CHAPITRE 5: IMPACT DES ACTIVITÉS HUMAINES
SUR LA RICHESSE SPÉCIFIQUE
5.1. POPULATION HUMAINE, FACTEURS SOCIO-ÉCONOMIQUES
ET BIODIVERSITÉ
5.2. IMPACTS DE L'ACTIVITÉ HUMAINE SUR LES ÉCOSYSTÈMES
5.3. STATUT ET CARACTÉRISTIQUES DES AIRES
PROTÉGÉES (Annexe 4)
5.3.1. Les parcs nationaux
1) Le Parc National des Virunga
2) Le Parc National de la Garamba
3) Le Parc National de l'Upemba
4) Le Parc National des Kundelungu
5) Le Parc National de la Maïko
6) Le Parc National de Kahuzi-Biega
7) Le Parc National de la Salonga
8) Le Parc Présidentiel de la N'Sele
9) La Réserve de Swa-Kibula
5.3.2. Les domaines de chasse
5.3.3. Les réserves de la biosphère
1) La Réserve de Yangambi
2) La Réserve de la Luki
3) La Réserve de la Lufira
5.3.4. Les réserves forestières
5.3.5. Les jardins zoologiques et botaniques
5.3.6. Les secteurs sauvegardés
5.3. STATUT ET CARACTÉRISTIQUES DES AIRES PROTÉGÉES
(Annexe 4)
5.3.1. Les parcs nationaux
Avant l'indépendance, chaque domaine protégé était érigé par Décret
Royal sur base d'un décret général signé en 1937. Les parcs nationaux ont
tous été institués par des ordonnances-lois spécifiques qui confirment
leur statut de Réserve Naturelle Intégrale d'autrefois. Ils couvrent environ
3.6 % de l'étendue du pays.
L'Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) en est le seul
organe gestionnaire. Ses attributions sont définies par l'ordonnance-loi n°
075-023 du 22 juillet 1975.
Il existe actuellement 7 parcs nationaux. Quatre d'entre eux sont inscrits sur
la Liste des Biens du Patrimoine Mondial de l'UNESCO: le Parc National des
Virunga, le Parc National de la Garamba, le Parc National de Kahuzi-Biega et
le Parc National de la Salonga.
1°) Le Parc National des Virunga
Erigé en Réserve Naturelle Intégrale depuis sa création par le décret
royal du 21 avril 1925, sous l'appellation de Parc National Albert, il a une
superficie de 800.000 hectares. Ce parc est situé dans l'Est du pays (entre
les latitudes 0E55' Nord et 1E35' Sud, et les longitudes 24E10' Est et 30E00'
Ouest), à la frontière avec l'Ouganda et le Rwanda. Le "sanctuaire des
Gorilles (2.900 hectares) en Ouganda et le Parc National des Volcans (23.000
hectares) au Rwanda lui sont contigüs.
L'altitude oscille entre 750 m dans la plaine centrale et 5.119 m au sommet du
Mont Ruwenzori. Le parc comprend la vallée de la Semliki, une grande partie
du lac Édouard (Idi Amin), les plaines de la Rwindi, Ishasha et Rutshuru au
Sud du lac, la partie congolaise de la chaîne des Virunga et le Mont
Ruwenzori.
Le lac Édouard (Idi Amin) est relié au bassin du Nil. On y trouve également
des sources d'eau chaude dans la plaine de la Rwindi et le massif des Virunga
dont certains volcans sont encore en activité, tels que le Nyamulagira et le
Nyiragongo.
De par son étendue et sa position géographique à cheval sur l'équateur
et en zone de contact entre deux grandes régions biogéographiques (Guinéenne
et Soudano-Zambézienne), ajouté à son relief accidenté, ce parc renferme
une végétation impressionnante et variée comprenant la forêt ombrophile au
Nord, la savane à Capparis, Euphorbia pennisetum et Hypparhenia
dans la partie centrale, les forêts de bambous et Hagenia sur les
volcans actifs et éteints de la chaîne des Virunga au Sud, la végétation
étagée allant des Hypericum, Hagenia, Dendrosenecio et Lobelia
aux neiges éternelles des sommets du Ruwenzori en passant par les mousses et
les lichens.
