Etat de la diversité biologique en République Démocratique du Congo
Niveau de connaissance, utilisation, gestion et menaces


CHAPITRE 2: FLORE ET VÉGÉTATION

2.1. FLORE
2.2. VEGETATION
2.2.1. Facteurs édaphiques et climatiques
2.2.1.1. La physiographie
2.2.1.2. Le climat
2.2.2. Cadre phytogéographique
2.2.2.1. La région guinéo-congolaise
2.2.2.2. La région zambézienne
2.2.2.3. La région soudanienne
2.2.2.4. La région morcelée montagnarde
2.2.2.5. Les zones de transition
2.2.3. Types de végétation
2.2.3.1. La végétation des sols de terre ferme et hydromorphes
1) La forêt dense
2) Les forêts claires
3) Les forêts sclérophyles
4) Les formations herbeuses de terre ferme
2.2.3.2. La végétation aquatique et semi-aquatique
2.2.3.3. La végétation spéciale


2.2. VEGETATION

2.2.1. Facteurs édaphiques et climatiques

Le vaste territoire du Congo s'étend de part et d'autre de l'équateur et est couvert aux trois-quarts environ par des forêts de divers types.
Les nombreuses combinaisons des facteurs du milieu, dont ceux du sol (matériau originel, nappe phréatique, profil), du relief, de l'écoclimat ainsi que les variations de ces facteurs engendrent des types de végétation fort différents.
Les facteurs du milieu les plus importants, comme les régimes des pluies et de la température, dépendant principalement de la latitude et de l'altitude, présentent au Congo une gamme étendue de modalités et conditionnements de divers facteurs d'équilibre de la végétation forestière" (Devred, 1958).

2.2.1.1. La physiographie

Physiographiquement, le territoire congolais s'étend entre les 5e parallèle Nord et le 13e parallèle Sud et les méridiens de 12 et 31 degrés. Le bassin du Congo est une immense aire de subsidence inclinée vers l'Ouest et dont l'altitude varie entre 325 m à l'Ouest, d'une part, et plus de 3.000 m à sa limite orientale. À l'Est, le bord de la Cuvette congolaise se relève progressivement jusqu'à la dorsale des grabens dépassant 3.000 m d'altitude. Dans le Sud, les plateaux du Kwango, du Sankuru et du Lualaba s'élèvent jusqu'à 1.100 m pour réjoindre les hauts plateaux de Lunda, du Katanga, des Bateke et les Monts de Cristal au Sud-Ouest.
La majeure partie des sols du Congo se trouve à un stade d'altération très avancée. En se référant au degré d'altération du matériau originel, on reconnaît les ferrisols et les latosols. Les ferrisols sont altérés pour une grande partie, le sol approchant de sa maturité. La fraction argileuse est constituée par un mélange de kaolinite, d'argiles micacées et d'oxydes de fer libres.
Les latosols sont développés sur matériau complètement altéré; le complexe argileux est constitué en majeure partie par la kaolinite souvent mélangée à des quantités importantes d'oxydes libres.
Les sols sous forêt dense humide se distinguent par la présence d'un horizon Aoo (litière de matière organique). Le rapport CN de l'humus est souvent inférieur à 10.
Les latosols jaunes forestiers de la Cuvette Centrale se sont développés sur un manteau de recouvrement du pléistocène. Les sols forestiers de l'Ubangi, de l'Uélé, de l'Ituri et de la dorsale Ouest du Kivu sont développés sur un matériau provenant du substratum rocheux.
Les ferrisols forestiers localisés dans les grandes vallées du Kwango et du Kasaï se sont développés sur les roches du Karoo. Les sols de la forêt claire et de la savane sont dépourvus de l'horizon Aoo et le rapport C/N de l'humus est de l'ordre de 11 à 13.

