CHAPITRE 5: IMPACT DES ACTIVITÉS HUMAINES SUR LA
RICHESSE SPÉCIFIQUE
5.1. POPULATION HUMAINE, FACTEURS SOCIO-ÉCONOMIQUES ET
BIODIVERSITÉ
5.1.1. Généralités
5.1.2. Population et biodiversité
5.1.3. Facteurs culturels et biodiversité
5.1.4. Facteurs économiques et biodiversité
5.2. IMPACTS DE L'ACTIVITÉ HUMAINE SUR LES ÉCOSYSTÈMES
5.3. STATUT ET CARACTÉRISTIQUES DES AIRES PROTÉGÉES (Annexe 4)
5.1. POPULATION HUMAINE, FACTEURS SOCIO-ÉCONOMIQUES ET
BIODIVERSITÉ
5.1.1. Généralités
L'importance de conserver la diversité biologique est indéniable en vue de
pérenniser les ressources biologiques indispensables au développement socio-économique
durable du pays.
Pour la République Démocratique du Congo, dont l'abondance et la variété des
ressources biologiques en font une grande puissance environnementale tant au niveau du
continent africain qu'à celui de la planète, les systèmes socio-économiques formel et
informel existant dans le pays semblent mettre en dualité l'urgence de conserver les
ressources biologiques avec l'impérieuse nécessité de survie des populations et de
développement.
Du point de vue de la biodiversité, les facteurs humains comptent parmi les éléments
fondamentaux de la gestion des écosystèmes. En effet, l'homme joue tour à tour le rôle
de destructeur et de protecteur de l'environnement.
Compte tenu de cet impact de l'homme et dans l'intérêt d'une gestion rationnelle de la
biodiversité, il y a lieu d'examiner brièvement les données relatives à la
démographie, à la culture et à l'économie.
5.1.2. Population et Biodiversité
En 1955, le Congo comptait environ 13 millions d'habitants. Selon les projections
faites sur la base des résultats du dernier recensement, le pays comptait en 1995 une
population estimée à 43 millions. Le taux d'accroissement naturel de la population est
passé de 2,2 % en 1955 à 3,1 % lors du recensement de 1984. Avec ce rythme
d'accroissement naturel, la population congolaise pourrait doubler en moins de 25 ans.
Cet accroissement de la population affecte davantage l'urbanisation du pays. En effet, la
population urbaine au Congo s'élève à presque 40% de la population totale du pays. Elle
est légèrement supérieure à la moyenne africaine qui est d'environ 34%.
Ce taux a presque doublé en 30 ans, passant de 22,6% en 1960 à 39,5 % en 1990. Il est
estimé que près de 50 % de la population du Congo vivra dans les centres de 5.000
habitants et plus en l'an 2.000.
A titre d'illustration, la population urbaine est passée de 3,4 millions d'habitants en
1960 à 12 millions en 1984. Cette évolution représente un taux annuel de 5,3 %. Pour la
période 1970-82, les Nations Unies ont estimé à 7,6 % le taux de croissance urbaine du
Congo.
La croissance rapide de la population urbaine signifie donc que la taille des principales
villes du pays s'agrandira. Cette situation s'accompagnera d'une augmentation des services
urbains tels que le logement, les routes, l'adduction d'eau, l'assainissement, les
établissements scolaires, les centres hospitaliers, etc. La construction de toutes ces
infrastructures va nécessiter de grands travaux qui auront des impacts importants sur
l'environnement.
En matière de surfaces cultivables, le Congo est un pays aux terres agricoles
abondantes. Cependant, la superficie des terres arables mises en exploitation ne progresse
pas aussi rapidement que la population. De 1973 à 1983, les terres arables ont augmenté
de 2,1% par an. Au cours de la même période, l'accroissement démographique a été de
2,5 % environ par an.
En 1983, on comptait à peu près 0,32 ha par habitant pour une population agricole
représentant presque 60 % de la population totale. Au cours des dernières années, cette
proportion a chuté à moins de 0,2 ha de terres arables en production par habitant. La
superficie des terres arables mises à la disposition de chaque individu devrait continuer
à diminuer au cours des prochaines années.