Cette grande variété de biotopes se traduit également par une très
grande diversité de la faune. On y rencontre en effet:
- l'éléphant (Loxodonta africana), l'hippopotame (Hippopotamus
amphibius), le buffle (Syncerus caffer), une variété d'antilopes
(Kob, Waterbuck, Topi), les phacochères, les lions et divers singes
dans la plaine centrale de la Rwindi;
- des colonies de pélicans dans la plaine de la Rutshuru;
-des gorilles de montagne (Gorilla gorilla beringei) et des chimpanzés
(Pan troglodytes) dans la chaîne des volcans éteints;
- des okapis (Okapia johnstoni), espèce endémique au Congo, le Bongo
(Tragelaphus euryceros) et l'Hylochère (Hylochoerus meinertzhagui)
dans la forêt ombrophile de l'extrême Nord; enfin,
- de nombreux oiseaux dont plusieurs espèces migratrices y trouvent également
refuge. D'où la création d'un centre de baguage et de recherche
ornithologique à la Lulimbi.
Du point de vue de la conservation, le parc comprend 3 secteurs de gestion:
Rwindi au Centre, Rumangabo au Sud et Mutsora au Nord.
La pratique des feux de brousse contrôlés constitue l'outil d'aménagement
par excellence pour régénérer la végétation.
Le Projet WWF/UICN/Société Zoologique de Francfort a contribué jusqu'à
tout récemment (1993) à la protection du Gorille et de son habitat et à la
promotion du tourisme en rapport avec cette espèce.
2°) Le Parc National de la Garamba
D'une superficie de 500.000 hectares, sa création a été décidée par le décret
royal du 17 mars 1938. Ce parc est situé dans l'extrême Nord du Congo, aux
confins de la frontière avec le Soudan, entre 28°48' et 30°00' de longitude
Est et 3°45' et 4°41' de latitude Nord. Il est contigü au Nord au
"Lantoto Game Reserve" du Soudan et entouré de trois grands
domaines de chasse (Azandé, Gangala-na-Bodio et Mondo-Missa).
Sur le territoire du parc, l'altitude varie entre 710 et 1.061 m. On y observe
d'assez importantes dépressions marécageuses et plusieurs inselbergs
essentiellement granitiques. La pluviosité annuelle maximale est d'environ
1.500 mm.
Le parc est formé de vastes savanes entrecoupées de galeries forestières
plus ou moins dégradées. Il est situé entre les régions biogéographiques
Guinéenne et Soudanienne. Une savane densément boisée, des galeries forestières
et des marécages à Papyrus cèdent graduellement place à une savane
faiblement boisée plus ou moins ouverte au Nord. Les principales graminées
de savanes ouvertes sont Londetia arundinacea, Panicum et Hyparrhenia
spp ainsi que Urelytrum thyrsoides. Dans les savanes boisées, les
principales espèces rencontrées sont: Albizia spp, Bauhinia, Dombeya
et Erythrina. Les forêts-galeries et les îlots forestiers contiennent
Irvingia smithii, Chlorophora excelsa, Klainedoxa sp, Khaya senegalensis,
Ficus sp. Les marécages sont dominés par Cyperus papyrys et Mitragegna
africana.
Du point de vue faunique, ce parc contient probablement le dernier refuge
du Rhinocéros blanc du Nord (Ceratotherium simum cottoni). Soumise au
braconnage intensif, cette espèce figure sur la liste des 12 animaux à
protection totale de l'UICN. Grâce au Projet "Rhino" qui en assure
la protection, la population s'accroît lentement. De 15 qu'ils étaient au départ,
on en dénombrait 21 en 1987 et 32 au début de 1997. On y trouve également
l'éléphant (Loxodonta africana), la girafe (Giraffa camelopardalis
congoensis) endémique au Congo, l'hippopotame (Hyppopotamus amphibius),
le buffle (Syncerus caffer), le Bubale (Alcelaphus sp), le Cobe
(Kobus kob), le waterbuck (Kobus illipsiprymnus), le chimpanzé
(Pan troglodytes), le babouin (Papio anubis), le colobe (Colobus
sp), le cercopithèque (Cercopithecus aethiops), l'antilope rouanne
(Hippotragus equinus), le sitatunga (Limnotragus spekei), le
reedbuck (Redunca redunca), le guib harnaché (Tragelaphus
sylvicultor), le bongo (Boocercus enryceros), le phacochère (Phacochoerus
porcus), l'hylochère (Hylochoerus meinertzhageni), le lion (Panthera
leo) et le léopard (Panthera pardus).