2.2.1.2. Le climat

Le Congo jouit d'une gamme de climats très variée, en raison de sa situation géographique de part et d'autre de l'Equateur et des combinaisons variées de pluviosité, de température, d'altitude et de durée de saison sèche, déterminant ainsi un grand nombre de climats régionaux.
Les divers types de végétation sont principalement fonction du régime pluviométrique. Les cotes pluviométriques annuelles se situent entre 800 mm le long de la côte atlantique, 2.200 mm en Cuvette Centrale et jusqu'à 2.500 mm dans les régions montagneuses de l'Est où elles peuvent dépasser 3.000 mm (Mwindo 28 16 Est, 2 58 Sud). Le régime des pluies au cours de l'année est fort variable d'une région à l'autre.
On reconnaît donc deux types fondamentaux de climat: le climat équatorial sans mois sec et le climat de type subéquatorial, avec parfois deux saisons sèches bien marquées.


2.2.2. Cadre phytogéographique

Les conceptions actuelles de la phytogéographie de l'Afrique Subsaharienne (White, 1976, 1983) permettent de situer le Congo dans les quatre régions phytogéographiques suivantes:

- région guinéo-congolaise;
- région zambézienne;
- région soudanienne;
- région morcelée montagnarde.

A ces quatre régions, il faut ajouter deux zones de transition, qui sont:

- zone guinéo-congolaise et zambézienne;
- zone guinéo-congolaise et soudanienne.

2.2.2.1. La région guinéo-congolaise

La région guinéo-congolaise se caractérise physionomiquement par un paysage forestier largement étendu de forêts denses ombrophiles sempervirentes, semi-sempervirentes, marécageuses, inondées et secondaires, dérivant de la dégradation des climax.
Au Congo, cette région s'étend le long du littoral de la Cuvette Centrale et des zones montagneuses de l'Est. Elle englobe les provinces administratives de l'Equateur, Orientale, de l'ancien Kivu (excepté les zones montagneuses), des deux Kasaï, du Nord du Katanga, du Bandundu, du Bas-Congo et de Kinshasa.

2.2.2.2. La région zambézienne

Elle présente un paysage à dominance de groupements herbeux xériques et de forêts claires zambéziennes. Les groupements climatiques appartiennent aux forêts tropophiles ou sclérophyles.
Au Congo, elle correspond au Haut-Katanga et à l'extrême Sud du plateau kwangolais. C'est une région de forêts claires et de formations herbeuses.

2.2.2.3. La région soudanienne

Elle se caractérise également par un paysage à dominance de groupements herbeux xériques et de forêts claires soudaniennes.
Au Congo, cette région ne recouvre qu'une faible étendue du territoire: l'extrême Nord-Est.

2.2.2.4. La région morcelée montagnarde

Cette région se caractérise par les espèces montagnardes actuellement isolées sur différents massifs éloignés les uns des autres, dont la dispersion se serait effectuée à la faveur des climats plus froids du tertiaire. Cette flore très ancienne (Lobelia, Senecio, Alchemilla, etc.) comporte de nombreuses espèces endémiques. Les massifs du Ruwenzori et des Virunga représentent cette région.

2.2.2.5. Les zones de transition

Enfin, les deux zones de transition (Nord et Sud) présentent un paysage en mosaïque incluant, d'une part, les formations herbeuses soudaniennes septentrionales et, d'autre part, les formations herbeuses zambéziennes en mélange avec les formations herbeuses guinéo-congolaises dérivant de la destruction de la végétation forestière ou d'origine édaphique. Ces zones comprennent aussi des forêts galeries qui longent les rivières.


2.2.3. Types de végétation

La diversité de climats et de sols ainsi que la physiographie ont favorisé le développement d'un grand nombre de types de végétation. La physionomie, la composition floristique, l'altitude, la nature du substrat et l'impact des activités de l'homme permettent de distinguer les types suivants que nous caractériserons brièvement.

