CHAPITRE 1: MICRO-ORGANISMES AQUATIQUES
(PROCARYOTES)
1.1. MICRO-ORGANISMES AQUATIQUES
1.1.1. Micro-organismes des eaux douces (Cyanobactéries)
1.1.1.1. Les algues bleues (Cyanobactéries)
1.1.1.2. Les bactéries, les champignons (fungi) et les protozoaires
1.1.2. Bactéries aquatiques
1.2. MICRO-ORGANISMES TERRESTRES
1.2.1. Micro-organismes associés aux plantes du Congo
1.2.1.1. Les micro-organismes de la rhizosphère
1.2.1.2. Les moisissures et producteurs de mycotoxines
1.2.2. Micro-organismes interagissant avec l'homme et les animaux
1.2.2.1. Les micro-organismes pathogènes
1.2.2.2. Les micro-organismes et production d'enzymes
1.3. MENACES
1.3.1. Menaces de l'environnement sur les microbes
1) Radiations
2) Humidité et tension d'oxygène
3) Acidité
4) Température
5) Apport de matière organique
6) Relations entre organismes du sol
1.3.2. Effets des microbes sur les êtres vivants
L'état de la biodiversité au Congo dans les écosystèmes aquatiques et
terrestres est présenté en considérant la hiérarchie taxonomique, basée
sur le mode d'organisation cellulaire, et suivant les deux règnes du monde
vivant (règne des Procaryotes et celui des Eucaryotes).
1.1. MICRO-ORGANISMES
Les micro-organismes aquatiques regroupent les espèces d'eaux douces, des
eaux côtières et marines.
1.1.1. Micro-organismes des eaux douces (Cyanobactéries)
Les eaux douces sont dans des milieux très variés comprenant les lacs,
les fleuves, les rivières, les ruisseaux, les étangs, les mares ainsi que
les zones humides associées.
Les micro-organismes qui y vivent sont les Algues, les Bactéries, les
Champignons et les Protozoaires.
1.1.1.1. Les algues bleues (Cyanobactéries)
L'étude de la flore algologique du Congo a débuté en 1889 avec le
travail de DE WILDEMAN intitulé "Quelques mots sur la flore algologique
du Congo" (SYMOENS, Biblio 1963).
De la quarantaine de travaux publiés sur la flore algale du Congo, une
trentaine l'ont été durant la période coloniale et se rapportaient surtout
aux lacs.
Jusqu'alors, les renseignements sont fragmentaires et, surtout, basés sur des
échantillons ponctuels.
Les présents résultats proviennent de la compilation des données tirées
d'une dizaine de travaux actuellement disponibles.
Le dépouillement de la littérature indique que la flore algologique des eaux
douces du Congo compte environ 1.000 espèces réparties en plusieurs groupes
systématiques.
Le tableau 1 donne l'état actuel des connaissances, des groupes systématiques
de la flore algale du Congo.
Tableau 1: Groupes systématiques de la flore algale du Congo
| GROUPE SYSTEMATIQUE |
NOMBRE DE TAXONS |
POURCENTAGE(%) |
| Diatomées |
369 |
36.9 |
| Desmidiées |
246+/- |
19.3+/- |
Chlorophycées
(autres que les Desmidiées) |
158+/- |
9.8+/- |
| Euglénophycées |
80 |
8 |
| Cyanophycées |
135 |
13.5 |
| Dinophycées |
2 |
0.002 |
| Xanthophycées |
3 |
0.003 |
| Chrysophycées |
4 |
0.004 |
| Cryptophycées |
1 |
0.001 |
| TOTAL |
1000+/- |
100 |
1.1.1.2. Les bactéries, les champignons (fungi) et les protozoaires
Les micro-organismes appartenant à ces catégories ont été rassemblés
à partir d'une dizaine de travaux publiés après l'accession du Congo à
l'indépendance et dont sept sont inédits.
A l'instar des Algues, les renseignements sont fragmentaires et ce, malgré
l'importance scientifique, technique et économique grandissante des bactéries,
champignons (fungi) et des protozoaires dans les biotechnologies.