Le parc comprend deux secteurs de contrôle. Le secteur Est, ayant comme
station Nagero, et le secteur Ouest, supervisé par la station de
Gangala-na-Bodio. Un troisième secteur est prévu pour le Nord.
3°) Le Parc National de l'Upemba
Ce parc fut créé par le décret royal du 16 mai 1939. D'une superficie de
1.000.000 d'hectares, ses limites furent maintes fois modifiées pour n'être
définitivement fixées, en y incluant une zone annexe, que par l'ordonnance n°
75-241 du 22 juillet 1975.
Il est situé entre les latitudes 8°45' et 9°05' Sud et les longitudes 26°00'
et 27°10' Est. L'altitude varie de 1.750 à 1.800 m. Le relief est peu accusé
dans sa partie Nord-Est et présente une zone de dépression et un secteur
fortement raviné sur le contrefort des Monts Kibara. Une pénéplaine existe
dans le bassin de la basse Lufira. Les cours des rivières Mute et Luingila y
sont inclus, de même que l'étroit plateau de la Manika, extension
septentrionale du plateau de Biano. La pluviosité moyenne annuelle varie
entre 1.200 et 1.400 mm. La température en saison sèche varie entre 20° et
22°C le jour et peut descendre jusqu'à 8°C la nuit.
La végétation du parc est constituée de vastes régions de savanes
herbeuses, de marécages et de hauts plateaux parsemés de galeries forestières.
Les espèces de savane les plus communément rencontrées sont:
Hyparrhenia, Andropogon paspalum, Tricholaena, Brachiara humidicola, Cyperus
chrysocephalus, Hymphea kendelotii, Ultricularia. Le couvert forestier est
essentiellement constitué de Albizia, Afzelia sp, Berlinia sp,
Brachystegia sp, Combretum sp, Monota sp, Parinari sp, Pericopsis elata
(Afrormosia sp), Pterocarpus sp, Uapaca sp et Vitex sp.
Avec le Parc National de Kundelungu, le Parc National de l'Upemba constitue
le seul endroit au Congo où existe le zèbre (Equus burchelli bohmi)
dans son milieu naturel. On y rencontre également une espèce de crustacé (Thermobathynella
adomi) dans les eaux des sources thermales de Kaziba à 55°C. Parmi les
autres espèces animales rencontrées signalons: Loxodonta africana
cyclotis, Syncerus cafffer caffer, l'antilope lechwe, Taurotragus
aquinus, Hippotragus niger, Hippopotamus amphibius, Redunca arundinum, Ourebia
ourebi, Sylvicapra grimmia, Phacocoerus aethiopicus, Potamochoerus porcus,
Alcelaphus lichtensteini ainsi que de nombreux oiseaux terrestres et
aquatiques.
Deux secteurs de gestion et de contrôle y sont inclus: le Nord avec pour
station Lusinga et le Sud avec pour station Kayo. Les feux de brousse contrôlés
et planifiés constituent l'outil d'aménagement pour régénérer la végétation.
Le parc a fait l'objet de nombreuses études géomorphologiques et écologiques
à l'époque coloniale.
4°) Le Parc National des Kundelungu
A l'époque coloniale, une partie du territoire actuel du parc (environ
220.000 hectares) fut érigée en domaine de chasse par le décret du 11
novembre 1939. Ce n'est qu'en 1970 que ce territoire a reçu le statut d'un
parc national par ordonnance n° 70-317 du 30 novembre 1970. Celle-ci fut
modifiée et remplacée par l'ordonnance n° 75-097 du 1er mars 1975 fixant définitivement
ses limites, portant ainsi sa superficie à 760.000 hectares.
Le parc comprend une réserve naturelle stricte de 220.000 hectares et 540.000
hectares de zone annexe. Il est situé entre les latitudes 9° et 11° Sud et
les longitudes 27°51' et 30°00' Est. L'altitude varie de 1.200 à 1.700 m.