2.2.3.1. La végétation des sols de terre ferme et hydromorphes

1. La forêt dense
C'est un peuplement continu d'arbres, dont la hauteur varie de 10 à 50 mètres ou plus. Les cimes s'étagent généralement en plusieurs strates. Les plantes ligneuses constituent la caractéristique principale et contribuent pour une large part à la physionomie et à la phyto-masse de la forêt dense; le nombre d'espèces ligneuses dépasse souvent largement celui des plantes herbacées. La diversité spécifique est élevée, de l'ordre de 200 espèces à l'hectare. On distingue les types suivants:
a. Les forêts ombrophiles
Elles regroupent un vaste ensemble de forêts qui manifestent un certain nombre de traits communs: physionomie, groupes écologiques, mésologie, noyau floristique commun.
a.1. Les forêts ombrophiles équatoriales sempervirentes de basse altitude
Les études phytosociologiques ont permis de les regrouper en un seul ordre, celui des Gilbertiodendretalia, caractérisé par quelques espèces dominantes à comportement grégaire, telles que Gilbertiodendron dewevrei et Brachystegia laurentii occupant la Cuvette Centrale et le pourtour.
a.2. Les forêts ombrophiles de montagne
Ces forêts sont localisées dans les zones montagneuses de l'Est du pays. Elles sont caractérisées par Ficalhoa laurifolia, Podocarpus milanjianus et Juniperus procera.
a.3. Les forêts ombrophiles semi-sempervirentes
Celles-ci sont caractérisées par leur physionomie déterminée par un mélange intime d'essences sempervirentes et caducifoliées. Les principales espèces typiques sont Oxystigma oxyphyllum, Scorodophloeus zenkeri, Afrormosia elata, Piptadeniastrum africanum, Gossweilerodendron balsamiferum, Millettia laurentii, Entandrophragma diverses espèces, Celtis diverses espèces, Cynometra diverses espèces, Autranalla congolensis.
On les subdivise en:
- forêts ombrophiles semi-sempervirentes subéquatoriales guinéo-congolaises, en mélange avec les forêts ombrophiles sempervirentes dans la Cuvette Centrale congolaise, les zones de transition et galeries forestières;
- forêts ombrophiles semi-sempervirentes périquinéo-congolaises qu'on observe dans la périphérie de la Cuvette Centrale et connaissant une saison sèche de 3 à 4 mois, c'est-à-dire, dans le Maniema, le Sud-Kasaï et le Bandundu du Sud.
b. Les forêts édaphiques liées aux sols hydromorphes
Elles groupent des types de forêts très diversifiés et nombreux: forêts marécageuses, inondées, rigicoles, rivulaires, vallicoles-alluvionnaires et mangroves. Ces forêts sont liées aux variations du plan d'eau au-dessus de la surface du sol et dans le profil édaphique, le degré de l'atterrissement ou d'alluvionnement et à l'intensité du drainage du sol durant les éventuelles périodes d'exondaison (Lebrun et Gilbert, 1954). Elles se rencontrent dans la Cuvette Centrale, le long des grandes rivières, les îles et les lacs.
c. Les forêts secondaires
Elles résultent de l'évolution progressive de la végétation post-culturale: défrichements culturaux, exploitation des forêts climaciques ou autres "catastrophes écologiques".
Selon le stade évolutif et l'altitude, on distingue plusieurs types de forêts secondaires.

2. Les forêts claires
Elles constituent un ensemble physionomique et structural bien représenté au Congo, dans le Sud-Est, mais occupant une superficie relativement faible.
De nombreuses espèces, à très large distribution zambézienne et soudanienne, se rencontrent dans les formes dégradées de ces forêts.
Physionomiquement, ces forêts comportent dans leur strate arborescente des espèces caducifoliées; du point de vue structure, deux strates, l'une arborescente et l'autre herbacée, caractérisent ces forêts.
Du point de vue composition floristique et région phytogéographique, on distingue:
- la forêt claire zambézienne, localisée dans l'extrême Sud-Est, caractérisée par les espèces du genre Brachystegia et les espèces Julbernardia paniculata et Marquesia macroura;
-l a forêt claire soudanienne, localisée dans le Nord du pays, à la frontière du Soudan, à dominance de Isoberlinia loka, Lophira lanceolata, Parkia biglobosa, Daniellia oliveri.
Ces forêts ont payé un très lourd tribut aux défricheurs suivis inéluctablement du régime des feux courants.