Soixante espèces bactériennes et seulement une dizaine des champignons
aquatiques ont été dénombrées jusqu'au niveau générique.
Les protozoaires comptent environ quatre-vingt-dix espèces, dont 26 taxons
n'ont été identifiés qu'au niveau générique.
1.1.2. Bactéries aquatiques
Les micro-organismes des eaux côtières et marines n'ont pas encore été
systématiquement relevés en dépit de l'existence de certains travaux signalés
dans la littérature (Hustedt H., Biblio 1956a, Hustedt H., 1956b).
Quelques Algues ont cependant été récoltées dans l'estuaire du fleuve
Congo (zone côtière: bief Banana-Boma). La liste arrêtée à ce jour
comprend les Chlorophycées et les Diatomées.
1.2. MICRO-ORGANISMES TERRESTRES
Les micro-organismes terrestres sont associés aux plantes ou interagissent
avec l'homme et les animaux.
1.2.1 Micro-organismes associées aux plantes du Congo
Il s'agit des micro-organismes de la rhizosphère, du sol, de la
fermentation et des moisissures.
1.2.1.1. Les micro-organismes de la rhizosphère
Les études des relations entre les plantes et les micro-organismes se sont
nettement accrues au cours de ces dernières années, grâce à la
microbiologie, à la biologie moléculaire et au choix des modèles sur
lesquels de nombreuses équipes collaborent. C'est le cas des symbioses "Rhizobium-Légumineuses",
des associations "Azospirillum-Céréales", "Pseudomonas-Plantes
cultivées", des "Mycorrhizes" et des bactéries et
champignons phytopathogènes.
Les travaux sur les bactéries du genre Rhizobium, Bradyrhizobium
et apparentées, ainsi que d'autres micro-organismes fixateurs de l'azote moléculaire
permettent d'estimer dans de nombreux cas l'apport de ces systèmes comme
engrais biologique au Congo.
Ces systèmes ont de grandes applications en agriculture et en agroforesterie
et permettent d'accroître les rendements ainsi que la productivité protéique
des plantes, et d'améliorer les sols de culture.
1.2.1.2. Les moisissures et producteurs de mycotoxines
Il a été établi que certaines espèces des moisissures des denrées
alimentaires du Congo avaient la propriété de synthétiser les aflatoxines,
substances à action cancérogénétique sur les animaux, en présence d'une
forte humidité relative (80-90%) et d'une température élevée (20-35°C).
Ces produits, qui se retrouvent dans presque la quasi-totalité des
productions végétales des zones tropicales, sont reconnus être responsables
du cancer primaire du foie chez l'homme. Ils ont de ce fait une incidence sur
la santé publique et l'économie dans nos régions.
La majorité des souches isolées appartiennent au genre Aspergillus,
au sein duquel l'espèce flavus est dominante dans les patates douces,
les arachides et les cossettes de manioc. La liste des principales espèces
mycotoxiques est fournie dans le tableau 2.
Tableau 2: Moisissures isolées des denrées du Congo
| SOUCHE |
ORIGINE |
| Aspergillus flavus Lin. |
Arachides, bananes, cossettes de manioc,
elensine, patate douce, sorgho non germé, farine de maîs |
| A. flavus, var. colummaris |
Farine de maîs, patate douce |
| A. ficuum (Reich) |
Arachides, sorgho germé |
| A. avanaceus Smith |
Cossette de manioc |
| A. versicolor (Vuill. Tir) |
Farine de maîs, sorgho germé |
| A. ochraceus Will |
Farine de maîs, sorgho germé |
| A. japonicus Saito |
Farine de manioc |
| A. niger V.Tieghem |
Farine de manioc, sorgho non germé |
| A. fumigatus Fres |
Patate douce |
| A.fumigatus, var. ellipticus |
Sorgho non germé |
| A. parasiticus Speare |
Pomme de terre, sorgho germé |
| A.carbonarius (Bainier) Thom |
Sorgho germé |
| Mucor sp |
Arachides, bananes, cossettes de manioc,
farine de maîs, patate douce,pomme de terre, sorgho germé |
| Penicillium vertinum sorgho, var. beyma |
Eleusine, farine de maîs, sorgho germé |
| P. frequentans Weslling |
Farine de maîs |
| Trichoderma harzianum Rifai |
Farine de maîs |
1.2.2. Micro-organismes interagissant avec l'homme et les animaux
Ces micro-organismes pathogènes sont soit d'origine humaine ou vétérinaire,
soit utilisés dans la production d'enzymes.