La partie de la réserve est un ensemble de hauts plateaux et de collines
caractéristiques de la région. Ses limites sont constituées de falaises
tombant presque perpendiculairement sur la vallée de la Lufira. Il abrite les
chutes de la Lofoï (affluent de la Lufira) réputées les plus hautes
d'Afrique (384 m) avec un jet continu de 347 m.
La végétation est constituée de vastes savanes herbeuses et boisées sur
les hauts plateaux, entrecoupées de belles galeries forestières tombant à
pic dans les basses savanes. L'espèce forestière dominante est le Brachystegia
sp, intervenant à environ 90 % dans les hauts plateaux (1.600 m). Les
savanes herbeuses sont à dominance d'Hyparrhenia. L'analyse phytogéographique
des plateaux suggère une flore zambézienne type comprennant des espèces
telles que Cythea thomsoni, Pteris catoptera, Nymphaea sulphurea, Hypericum
oligandrum, Indigofera peltat, Dolichos branoensis, Drisera affinis, Drosera
katangensis, Craterostigma kundelungense et Psychotria mushitida.
La faune y est particulièrement riche en ongulés, mais aussi en félidés.
Parmi les ongulés, on signale: le zèbre (Equus burchelli), l'antilope
rouane (Hippotragus equinus), l'antilope noire (Hippotragus niger),
le grand kudu (Strepsiceros strepsiceros), l'élan du cap (Taurotragus
oryx), le reedbuck (Redunca redunca), le waterbuck (Kobus
ellipsiprymnus), le bushbuck (Tragelaphus scriptus), le bubale (Alcelaphus
lichtensteini), l'oréotrague (Oreotragus oreotragus), les céphalopes,
le buffle (Syncerus caffer). Les félidés comprennent: le lion (Panthera
leo), le léopard (Panthera pardus), le guépard (Acinonyx
jubatus), le lycaon (Lycaon pictus), l'hyène (Crocuta crocuta),
le chacal (Thos adusus). Parmi les primates, on signale: le singe de
savane (Cercopithecus aethiops), le singe bleu (Cercopithecus mitis
kandti), le babouin olive (Papio anubis) ainsi que les galagos.
5°) Le Parc National de la Maïko
Créé par l'ordonnance-loi n° 70-312 du 20 novembre 1970, ce parc a une
superficie d'environ 1.000.000 d'hectares. Il est situé entre les latitudes 0°
et 1° Sud et les longitudes 27° et 28°30' Est. L'altitude oscille entre
1.000 et 2.000 m.
Ce parc est situé dans la région montagneuse séparant le bassin central du
fleuve Congo et les chaînes de montagne du flanc occidental de la Rift
Valley. Le Nord et le Sud sont accidentés, mais la partie centrale est quasi
plate. La pluviosité y est élevée et varie entre 1.200 et 1.800 mm. La
saison sèche est quasi inexistante.
Le parc est drainé par les rivières Maïko (épine dorsale), Lindi et
Lubutu. Il abrite une forêt ombrophile dense de type montagneux et d'accès
malaisé. La production y est élevée. La faune y est tout aussi variée;
cependant la caractéristique le distinguant des autres est le fait qu'il
contient à lui seul les trois espèces rares suivantes: le gorille de
montagne (Gorilla gorilla beringei), l'okapi (Okapia johnstoni)
et le paon zaïrois (Afropavo congoensis). Aucune prospection systématique
n'a été réalisée sur la faune et la flore.
6°) Le Parc National de Kahuzi-Biega
D'une superficie de 600.000 hectares, ce parc a été créé par
l'ordonnance-loi n° 70-316 du 30 novembre 1970. L'objectif visé a été de
protéger les gorilles de montagne habitués aux visites des touristes. Ses
limites actuelles ont été définies et fixées par l'ordonnance n° 75-238
du 22 juillet 1975. Il est situé entre les latitudes 2°10' et 2°52' Sud et
les longitudes 28°40' et 28°50' Est.
L'altitude va de 1.800 m à 3.400 m (volcan Kahuzi). Les montagnes dominent
l'Ouest de la Great Rift Valley du bassin du Congo. A l'Ouest du parc, un
terrain récent ondulé forme une ceinture entre la forêt de basse altitude
et celle de haute altitude. Il contient deux volcans éteints d'où il tire
son nom (Kahuzi et Biega). Les températures moyennes annuelles minima et
maxima sont respectivement de 10E4'C et 18EC. La pluviosité, irrégulière à
travers l'année, est de l'ordre de 1.800 mm.