La satisfaction des besoins alimentaires du pays et principalement la culture du riz, du
manioc, du maïs et du mil exigera de grandes surfaces de terres dans la mesure où les
méthodes culturales resteront encore longtemps archaïques. Les sols occupés par ces
cultures deviendront victimes de l'érosion et de la désertification, si aucune
stratégie de conservation appropriée n'est envisagée.
Un autre domaine où les pressions démographiques ne cessent de s'exercer est celui
des ressources forestières. En effet à cause du faible niveau de revenu des ménages et
du coût relativement élevé des sources d'énergie autres que le bois, l'accroissement
non maîtrisé de la population se traduira dans les années à venir par une demande
accrue de consommation de bois de chauffe. Ce qui, avec l'exploitation irrationnelle des
ressources forestières qui caractérise les Congolais, entraînera une déforestation
très importante et de ce fait une déstabilisation des écosystèmes forestiers.
5.1.3. Facteurs culturels et biodiversité
Les sociétés africaines évoluent dans un environnement imprégné des valeurs
symboliques qui reposent sur un fond culturel dont il faut tenir compte pour la mise en
oeuvre de tout programme de conservation et de protection de la biodiversité.
En effet, de même que l'accroissement de la population entraîne des risques graves sur
la protection des écosystèmes, il faut souligner que la diversité des cultures et leurs
particularités régionales influent considérablement sur la gestion de la biodiversité.
Ces pratiques culturelles sont observables à travers les activités de santé, de
l'économie agricole, des habitudes alimentaires et de la gestion des arbres sacrés.
Cependant, l'étude des impacts des facteurs culturels sur la biodiversité devrait être
rapidement entreprise pour déterminer l'influence de ces facteurs sur la gestion de la
diversité biologique.
5.1.4. Facteurs économiques et Biodiversité
L'activité économique de l'homme exerce sur les ressources naturelles une pression
qui ne manque pas de susciter des inquiétudes par la dégradation qu'elle occasionne sur
l'environnement et les menaces écologiques qu'elle suscite pour les générations à
venir. Ces dernières peuvent être observées à travers les activités agricoles,
industrielles, d'élevage, de pêche, d'exploitation forestière, de pharmacopée, de
tourisme, de chasse et de cueillette.
Dans le secteur des ressources halieutiques, dont les potentialités varient de 300.000
à 700.000 tonnes, les activités de pêche reposent sur un nombre restreint d'espèces de
poissons, soit 1 à 7 % d'espèces inventoriées. La surexploitation de ces espèces
présente un risque d'extinction dans la mesure où les techniques utilisées, comme
l'utilisation des plantes à poison (Tephrosia vogelii), des pesticides et des
filets à mailles inappropriées, ont une forte capacité de destruction.
L'agriculture, malgré la publicité qui entoure sa pratique et son développement,
constitue la menace la plus importante sur la destruction de la biodiversité. D'emblée,
il faut préciser que l'accroissement de cette menace s'est accentué au cours de ces
dernières années.
Dans la société traditionnelle, la menace était faible dans la mesure où les
populations vivaient dans une sorte de symbiose renouvelée avec leur environnement. En
effet, les instruments utilisés, tels que la houe, la machette, le coupe-coupe, la
bêche, etc., n'offraient pas de risques majeurs de destruction massive des écosystèmes
forestiers ou de savane. De plus, le type d'agriculture basé sur l' autosubsistance se
fondait sur l'exploitation des espaces très limités avec une longue période de jachère
permettant une régénérescence des espaces cultivés pendant quelques temps et, de ce
fait, contribuait à la conservation et à la protection de la biodiversité.
Les considérations évoquées ici peuvent utilement être étendues à la chasse et à
la pêche qui obéissaient à des rythmes saisonniers assez rigides en vue de permettre la
reproduction des poissons et des gibiers pendant ces périodes de délaissement.
L'utilisation du panier, des nasses, des arcs et des flèches ainsi que des pièges ne
permettaient qu'une exploitation très limitée des écosystèmes.
Le rythme croissant de destruction de la biodiversité n'est apparu qu'avec le
phénomène colonial et l'intensification de l'urbanisation. Cette surexploitation des
écosystèmes a encore été accentuée par l'introduction de l'agriculture mécanisée
utilisant des engins à forte capacité de destruction et par la mise en uvre des
politiques agricoles privilégiant les cultures de rente au détriment des cultures
d'autosubsistance.