1.2.2.1. Les micro-organismes pathogènes
Les micro-organismes pathogènes regroupent les bactéries et les parasites
unicellulaires (Protozoaires). Ils font l'objet de nombreuses recherches. De
très nombreuses souches bactériennes ont été isolées et identifiées en
milieu hospitalier et dans les laboratoires vétérinaires. Le tableau 3 présente
quelques micro-organismes endémiques au Congo.
Tableau 3: Micro-organismes d'intérêt médical
A. HELMINTHES
Ascaris lumbricoides
Enterobius vermicularis (Oxyure)
Trichuris trichiura (Trichocephale)
Stronglyloides stercoralis (Anguillule)
Ancylostoma duodenale
Nectar americanus
Toxocara canis
Wuchereria bancrofti
Onchocerca volvulus
Loa loa (eye worm)
Mansonella perstans
Mansonella streptocerca
Cooperia sp
Monodontella giraffae
Tricuris globulosa
Tricuris ovis
Oxyuris sp
Ankylostoma sp
B. PROTOZOAIRES
Giardia lamblia
Trichomonas vaginalis
Trichomonas hominis
Entamoeba histolyca
Isospora belli
Cryptosporidium
Toxoplasma gondii
Plasmodium falciparum
Trypanosoma brucei
C. CHAMPIGNONS
Candida albicans
Candida tropicalis
Candida kruse
Cryptococcus neoformans var neoformans
Cryptococcus neoformans var gattii
Histoplasmose duboisii
Mycetoma
D. BACTÉRIES ET ENTÉROBACTÉRIES
Staphylococcus aureus Rosenbach
Staphylococcus epidermis (Winslow and Winslow) Evans
Staphylococcus saprophyticus Fairbrother
Streptococcus pyrogenes Rosenbach
Streptococcus pneumoniae Méningite (Klein) Chester
Streptococcus bovis Orla-jensen
Enterococcus agalactiae
Streptococcus viridans
Streptococcus fecalis Andrewes and Horder
Neisseria gonorrhaeae
Neisseria meningitidis
Salmonella isangi
Salmonella matadi
1.2.2.2. Les micro-organismes et production d'enzymes
Les levures, moisissures et bactéries disposent d'un arsenal d'enzymes qui
connaissent de nombreuses applications, notamment dans les industries
agro-alimentaires et pharmaceutiques.
Ci-dessous, quelques micro-organismes rencontrés notamment dans les aliments
au Congo.
Tableau 4: Micro-organismes rencontrés dans les aliments
Clostridium botulinium
Staphybioccus aureus
Salmonella
Streptococcus
Shigella
Mycobacterium tuberculosis
Clostridium thermosac-charolyticum
Clostridium nigrificans
Clostridium sporogene
Clostridium putrefaciens
Lactobacillus thermophilus
Escherichia coli
Serratia
Flavobacterium
1.3. MENACES
1.3.1. Menaces de l'environnement sur les microbes
La croissance des micro-organismes dans la nature est plus complexe que
celle des micro-organismes cultivés en laboratoire. Les conditions
environnementales naturelles paraissent plus pauvres en éléments nutritifs
et l'apport d'éléments nutritifs est généralement un facteur limitant. La
limitation en éléments nutritifs provoque des grandes compétitions entre
les populations et réduit la vitesse de croissance. Les micro-organismes
vivent dans des écosystèmes variés dans lesquels tout déséquilibre et
changement peuvent constituer une menace pour leur croissance et leur survie.
Plusieurs facteurs environnementaux affectent la densité et la composition
des flores bactériennes et fongiques du sol.