Les deux tiers environ de la forêt de montagne de ce parc sont constitués
de forêts denses, mélangées à des îlots de bambous, particulièrement en
haute altitude. En basse altitude, la végétation est de plus en plus
ouverte. Les graminées alpines et sub-alpines apparaissent en hautes
altitudes. Cette succession étagée par rapport à l'altitude se présente
comme suit:
- forêt de montagne (de 2.600 à 3.400 m) ayant comme essences dominantes:
Podocarpus sp, Ficus sp, Chrysophyllum longipes, Parinari sp, Carapa
grandiflora, Symphonia globulifera;
- forêt de bambous (de 2.350 à 2.600 m) à prédominance de Arundinaria
alpina;
- forêt marécageuse (de 2.250 à 2.350 m);
- marécage à Cyperus papyrus dans l'étage inférieur.
La diversité de l'habitat dans ce parc se traduit par une faune aussi variée
comprenant: les gorilles de montagne (Gorilla gorilla beringei) - en
forêt de bambous surtout -, le chimpanzé (Pan trogodytes), le
cercopithèque à face de hibou (Cercopithecus hamlyni), le singe blanc
et noir (Colobus guereza), le colobe rouge (Colobus badius), l'éléphant,
l'hylochère, divers antilopes et céphalophes. L'avifaune est constituée de
l'oiseau soleil de Rockefeller (Nectarinia rockefeller), le grand bec
vert africain (Pseudocalyptomena graweri) et le chanteur des marais (Bradypterus
graweri).
Le parc comprend une station centrale (Tshivanga) et une station secondaire
à Itebero, vers sa limite Nord. Cinq postes de patrouille y ont été installés
depuis 1980 pour renforcer la surveillance périphérique. Une politique d'éducation
et d'intégration des populations locales a été initiée par le pays dès
1985. Elle fut renforcée par les projets UICN/WWF et GTZ/Congo pour la
sauvegarde du gorille de montagne.
7°) Le Parc National de la Salonga
Créé par l'ordonnance n° 70-318 du 30 novembre 1970, ce parc constitue avec
ceux des Virunga, de la Garamba et de la Maïko, l'un des sites du Patrimoine
Mondial reconnus par l'UNESCO. D'une superficie de 3.600.000 hectares, il est
la plus grande réserve de forêt tropicale humide du monde. Il est entièrement
situé dans la Cuvette Centrale du Congo, entre 1°00' et 3°30' de latitude
Sud et 2°00' et 23°00' de longitude Est.
L'altitude varie entre 350 et 530 m. Il est situé dans un vaste bassin de sédimentation,
entaillé par un réseau hydrographique relativement dense. L'Ouest du parc se
présente sous forme d'un plateau à très faible relief, aux rivières larges
et sinueuses et aux rives marécageuses. A l'Est, cependant, le relief se relève
sensiblement et les vallées y sont encaissées. Le climat y est de type équatorial,
chaud et humide, avec une température moyenne annuelle de 25,5EC et une
pluviosité avoisinant les 2.000 mm.
La végétation y est très variée, allant du type forestier au type
herbeux. Dans les terres fermes, ce sont les forêts ombrophiles
sempervirentes qui prédominent avec comme essences principales le Gilbertiodendron
dewevrei et le Brachystegia laurentii. Les forêts semi-caducifoliées
occupent surtout les interfluves. Elles sont à stratification irrégulière,
le plus souvent avec une composition floristique très variée. On y rencontre
notamment des Staudtia stipitata, Polyalthia suavaeolens, Scorodophleus
zenkeri, Plagiostyles africana.
Les forêts secondaires et les jachères forestières sont quant à elles
localisées le long des routes et dans les zones habitées. Les modifications
brutales des périodes d'inondation et de décrue favorisent aux abords des
grandes rivières le développement des groupements pionniers ou de
transition, tels que Macaranga lancifolia, Harungana madagascariensis,
Raphia sese, Pandanus sp. On y distingue des forêts inondables sur
plaines alluviales, dominées par Oubanguia africana, Scytopetalum
pierreanum et Guibourtia demeusei et des forêts marécageuses dans
les dépressions et les bas-fonds mal drainés. Les espèces dominantes sont:
Entandrophragma palustre, Coelocaryon botryoïdes et Symphonia
globulifera.