3. Les forêts sclérophyles
Elles semblent être liées à des conditions qui déterminent une xérophilie presque permanente: pluviosité faible, inférieure à 1.000 mm, pouvoir évaporant de l'air élevé, sols très filtrants, insolation intense ou riche en radiations courtes, vents désséchants.
On reconnaît deux types de forêts sclérophyles:
- les forêts sclérophyles montagnardes et submontagnardes à dominance de Jasminum abyssinicum et Olea chrysophylle, dans l'Est du pays;
- les forêts sclérophyles littorales liées au climat maritime et, peut-être, aux sables littoraux, dominées par Ecastaphyllum brownei et Chrysobalanus orbicularis, observable dans la zone littorale congolaise.

4. Les formations herbeuses de terre ferme
Elles recouvrent de vastes étendues du pays, notamment dans le Sud: les hauts plateaux du Katanga (Manika, Biano, Kundelungu, Marungu, Kibara), du Kwango et des Bateke. Dans le Nord, les formations herbeuses s'observent sur la plaine alluviale au Sud du lac Edouard, dans la région de Nioka et le Nord de la Province Orientale. Leur physionoie permet de distinguer plusieurs types, notamment:
- formations herbeuses arbustives;
- les formations herbeuses arborées;
- les formations herbeuses steppiques.
Comme pour les forêts claires, on reconnaît des formations herbeuses zambéziennes et les types soudaniens. Dans les deux cas, l'élément floristique se caractérise par les hautes herbes vivaces appartenant aux genres Hyparrhenia, Loudetia, Themeda, Andropogon, Panicum. Les arbustes, tels que Hymenocardia acida, Berlinia giorgii, Erythrophleum africanum, Combretum et Acacia de diverses espèces, caractérisent la strate arbustive.

2.2.3.2. La végétation aquatique et semi aquatique

Il s'agit des groupements végétaux herbeux qui recouvrent les surfaces des eaux tant courants que stagnantes. Les grandes rivières, les pièces d'eau libre, les anses calmes des rivières, les lacs de retenue des barrages hydroélectriques et les étangs piscicoles sont couverts de groupements herbeux, constituant parfois de véritables prairies aquatiques.
Des espèces les plus typiques constituant ces formations herbeuses aquatiques, on peut citer: Cyperus papyrus, Typha angustifolia, Echinochloa pyramidalis, Eichhornia crassipes, Hydrocharis chevalieri, Vossia cuspolata, Pistia stratiolis, Nymphaea lotus.

2.2.3.3. La végétation spéciale

Elle est constituée de:
- bambousaie: forêt à bambous formant un étage de la végétation de montagnes de l'Est à dominance de Arundinaria alpina et Oxytenanthera abyssinica;
- mangrove: formation qui occupe l'embouchure du fleuve Congo. Elle s'est développée dans les eaux saumâtres de l'océan Atlantique et du fleuve Congo. Les espèces Rhizophora racemosa et Avicennia, avec des adaptations morphologiques particulières (racines échassées, viviparité, pression osmotique élevée), caractérisent cette formation;
- végétation des roches granitiques;
- végétation pionnière des chutes, des rapides et rochers périodiquement inondés;
- végétation herbacée fontinale;
- végétation des sources salines;
- végétation des éboulis meubles;
- végétation colonisant les laves.

2.2.4. Données phytosociologiques

Ces divers types de végétation ont fait l'objet d'études phytosociologiques par des auteurs Belges et Congolais, dont Lebrun, Germain, Mullenders, Evrard, Schmitz, Mandango, Nyakabwa, Lubini, Masango, Apema. Ces travaux ont abouti à une classification phytosociologique de l'ensemble de la végétation en unités hiérarchisées: associations, alliances, ordres et classes. En rapport avec l'étendue du pays, la diversité des habitats et les climats, ces études sont loin d'être terminées.

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Dernière mise à jour: le 19-04-2005


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