1°) Radiations
Les radiations ultra-violettes (longueurs d'ondes 200-310 nm) sont
microbicides, car ces longueurs d'ondes sont absorbées par les acides nucléiques,
ce qui endommage la structure et la fonction de ces derniers.
Les Ultrat-violets (U.V.) peuvent être produits artificiellement, mais les
radiations solaires en contiennent. Les U.V. sont donc responsables des effets
microbicides des radiations solaires.
Les radiations ionisantes (ex. Rayons-X et rayons gamma, etc.) sont également
mutagènes et microbicides.
2°) Humidité et tension d'oxygène
Ces deux paramètres sont liés. Les sols très humides sont hostiles à la
prolifération de nombreuses espèces de bactéries, à cause de la diminution
d'aération des pores remplies d'eau. Les inondations des sols entraînent
donc l'élimination des espèces aérobiques. Mais, à l'autre extrême, le
dessèchement du sol réduit sensiblement l'activité métabolique et le
nombre des cellules bactériennes.
Les champignons filamenteux sont aérobiques stricts et croissent près de la
surface du sol. Dans les sols inondés, la quantité de mycélium sera réduite.
3°) Acidité
Les conditions très acides et très alcalines inhibent la croissance des
nombreuses bactéries. Les pratiques agricoles ajustant les pH des sols près
de la neutralité, comme le chaulage, peuvent accélérer la croissance bactérienne.
Mais, les moisissures peuvent croître à des pH très acides ou alcalins, en
l'absence des bactéries inadaptées.
4°) Température
L'élévation de la température affecte la survie et la croissance des
micro-organismes selon leur nature. Les bactéries mésophiles constituent la
majorité des bactéries du sol; les vraies psychophiles sont rares ou
absentes.
La majorité des champignons sont mésophiles; les thermophiles ne sont pas
communs.
5°) Apport de matière organique
Du point de vue nutritionnel, la grande majorité des bactéries du sol sont hétérotrophes.
La matière organique qui sert de source d'énergie provient de l'activité
photosynthétique des plantes supérieures. Il faut de grandes quantités de
matière organique dans le sol pour soutenir les besoins des populations bactériennes.
La disponibilité en matière organique est un facteur limitant pour la
croissance microbienne.
En effet, l'apport des résidus de récoltes ou de fumures organiques entraîne
une augmentation du nombre des micro-organismes hétérotrophes (bactéries et
champignons).
Dans les sols avec une grande couverture végétale, les matériaux exsudés
à partir des racines stimulent les micro-organismes, notamment ceux de la
rhizosphère.
Le déboisement, la destruction ou l'absence de la végétation peuvent
constituer une menace importante pour la croissance des micro-organismes.
6°) Relations entre organismes du sol
Diverses chaînes alimentaires existent dans le sol au sein desquelles un
organisme donné sert de proie à un autre; par exemple, les nématodes
s'attaquent aux bactéries, aux fungi et aux protozoaires, de même qu'à
d'autres nématodes.
1.3.2. Effets des microbes sur les êtres vivants
La principale menace des microbes sur les êtres vivants se traduit par la
pathogénécité des micro-organismes sur les plantes et les animaux.
Ceci amène l'homme à se défendre contre ces microbes indésirables pour lui
en mettant au point des mécanismes pour les maîtriser, voire les detruire.
L'homme a mis au point des drogues capables d'éliminer les microbes en préservant
ses propres cellules: ce sont des substances ayant une toxicité sélective.
Un grand nombre de substances anti-microbiennes ont un effet préventif ou thérapeutique.
Certains anti-microbiens tuent principalement les cellules microbiennes (bactéricides)
tandis que d'autres inhibent seulement leur croissance (bactériostatiques).
Les substances anti-microbiennes proviennent principalement de deux sources:
les extraits de plantes et d'autres composés chimiques, et les produits de
cellules microbiennes (antibiotiques).
En outre, d'autres techniques d'élimination des microbes ont été mises au
point: autoclavage (utilisation de la chaleur humide), utilisation de la
chaleur sèche, filtration, pasteurisation et irradiation.