A proximité du cours principal des grandes rivières, spécialement le long
de la Salonga, apparaissent des clairières issues de la destruction de la végétation
par des grands herbivores. Ces formations herbeuses sont essentiellement
composées de graminées et de Cypéracées et sont très localisées.
A l'extrémité Sud du parc, apparaissent les premiers îlots de savane à
graminées parsemés d'arbustes. Les espèces les plus courantes sont:
Heteropogon contortus, Ctenium newtonii et Hymenocardia acida.
La faune est constituée de divers animaux de la forêt équatoriale.
Toutefois, ce parc a la particularité d'abriter le chimpanzé nain (Pan
paniscus), une espèce en voie de disparition dans le monde. Les animaux
les plus communs sont: l'antilope Bongo (Boocercus euryceros),
l'antilope Sitatunga (Tragelaphus spekei), le sylvicapre (Sylvicapra
grimmia), le crocodile aquatique (Crocodylus sp), le Potamochère (Potamochoerus
porcus), le céphalophe à dos jaune et à front noir (Cephalophus
sylvicultor et Cephalophus nigrifrons), l'hippopotame (Hippopotamus
amphibius), l'éléphant de forêt (Loxodonta africana cyclotis),
l'éléphant nain (Loxodonta pumilio), le buffle nain de forêt (Syncerus
caffer nanus) et le pangolin.
L'avifaune est très variée. On y rencontre le fameux perroquet gris (Psittacus
erithacus) et le paon congolais (Afropavo congoensis),une espèce
rare menacée d'extinction, des serpents et une faune ichtyologique très
abondante.
Son accessibilité malaisée le met partiellement à l'abri des activités
humaines. Des pressions s'y exercent malgré tout sous forme de braconnage et
l'on fait grand usage de la végétation à des fins domestiques.
Deux secteurs de surveillance y sont installés: le secteur Nord avec comme
station-mère Monkoto et le secteur Sud dont la station-mère est Anga.
8°) Le Parc Présidentiel de la N'Sele
Hormis ces sept parcs nationaux du type conventionnel, il y a lieu d'ajouter
le Parc Président Mobutu de la N'Sele, comprenant une partie où les animaux
vivent en liberté et une autre partie où ils sont en captivité. Ce parc,
d'une superficie de 3.000 hectares, est situé à environ 60 Km de Kinshasa.
Il a été créé par l'ordonnance n° 83-110 du 3 mai 1983 et a un statut
juridique de "Réserve Naturelle Intégrale".
Enfin, il convient de signaler le projet imminent de la création de trois
nouveaux parcs nationaux, à savoir:
- le Parc National à Okapi, situé au Nord-Est du pays et
d'une superficie d'environ 1.372.625 hectares. Ce parc sera appelé à protéger
essentiellement l'Okapi, espèce endémique au Congo;
- le Parc National de la Mondjo, situé au Nord-Ouest du
Congo. Il sera appelé à protéger la forêt dense sèche dégradée qui s'y
trouve, de même que les troupeaux d'éléphants gros porteurs qu'elle abrite;
- le Parc Marin de Moanda, d'une superficie de plus ou
moins 60.000 hectares et situé à l'extrême Sud-Ouest du pays. Ce parc protégera
le biotope spécial du littoral atlantique, que sont les mangroves à palétuviers.
9°) La Réserve de Swa-Kibula
Par ailleurs, l'Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN)
propose la création d'une Réserve à Swa-Kibula, ayant statut de parc.
Celle-ci sera appelée à protéger l'écosystème caractéristique de la
bande savanicole du Sud du pays à galerie forestière typique et où vivent
des troupeaux de buffles de Simpson, des antilopes rouanes, etc.
5.3.2. Les domaines de chasse
La gestion des domaines de chasse, existants ou à créer, relevait
directement du Service spécialisé du Ministère de l'Environnement,
Conservation de la Nature et Tourisme. Elle a été transférée à l'Institut
Congolais pour la Conservation de la Nature (IZCN) par l'arrêté n°
36/DECNT/BCE/78 du 13 juillet 1978 du Ministre de l'Environnement,
Conservation de la Nature et Tourisme.
