Etat de la diversité biologique en République Démocratique du Congo
Annexes techniques


VOLET 13: BIOTECHNOLOGIE

13.1. INTRODUCTION

La biotechnologie englobe toutes les interventions humaines susceptibles de modifier les plantes ou les animaux pour mieux les adapter aux besoins des populations. Les techniques de travail font appel aux manipulations en milieu artificiel et relèvent généralement de la biologie moléculaire ou cellulaire. D'où l'utilisation d'un appareillage sophistiqué avec de ressources financières conséquentes.
La situation actuelle de la République Démocratique du Congo, caractérisée par un crise politique ayant des conséquences graves sur l'économie et le social du pays, ne favorise pas l'essor de la biotechnologie du Congo. Et pourtant, il existe des investigations d'importance scientifique considérable. Ces dernières sont présentées dans les lignes qui suivent en fonction de leur domaine d'application.

13.2. BIOTECHNOLOGIES INVENTORIEES AU ZAIRE

13.2.1. Dans le domaine agro-alimentaire

La République Démocratique du Congo possède une diversité de substrats glucidiques, protéiques et lipidiques dans sa flore et faune. Ceux-ci peuvent être transformés par des enzymes endogènes ou par des micro- organismes en aliments ; ce qui favoriserait l'essor de la biotechnologie alimentaire. les produits, tels que le pain, la bière, le fromage, le yaourt, le lait, etc., fabriqués au Congo en sont une illustration.
Sur le plan agricole, le manioc constitue une denrée de première nécessité pour les populations congolaises. Son rouissage se fait traditionnellement dans les eaux stagnantes ou étangs pendant 3 jours. Actuellement, Yandju (1995) a mis au point une méthode de rouissage de manioc à l'air libre à partir des bactéries et levures. Par manque de fonds de vulgarisation, cette technique s'est cantonnée dans la ville de Kisangani.
Chez les bananiers, Dhed'à Djailo (1992) a mis au point la culture de suspensions cellulaires embryogéniques et la régénération en plantules des bananiers et bananier plantain par embryogenèse somatique à partir des tissus somatiques (apex méristématique). Cette recherche a été effectuée au laboratoire de culture tropicale de la K.U. Leuven Belgique, avec la participation financière du Gouvernement Belge (AGCD).
Sur le plan de la fermentation en région zambézienne, au Congo, dans la Province du Katanga, et en Zambie, le terme "Munkoyo" désigne une boisson traditionnelle et rituelle faiblement alcoolisée (teneur en alcool : mois de 2 % en volume) et aussi les racines utilisées pour la confection du breuvage.
A Kiembe, comme dans la plupart des villages du Sud du Katanga, la fabrication de la bière "Munkoyo" se fait sans mystère, au vu et au su de tous. Activité traditionnelle, le brassage est affaire de femmes. La femme qui brasse, mélange dans un récipient placé sur feu de bois de la farine de céréales avec de l'eau et liquéfie instantanément l'empois d'amidon formé en plongeant dans la pâte amylacée des racines battues des plantes "Munkoyo". Ensuite, elle abandonne le liquide placé dans d'énormes calebasses au processus de la fermentation alcoolique. L'opération rentre dans le cadre des activités domestiques courantes. Sa formule est simple, tellement simple qu'elle paraît banale, néanmoins, elle est fascinante car elle met en lumière le sens aigu de l'observation des empiristes africains, qui sont les véritables auteurs de la découverte des propriétés des racines des "Munkoyo" et, faut-il le souligner, le "Munkoyo" constitue sans conteste une des pages les plus intéressantes de l'ethnobotanique africaine.
Le "Munkoyo" est une bouillie de farine de maïs, de manioc, de sorgho, cuite à l'eau, puis liquéfiée et partiellement hydrolysée par les alpha-amylases et les bêta-amylases présentes dans les racines des plantes "Munkoyo". La boisson est consommée le lendemain ou le surlendemain de sa fabrication après une légère fermentation lactique et alcoolique.
Le "Munkoyo" est la seule bière dont le schéma de fabrication fait appel à des enzymes exogènes.