De même, dans le domaine de la chasse, l'exploitation à grande échelle des gibiers
avec des moyens technologiques modernes constitue aujourd'hui une menace de destruction
intensive de la biodiversité.
D'après la Division "Chasse" de la Direction de Gestion des Ressources
Naturelles Renouvelables (DGRNR), responsable de cette activité, il y a près de 10 ans
que les activités de la chasse échappent au contrôle de l'Administration Publique.
Aussi, il est très difficile en ce moment de déterminer le rendement des activités de
la chasse au Congo, étant donné qu'aucune information statistique relative à la
production de la chasse n'est disponible. Néanmoins, les entités locales continuent à
exploiter la faune pour leurs besoins de subsistance et pour l'approvisionnement du
marché local.
Selon la Banque Centrale du Congo, les statistiques de production de la chasse sont
passées de 76.000 tonnes en 1988 à 81.000 tonnes en 1992.
En dépit de cela, divers permis de capture, d'abattage, de détention et d'exportation
des espèces de la faune et de la flore totalement ou partiellement protégées ainsi que
de leurs sous-produits (peaux, dents, cornes, etc.) continuent à être délivrés par la
Division de la Chasse du Ministère de l'Environnement, Conservation de la Nature et
Tourisme.
La liste des espèces animales et végétales totalement ou partiellement protégées
figurent aux tableaux 30 et 31.
Dans le secteur forestier, la forêt couvre au Congo plus de la moitié du territoire
national, avec près de 125 millions d'hectares de forêts denses représentant 47 % de
l'ensemble des forêts denses africaines. Cette forêt renferme une énorme diversité
biologique.
La production totale du bois industriel oscille, depuis quelques années, autour de
500.000 m3. On peut y ajouter la production artisanale dont les estimations se
chiffrent à près de 2 millions de m3 et les 40 millions de m3 des
bois de feu.
Par ailleurs, il faut signaler l'importance de produits forestiers non ligneux qui
représentent 90 % des calories consommées par la population mondiale mais dont on ne
dispose pas de données suffisantes pour le Congo.
Malgré son énorme potentiel forestier concentré dans la Cuvette Centrale, le Congo
connaît dans certaines régions un déficit en bois de feu, bois de service et bois
d'uvre conjugué à une forte dégradation des sols, conséquence d'une utilisation
abusive des ressources forestières par une population en constante augmentation.
La coupe massive du bois pour les besoins d'énergie-bois et le braconnage sont deux
menaces majeures pour la diversité biologique.
Les activités touristiques peuvent porter atteinte à la diversité biologique en
provoquant l'accroissement de la demande de certains produits de la flore et/ou de la
faune. D'où, la nécessité d'organiser un tourisme qui n'endommage ni l'environnement,
ni le patrimoine culturel.
Il y a lieu d'harmoniser les rapports entre les populations locales et les zones
protégées afin d'éviter des conflits de gestion des terres et de mieux préserver la
diversité biologique, notamment en organisant des activités de développement social et
économique en faveur des populations vivant à la périphérie ou même à l'intérieur
des parcs et des zones protégées.
Dans le secteur de la pharmacopée, chaque société traditionnelle possède une vaste
connaissance des plantes utilisées pour la médication. Les forêts et les savanes
congolaises sont des réservoirs importants des essences médicinales.
Au niveau local, il existait des mesures de conservation et de protection des espèces
médicinales. En effet, dans chaque village, plusieurs plantes domestiques à vertu
médicinale étaient interdites de destruction. L'on peut citer le papayer, le citronnier,
le nkamba, le nkenge-kiasa, etc.
Plusieurs ouvrages sur les plantes médicinales au Congo et plusieurs études sur la
portée pharmacologique de certaines essences forestières ou de savane décrivent
largement les pratiques culturelles en vigueur dans chaque société en ce qui concerne la
coupe ou la cueillette des plantes médicinales ainsi que sur le statut des personnes
habilitées à le faire.
Beaucoup d'autres aspects de l'utilisation médicale et domestique des espèces animales
et végétales restent encore à explorer.