Le Congo compte au total 57 domaines de chasse couvrant 966 hectares, dont
seulement 19 sont opérationnels ou fonctionnels. Les autres, pour la plupart
créés à l'époque coloniale, sont abandonnés pour diverses raisons d'ordre
matériel ou financier.
5.3.3. Les réserves de la biosphère
Du point de vue juridique, ces aires sont en principe régies selon les
concepts de l'UNESCO. Elles sont par ailleurs érigées par ce dernier qui délivre
des permis ou des attestations ad hoc à l'issue des études préliminaires de
délimitation et de faisabilité.
Au Congo, aucun acte juridique n'existe pour concrétiser l'action de l'UNESCO
quant à la gestion de ces aires protégées. La gestion et la supervision
sont néanmoins assurées par le Secrétariat National du Programme MAB au
Congo, rattaché au Ministère de l'Environnement, Conservation de la Nature
et Tourisme.
Le pays possède actuellement 282.700 hectares (soit 0,11 % du territoire
national) protégés sous forme de réserves de la biosphère. Il en existe au
total trois, dont:
1°) La Réserve de Yangambi
Cette réserve, d'une superficie de 220.000 hectares, a été instituée comme
réserve forestière naturelle à l'époque coloniale. Sa gestion fut alors
confiée à l'Institut National d'Etudes Agronomiques du Congo (INEAC).
En 1975, l'année de l'adhésion du Congo au Programme MAB de l'UNESCO, cette
gestion fut rétrocédée et confiée à la section MAB/Congo.
Située entre les latitudes 0°50' Nord et 1° Nord et les longitudes 24°15'
et 24°30' Est, cette réserve se caractérise par deux entités géomorphologiques
distinctes: d'une part, un complexe de plateau sablonneux, et de l'autre, une
plaine alluviale, séparés par un escarpement. L'altitude varie entre 490 et
530 m. Le climat y est de type équatorial, chaud et humide.
La végétation, très dense, est dominée par les faciès suivants:
- forêts ombrophiles sempervirentes à Gilbertiondendron dewevrei,
ayant comme essences compagnes le Diogoa zenkeri, Eulophia sauderissiana,
Tsolona thonneri;
- forêts climaciques à Brachystegia laurentii, dont la strate
arborescente est dominée par le Brachystegia laurentii, accompagnée de Cola
sp, Garcinia sp, Diospyros sp et Isolana prunelii;
- forêts secondaires, dominées à l'âge adulte par Scorodophloeus
zenkeri, Pycnanthus angolensis, Fagara macrophylla, Canarium schweifurtii.
Dans les vallées du fleuve et de ses tributaires, on rencontre des
prairies aquatiques à Echinochloa stagminina, Echinochloa pyramidalis
et Vassia cuspidata ainsi qu'une végétation arbustive périodiquement
inondée nettement monospécifique à Calchoretum cordifoliae. On y
signale également des forêts insulaires, avec prédominance de Bridelia
ipicolo, Ficus mucuso et Spondianthus preussii. Les autres espèces
caractéristiques sont: Entandrophragma palustre, Myrianthus scandens,
Mystragyne stipulosa.
Un relevé faunique n'y a pas encore été réalisé. On peut néanmoins
admettre que le cortège y est le même que celui existant dans la zone équatoriale.
Le siège de la station-mère est situé à Yangambi.
2°) La Réserve de la Luki
La Réserve forestière de la Luki fut créée en janvier 1937 et sa gestion
fut confiée à l'Institut National pour l'Etude Agronomique du Congo (INEAC).
Ce ne sera qu'en 1979 que ce domaine forestier sera reconnu comme faisant
partie du Réseau Mondial des Réserves de la Biosphère de l'UNESCO. Sa
gestion a été alors confiée au Comité National MAB/Congo.
Cette réserve est située entre 13°10' et 13°15' de longitude Est et 5°35'
et 5°43' de latitude Sud. Elle a une superficie de 33.000 hectares.
L'altitude varie de 150 à 500 m. Elle est caractérisée par une série de
collines ayant parfois des crêtes inaccessibles et des pentes de l'ordre de
10 à 15 %. Les vallées, très encaissées, sont fréquemment sèches.
L'ensemble de l'écosystème appartient entièrement au bassin hydrographique
de la rivière Luki, affluent de la Lukunga se jetant dans le fleuve Congo.