Identité botanique des plantes "Munkoyo"
Les racines "Munkoyo" employées pour la confection de la boisson "Munkoyo" sont des Facaceae géosuffrutescentes. Pour fabriquer le "Munkoyo", les habitants du Katanga se servent communément des racines de :

- Eminia holubii (Hemsley) Taub. ;
- Rhynchosia insignis (Hoffm.) R.E. Fries subsp. insignis;
- Rhynchosia insignis (Hoffm.) R.E. Fries subsp. offinis (De Wild) Pauwels ;
plus rarement de Eminia harmsiana De Wild ;
et exceptionnellement de Vigna nuda N.E. Br.

Concernant l'étude sur la fabrication de la bière sur base de l'ananas, dans la mise au point d'une stratégie, il est à signaler que l'ananas est un fruit qui conduit, lui aussi, à une boisson fermentée, le "Mbamvu" ou bière d'ananas. Cette bière, qui est souvent la conséquence des difficultés de la récolte vers les grands centres de consommation, est devenue un produit coutumier, de saison, très prisé de ceux-là mêmes qui souvent n'ont pas de boisson de remplacement. D'ailleurs, la crise économique actuelle que traverse horriblement l'Afrique vient accentuer cette consommation, car il vaut mieux consommer local.
La fermentation du jus d'ananas étant spontanée, il est facile d'imaginer les risques que cela peut représenter avec cette possibilité de formation de produits de fermentation secondaire, peut-être toxiques.
Par ailleurs, ce système non maîtrisé ne peut faire l'objet d'une amélioration de production.
C'est pour résoudre ce double problème que nous proposons d'étudier la fabrication du "Mbamvu" dans la perspective de la mise au point d'une stratégie afin d'améliorer et de maîtriser la fermentation du jus d'ananas. Pour cela, différentes traitements sont étudiés pour nous intéresser à :

- l'état du jus à fermenter ;
- l'utilisation du maïs ;
- la souche de levure fermentative ;
- les conditions environnementales de la fermentation.

Les limites de l'étude qui sont nombreuses sont dues à la potentialité analytique de nos laboratoires modestes.

13.2.2. Dans le domaine de la santé

Il y a quelques techniques impliquées dans l'amélioration de la santé et de la croissance des végétaux ou animaux. Citons :

- la transformation par transfert de déterminants génétiques, chez les bactéries de Rhizobium japonicum à Agrobacterium tumefaciens et le transfert de C-DNA de l'hormone de croissance de l'homme chez le riz cultivé. Ces travaux sont réalisés au Centre Nucléaire de Kinshasa (CREN-K);
- la production des anticorps monoclonaux et des vaccins effectuée à l'Institut à l'Institut National de Recherche Biologique (INRB) et au laboratoire vétérinaire de Kinshasa respectivement ;
- des inventaires de plantes médicinales effectuées dans les régions abritant les trois grandes universités du pays (Kinshasa, Lubumbashi et Kisangani). leurs principes actifs sont mis en évidence et testés sur certaines souches microbiennes, voire maladies ;
- la production de l'alcool dénaturé pour les hôpitaux et laboratoires et du CO2 à partir des mélasses par les compagnies sucrières de Kwilu-Ngongo et de Lutokila.

13.3. BIOSECURITE AU CONGO

Les données ne sont pas disponibles par manque d'une structure scientifique appropriée. Néanmoins, en ce qui concerne la culture de suspensions cellulaires embryogéniques et la régénération en plantules par embryogenèse somatique chez le bananier et le bananier plantain : Musa balbisiana (BB), Three hand Planty (AAB), Bluggoe (ABB), Saba (ABB), Cardaba (ABB), les études de la variation somaclonale effectuées sur ces plantes en plein champ n'a mis en évidence qu'un pourcentage négligeable (0,7 %) de somavariants chez le Bluggoe.

13.4. CONCLUSION

Le relevé biotechnologique effectué dans le présent travail n'est pas exhaustif. Il laisse entrevoir plusieurs possibilités biotechnologiques dans l'immensité du Congo mais qui seraient ignorées du grand public.
En revanche, la biotechnologie traditionnelle, qui n'a pas fait l'objet d'un détail, connaît bien d'application au Congo.
Quant à la biodiversité, notre pays n'est pas doté d'institutions chargées de la réglementation et du contrôle de toutes les innovations biologiques ainsi que la législation nouvelle.

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Dernière mise à jour: le 20-04-2005


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