande du
littoral de l'Atlantique Sud.
Géographiquement, presque l'ensemble de ce vaste territoire congolais est
une immense dépression, vestige d'une ancienne aire de subsidence dont
l'altitude se situe entre 325 et 350 mètres, entourée d'une série de
massifs montagneux à l'Est, dépassant 5.000 mètres d'altitude et de hauts
plateaux atteignant 3.000 mètres: Marungu, Kibara, Kundelungu, Biano, Manika,
Kamina, Sankuru, Kasaï, Kwango, Bateke, Lunda, culminant à plus de 1.000 mètres,
et les Monts de Cristal s'élevant à 900 mètres d'altitude.
L'hydrographie du Congo, très étendue et dense, est caractérisée par le
fleuve Congo qui traverse le pays de l'Est en Ouest et reçoit les eaux d'une
multitudes d'affluents venant s'y articuler. Dans la région des Monts de
Cristal, le débit du fleuve Congo est de 50.000 m3/seconde. Le réseau
lacustre comporte des grands lacs à l'Est, Édouard, Albert, Kivu,
Tanganyika, Moëro, et deux autres lacs dans la Cuvette Centrale, Mai-Ndombe
et Tumba.
Pays à la fois équatorial et tropical, le Congo jouit d'une diversité d'écoclimats
locaux dus à la combinaison de plusieurs facteurs: physiographie, température,
précipitations, durée des saisons, impacts des activités de l'homme sur le
milieu naturel et position à cheval sur l'Equateur. Les précipitations
annuelles s'étalent de 800 mm le long de la Côte Atlantique à 2.200 mm en
Cuvette Centrale jusqu'à 2.500 mm dans les régions montagneuses de l'Est où
elles peuvent même dépasser 3.000 mm.
Environ les trois quarts du territoire du Congo sont couverts de forêts de
types divers constitués d'une flore riche et diversifiée et abritant une
faune également abondante. Cette diversité et richesse biologique est le résultat
d'une longue histoire géologique marquée par l'absence de périodes
glaciaires et d'une combinaisons de nombreux facteurs écologiques variés. L'économie
du Congo est fondée sur l'agriculture et l'extraction minière par une
population actuellement estimée à 40 millions d'habitants.
La carte reprise à l'Annexe 2 présente le cadre géographique de
l'ensemble du pays.
B. CADRE CONCEPTUEL DE LA DIVERSITÉ BIOLOGIQUE
Selon la Convention sur la Diversité Biologique, en son article 2, la
diversité biologique est la variabilité des organismes vivants de toute
origine y compris entre autres des écosystèmes terrestres, marins et autres
écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie;
cela comprend la diversité au sein des espèces (diversité génétique),
entre les espèces (diversité spécifique) dans une zone donnée ainsi qu'au
niveau des écosystèmes (diversité écologique).
Le concept de "diversité biologique" intègre également une
dimension culturelle. En effet, depuis des millénaires, les diverses
civilisations des communautés locales de l'espace congolais se sont développées
au contact direct de la nature, c'est-à-dire des écosystèmes et des espèces
sauvages. La diversité biologique apparaît donc comme le fondement des
cultures des populations constitutives du Congo, elle en est un élément
essentiel. On connaît le rôle des plantes et des animaux dans les ordalies
rituelles, culte des ancêtres, pratiques de la magie secrète et publique.
L'existence des forêts sacrées et des espèces totems en témoigne.
C. IMPORTANCE ET INTÉRÊT DE LA BIODIVERSITÉ
Comme pour tous les autres pays du monde, les biens et services essentiels
du Congo sont tributaires de la diversité biologique et de la variabilité
des gènes, des espèces, des populations et des écosystèmes.
La diversité biologique constitue la base des ressources génétiques qui
assurent la sécurité alimentaire des peuples depuis des millénaires. Elle
est aussi la source première pour le sélectionneur et l'intrant le plus
essentiel à l'agriculture.
La diversité biologique est à l'origine de plusieurs avantages concrets pour
l'humanité, entre autres les denrées alimentaires, les produits médicinaux
et les matériaux utilitaires. Ils constituent les éléments de base pour
tout développement. Les ressources de la biodiversité assurent un apport
important sur le plan génétique, scientifique, éducatif, culturel et économique.
Enfin, la biodiversité joue un rôle très important dans le fonctionnement
des écosystèmes.