La végétation de terre ferme comprend:
- une formation méssicole et végétale comprenant les espèces suivantes:
Bidens pilosa, Sida acuta, Croton hirsitus, Cyathula prostata, Synedrella
nodiflora, Ageratum conyzoïdes, Panicum brevifolium, Mecuna preuriens,
Commelina capitala, Passiflora foctida, Phyllanthus niruri, Digitaria
polybotrya, Mikania chenopodifolia et Urena lobata
- une formation gascaricole constituée des groupements gascaricoles herbeux
et des groupements gascaricoles arbustifs;
- une végétation de forêts secondaires jeunes et de forêts secondaires
adultes. Les premières occupent de faibles étendues et résultent de l'évolution
normale de la végétation post-culturale ou de la reforestation des savanes
protégées contre le feu. Les essences caractéristiques sont: Terminalia
superba et Xylopia sp.;
- des forêts primaires à Gossweilleredendron balsamiferium et à
Gilletiondendron kisantuense ainsi que des forêts hétérogènes remaniées
à dominance locale de quelques essences, telles que Guarea cedrata,
Staudtia stipitata, Ganopyllum giganteum, Nesogordiana leplaei, Gambeya
lacourtiana;
- des savanes arbustives soumises au régime des feux courants, dominées par Hypparhenia
diplandra, Hypparhenia filipendula, Hypparhenia familiaris, Brachiaria
mizantha, Becheropsis uniseta.
La végétation semi-aquatique est composée de grandes herbacées vivaces,
de sous-arbustes et de ptéridophytes. La composition floristique de la végétation
aquatique est essentiellement composée de Polygonum salicifolium,
Polygonum panigera, Cyclosurus striatus, Acroceras zizanoides, Struchum
spargonophora, Cyperus haspan, Scleria raremosa, Fuirena umbellata, Commelina
diffusa, Psophocarpus scandens.
3°) La Réserve de la Lufira
D'une superficie de 27.000 hectares, cette réserve est située dans le
Sud-Est du Congo. Reconnue par l'UNESCO en 1979, elle est actuellement quasi
abandonnée par manque de moyens matériels et financiers. Elle visait, à sa
création, l'étude des interactions entre les activités humaines et les
terres à pâturages en vue de dégager une méthode de lutte contre la dégradation
et l'érosion du sol.
5.3.4. Les réserves forestières
Les réserves forestières ont pour objectif de protéger la forêt
naturelle, de promouvoir la recherche sylviculturale, voire d'enrichir la forêt
naturelle en vue de promouvoir la production de bois industriel et de bois de
feu. Environ 517.165 hectares de la superficie du pays sont protégés sous
forme de réserves forestières.
Il n'existe en principe aucun texte juridique de leur gestion. Les quelques
textes actuellement disponibles datent de l'époque coloniale.
La gestion de ces réserves relève du Ministère de l'Environnement,
Conservation de la Nature et Tourisme, par le biais de la Direction de Gestion
des Ressources Naturelles Renouvelables (DGRNR).
5.3.5. Les jardins zoologiques et botaniques
Ceux-ci sont sous la responsabilité de l'Institut des Jardins Zoologiques
et Botaniques du Congo (IJZBC) institué par ordonnance nE 78-215 du 5 mai
1978.
Il existe trois jardins zoologiques situés respectivement à Kinshasa,
Kisangani et Lubumbashi, ainsi que trois jardins botaniques situés à Kisantu
dans le Bas-Congo, à Eala dans la Région de l'Equateur et à Kinshasa (Parc
de la Révolution).
5.3.6. Les secteurs sauvegardés
La loi n° 75-024 du 22 juillet 1975 définit le principe de leur création
et en fixe le cadre juridictionnel, de même que le cadre organique.
Aux termes de cette loi, il en résulte que tout secteur non soumis aux
servitudes humaines reconnues légalement et présentant un intérêt
particuler du point de vue de la conservation, de la restauration ou du développement
doit être sauvegardé.
D'autres textes de loi ou de réglementation formulent des restrictions spécifiques
relatives à la pêche, à la chasse, aux usages privés et publics et à
l'exploitation des ressources naturelles; bref, de toute action pouvant
inhiber le développement de la faune et de la flore.