La diversité biologique constitue une source de subsistance des collectivités
locales présentes et futures. C'est pourquoi, l'exploitation des ressources
de la biodiversité doit se faire avec parcimonie pour permettre leur
utilisation durable.
Les dangers liés à l'utilisation abusive des ressources de la biodiversité
se situent au niveau de l'exploitation irrationnelle des espèces et des écosystèmes.
Une mauvaise gestion des espèces peut occasionner soit la régression de la
population, soit la disparition de l'espèce entraînant par là un déséquilibre
dans les écosystèmes. Avec une telle exploitation des ressources, on ne peut
pas assurer leur utilisation durable; de ce fait on pénalise les générations
futures. C'est pourquoi, la communauté internationale a été amenée à
adopter une convention sur la diversité biologique.
D. CONTEXTE GÉNÉRAL
D.1. Ratification de la Convention sur la Biodiversité
C'est le 12 juin 1992 que la République Démocratique du Congo a signé la
Convention sur la diversité biologique.Elle l'a ratifiée le 15 septembre
1994. Depuis lors, les autorités nationales ont manifesté leur volonté
politique par les actions suivantes:
- sensibilisation de la population et des décideurs sur les résolutions
de la Conférence des Nations Unies pour l'Environnement et le Développement
(CNUED) par des émissions radio-diffusées, des séminaires, etc
- mise en place, depuis avril 1994, d'un Comité Interministériel de
Coordination (C.I.C.) ayant pour mission le suivi de la mise en oeuvre des
recommandations de la Conférence de Rio;
- participation active aux concertations régionales et internationales en
rapport avec les décisions de Rio, concertations organisées par divers
organismes intéressés aux problèmes de la biodiversité
- ratification des Conventions et Accords Internationaux suivants:
- Convention (de Ramsar) relative aux Zones Humides d'Importance
Internationale particulièrement comme Habitats des Oiseaux d'Eau (15
septembre 1994);
- Convention sur la Diversité Biologique (15 septembre 1994);
- Convention-cadre des Nations-Unies sur les Changements Climatiques (8
décembre 1994);
- Convention de Bâle sur le Contrôle des Transports Transfrontaliers
des Déchets Dangereux et leur Traitement (15 septembre 1994);
- Convention de Bamako sur le Transport Transfrontalier des Déchets
Dangereux et leur Gestion (15 septembre 1994);
- Convention de Vienne sur la Protection de la Couche d'Ozone et réglementant
les substances qui appauvrissent la Couche d'Ozone (15 septembre 1994);
- Convention des Nations-Unies sur la Lutte contre la Désertification
(septembre 1997);
- Convention d'Abidjan sur les Mers Régionales;
- mise en place d'un Comité pluridisciplinaire de réflexion sur la
valorisation des produits forestiers non ligneux;
- mise en place d'un Comité pluridisciplinaire de réflexion dans le cadre
de la Convention sur les changements climatiques;
- mise en place d'un Comité pluridisciplinaire dans le cadre de la
convention de Ramsar;
- mise en place du Plan National d'Action Environnemental;
- mise en place d'une Cellule de Coordination de la Biodiversité;
- mise en place, au niveau du Conseil National des ONG, d'une Cellule des
ressources techniques en matière d'environnement.
D.2. But de l'étude de la Biodiversité du Congo
Le but poursuivi dans cette étude est d'élaborer des stratégies, plans
ou programmes nationaux tendant à assurer la conservation et l'utilisation
durable de la diversité biologique.
Pour ce faire, il importe de:
1°) identifier les éléments constitutifs de la diversité biologique;
2°) relever ceux qui revêtent une importance pour sa conservation et son
utilisation durable;
3°) rassembler et évaluer les données nécessaires pour assurer la
surveillance efficace des éléments constitutifs de la diversité
biologique;
4°) identifier les processus et activités présentant des menaces pour la
diversité biologique;
5°) évaluer les incidences économiques éventuelles de la conservation et
de l'utilisation durable des ressources biologiques;
6°) déterminer la valeur économique des ressources biologiques et génétiques;
7°) définir les activités prioritaires aux fins de conservation et
d'utilisation durable de la diversité biologique.
Les éléments constitutifs de la diversité biologique du Congo,
l'ensemble de leur valeur économique volet par volet ainsi que les facteurs
constituant une menace pour la biodiversité sont traités dans le chapitre
relatif à l'évaluation.